Il est presque 20 heures, un vendredi soir ordinaire dans les rues de Marseille. Les lumières de la ville scintillent, les klaxons résonnent au loin, et pourtant, en quelques minutes seulement, une scène banale va basculer dans le domaine du fait divers le plus inquiétant. Une petite Peugeot 208 est repérée par une patrouille sur le boulevard Albin Baldini, dans le 16e arrondissement. Rien d’anormal au premier abord… jusqu’à ce que les forces de l’ordre ouvrent le véhicule.
Ce qui semblait être un simple contrôle routier va rapidement révéler une réalité beaucoup plus sombre. À l’intérieur, une jeune femme de 20 ans, seule au volant. Elle obtempère calmement, mais très vite, les agents comprennent qu’ils ne sont pas face à une simple contrevenante. Le canon d’une arme d’assaut dépasse discrètement de l’habitacle. Une arme de guerre, chargée, prête à l’emploi.
Quand un contrôle routier banal devient une saisie d’arme de catégorie A
La conductrice est immédiatement interpellée. Son véhicule est conduit au poste le plus proche pour une fouille minutieuse. Les vérifications ne laissent aucun doute : il s’agit bien d’une arme prohibée de catégorie A, une arme de guerre, et elle était bel et bien chargée. L’information est suffisamment rare et grave pour que le parquet de la ville communique officiellement sur les faits.
Les chefs d’accusation retenus
La jeune femme, résidant dans le 15e arrondissement, a été placée en garde à vue pour plusieurs infractions cumulées :
- Défaut de permis de conduire
- Transport d’une arme de catégorie A
- Participation à une association de malfaiteurs
Ce dernier chef d’accusation est particulièrement lourd de sens. Il laisse supposer que la jeune conductrice n’agissait pas seule, mais dans le cadre d’une organisation plus large, potentiellement liée aux réseaux criminels qui gangrènent certains quartiers de la cité phocéenne.
Une messagère dans la chaîne du narcotrafic ?
Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, la jeune femme aurait été chargée de déplacer cette arme vers un lieu précis. Une mission de « mule » en quelque sorte, mais avec une marchandise bien plus dangereuse que de la drogue. Dans le contexte marseillais actuel, où les règlements de comptes se font de plus en plus fréquemment à l’arme automatique, cette saisie prend une dimension particulièrement alarmante.
Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer l’origine exacte de cette arme, son parcours jusqu’à Marseille, ainsi que la destination finale prévue. Était-elle destinée à équiper un guetteur ? À servir lors d’un prochain « barbecue » entre clans rivaux ? Ou simplement à être stockée dans une planque ?
« Nous sommes de plus en plus confrontés à des jeunes femmes, de plus en plus jeunes. Elles sont de plus en plus présentes dans le milieu du narcotrafic. »
Responsable syndical policier zone Sud
Cette phrase, prononcée par un représentant des forces de l’ordre, résume à elle seule l’évolution inquiétante du paysage criminel dans la deuxième ville de France. Longtemps cantonnées à des rôles secondaires (nourrir les guetteurs, transporter de petites quantités de produits), les femmes, et surtout les très jeunes femmes, occupent désormais des fonctions beaucoup plus exposées et stratégiques.
Le rôle croissant des jeunes femmes dans les réseaux
Pourquoi cette féminisation du narcotrafic ? Plusieurs explications se croisent :
- Les contrôles policiers sont statistiquement moins poussés sur les femmes jeunes et seules
- Elles inspirent moins immédiatement la méfiance que des hommes plus âgés circulant en scooter ou en véhicule tuné
- Leur implication permet aux chefs de réseau de préserver leurs « soldats » les plus visibles
- La précarité économique touche particulièrement les jeunes femmes des quartiers populaires
Cette dernière raison est souvent sous-estimée. Beaucoup de ces jeunes filles, parfois à peine majeures, se retrouvent prises dans un engrenage économique implacable : besoin d’argent rapide, absence de perspectives professionnelles, pression familiale ou de groupe, et parfois simple goût du risque et du pouvoir que procure l’appartenance à un réseau.
Marseille, laboratoire de la violence urbaine contemporaine
La cité phocéenne est depuis plusieurs années le théâtre d’une guerre sans merci entre différents clans pour le contrôle des points de deal. Les kalachnikovs, fusils d’assaut, grenades et autres armes de guerre circulent avec une facilité déconcertante. Les saisies spectaculaires se multiplient, mais elles ne semblent pas encore suffire à tarir la source.
Chaque semaine apporte son lot de fusillades, d’incendies de véhicules, d’exécutions ciblées. Les quartiers nord, mais aussi certaines zones du centre et de l’ouest de la ville, sont devenus des zones de non-droit pour les forces de l’ordre qui doivent intervenir en nombre et lourdement équipées.
Dans ce contexte, la découverte d’une arme de guerre dans les mains d’une jeune femme de 20 ans sans antécédents judiciaires marque un nouveau palier dans l’évolution de la criminalité organisée marseillaise.
Quelles réponses face à cette nouvelle réalité ?
Face à cette montée en puissance des armes automatiques et à l’implication croissante des mineurs et des très jeunes majeurs, les réponses publiques se heurtent à des murs multiples :
- Renforcement des contrôles routiers aléatoires ?
- Augmentation des moyens humains et matériels des services d’enquête ?
- Politique de prévention beaucoup plus ambitieuse dans les collèges et lycées ?
- Meilleure coopération internationale pour couper les filières d’approvisionnement en armes ?
- Action beaucoup plus déterminée sur le blanchiment des avoirs criminels ?
Aucune de ces mesures, prise isolément, ne suffira. C’est un ensemble cohérent et durable qu’il faudrait mettre en place, sur plusieurs années, avec une volonté politique sans faille.
Et maintenant ? L’enquête se poursuit
La garde à vue de la jeune femme se poursuit. Les enquêteurs tentent de remonter la chaîne : qui lui a confié l’arme ? Qui devait la réceptionner ? Dans quel contexte précis cette arme devait-elle être utilisée ou stockée ?
Chaque réponse obtenue risque d’ouvrir de nouvelles questions, et potentiellement de nouvelles pistes vers les cerveaux de ces réseaux tentaculaires qui prospèrent dans l’ombre des tours marseillaises.
En attendant, cette saisie rappelle une réalité brutale : à Marseille, en 2026, une Peugeot 208 conduite par une jeune femme de 20 ans peut contenir, dans son habitacle, l’équivalent d’une arme de guerre prête à l’emploi. Une réalité qui devrait tous nous interpeller.
Et vous, que pensez-vous de cette évolution ? La société est-elle suffisamment armée (au sens figuré cette fois) pour répondre à cette nouvelle forme de criminalité ?
À suivre…
Point de situation sur les saisies d’armes à Marseille ces 18 derniers mois :
Plus de 120 armes de catégorie A saisies
Environ 40 fusils d’assaut type Kalachnikov
Une quinzaine de grenades
Plusieurs milliers de munitions de guerre
Source : éléments statistiques officiels – 2024/2025
Ce chiffre, à lui seul, donne la mesure du défi que représente aujourd’hui le contrôle des armes dans la deuxième ville de France.









