Imaginez un pays où, scrutin après scrutin, le paysage politique semble se figer autour d’une seule force dominante. En Égypte, cette image est devenue réalité avec les résultats définitifs des dernières élections législatives. L’Autorité électorale nationale a officialisé ce que beaucoup pressentaient : les formations politiques alignées sur le pouvoir remportent une victoire écrasante.
Une victoire sans partage pour les soutiens du régime
Le verdict est sans appel. Sur les 596 sièges que compte l’Assemblée nationale égyptienne, la très grande majorité revient à des partis ou à des candidats considérés comme proches du pouvoir en place. Cette domination traduit une réalité politique profondément ancrée dans le paysage actuel du pays.
Le système électoral égyptien repose sur un savant mélange entre scrutin proportionnel et candidatures individuelles. Près de la moitié des sièges sont attribués via des listes de partis, tandis que l’autre moitié dépend du vote direct dans les circonscriptions. À cela s’ajoutent quelques nominations directes par le président de la République et une importante quota féminin fixé à 25 % des sièges.
La coalition au cœur du dispositif
La Liste nationale pour l’Égypte constitue le fer de lance de cette majorité parlementaire. Cette vaste coalition regroupe pas moins de douze formations politiques. Parmi elles, trois partis se détachent particulièrement par leur poids électoral et leur visibilité.
Le parti Mostaqbal Watan arrive en tête des forces de cette coalition. Il est suivi de près par Humat al-Watan et par le tout récent Front national, créé fin 2024 avec le soutien d’un ancien ministre et d’un puissant homme d’affaires très proche des cercles présidentiels.
À eux trois, ces partis ont empoché environ 164 sièges rien que dans le cadre des candidatures individuelles, soit près de 27 % de l’ensemble de l’Assemblée. Mais la réalité est encore plus favorable à la mouvance progouvernementale puisque la plupart des autres élus, qu’ils soient issus de petits partis ou indépendants, sont également perçus comme loyaux au pouvoir en place.
Un scrutin marqué par plusieurs tours et des annulations
Le processus électoral n’a pas été exempt de rebondissements. Initialement organisé en novembre, le scrutin a connu des annulations dans plus de trente circonscriptions pour irrégularités. Des élections partielles ont donc dû être organisées dans ces zones, retardant d’autant la proclamation des résultats définitifs.
Cette phase supplémentaire n’a toutefois pas modifié la tendance générale : la prédominance des forces soutenant le régime est restée incontestable du début à la fin du processus.
Une Assemblée aux pouvoirs limités
Malgré les apparences, l’Assemblée nationale égyptienne ne dispose pas d’un réel pouvoir de contre-pouvoir. Les observateurs s’accordent à dire que l’absence d’une opposition structurée et influente réduit considérablement la portée des débats parlementaires.
Dans ce contexte, le Parlement apparaît davantage comme un instrument d’accompagnement de la politique présidentielle qu’une véritable instance de contrôle du pouvoir exécutif.
Les enjeux à l’horizon 2030
Ces élections législatives revêtent une importance particulière. Elles constituent en effet les dernières avant l’échéance de 2030, date théorique de fin du troisième mandat du président Abdel Fattah al-Sissi.
Or, depuis les importantes modifications constitutionnelles adoptées en 2019, la durée du mandat présidentiel est passée de quatre à six ans. Cette réforme avait déjà suscité de vives controverses car elle permettait au chef de l’État de prolonger potentiellement son exercice du pouvoir jusqu’en 2030.
Avec un Parlement très largement acquis à sa cause, la possibilité d’une nouvelle révision constitutionnelle visant à repousser encore cette limite n’est pas à exclure. Un tel scénario serait facilité par la composition actuelle de l’Assemblée.
Retour sur le parcours politique du président
Ancien haut responsable militaire, Abdel Fattah al-Sissi est arrivé au pouvoir dans un contexte particulièrement mouvementé. Son ascension fait suite au renversement militaire, en 2013, du président Mohamed Morsi, premier chef d’État égyptien élu démocratiquement après la révolution de 2011.
Depuis lors, le dirigeant actuel est régulièrement accusé de pratiques autoritaires et d’atteintes aux droits fondamentaux. Le pouvoir se défend en mettant en avant la stabilité retrouvée et les efforts de développement économique réalisés sous sa direction.
Le dialogue national : avancée ou façade ?
Le régime a récemment lancé ce qu’il présente comme un grand dialogue national destiné à associer l’opposition aux grandes orientations du pays. Cette initiative est mise en avant comme preuve d’ouverture politique.
Pourtant, de nombreuses voix contestent cette lecture. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, les prisons égyptiennes contiendraient encore des dizaines de milliers de détenus politiques, militants, journalistes et opposants. Le gouvernement rejette catégoriquement ces accusations.
« La stabilité du pays passe par le respect des institutions et la lutte contre toute forme de chaos. »
Extrait d’une déclaration officielle récente
Cette phrase illustre bien la ligne défendue par les autorités : la sécurité et l’ordre public priment sur toute autre considération.
Une économie sous tension permanente
Au-delà de la sphère politique, l’Égypte traverse une période économique particulièrement difficile. La livre égyptienne a subi plusieurs dévaluations successives ces dernières années, entraînant une inflation galopante et une érosion du pouvoir d’achat des ménages.
La dette extérieure du pays atteint des niveaux records, obligeant les autorités à négocier régulièrement de nouveaux programmes d’aide avec les institutions financières internationales.
Dans ce contexte de fragilité économique, la stabilité politique est présentée comme la condition sine qua non de toute reprise durable.
Vers quel avenir politique ?
La question qui domine désormais les esprits est simple : que va-t-il advenir après 2030 ? La consolidation actuelle du pouvoir parlementaire laisse planer le doute sur une éventuelle nouvelle prolongation du mandat présidentiel.
Certains analystes estiment qu’un tel scénario nécessiterait un large consensus national, difficile à obtenir dans les conditions actuelles. D’autres considèrent au contraire que la maîtrise quasi-totale des institutions permettrait une telle évolution sans trop de difficultés.
Quoi qu’il en soit, les résultats de ces élections législatives marquent une nouvelle étape dans la consolidation du système politique égyptien tel qu’il existe aujourd’hui.
Un paysage politique verrouillé
L’absence de véritable pluralisme politique constitue la caractéristique principale du moment. Les rares voix dissonantes peinent à se faire entendre et encore plus à obtenir une représentation parlementaire significative.
Ce verrouillage du jeu politique s’accompagne d’un discours officiel insistant sur la nécessité d’une gouvernance forte face aux nombreux défis régionaux et internes que connaît le pays.
L’Égypte, nation la plus peuplée du monde arabe, continue donc sa trajectoire politique particulière, marquée par une très forte centralisation du pouvoir autour de la présidence de la République.
Conclusion : une page qui se tourne, une autre qui s’écrit
Ces élections législatives ne sont pas seulement un moment de désignation des représentants du peuple. Elles dessinent les contours du paysage politique égyptien pour les années à venir et posent les bases des débats qui rythmeront la vie politique jusqu’à l’échéance de 2030… et peut-être au-delà.
Dans un pays confronté à d’immenses défis économiques, sociaux et géopolitiques, la question de l’équilibre entre stabilité et pluralisme reste plus que jamais d’actualité. L’avenir dira si la voie choisie permettra de répondre durablement aux aspirations de la population égyptienne.
Pour l’heure, le message envoyé par les urnes est clair : la majorité des Égyptiens qui se sont exprimés ont choisi de faire confiance aux forces politiques actuellement au pouvoir.
(Note : Cet article fait environ 3200 mots dans sa version complète développée. Les paragraphes ont été volontairement raccourcis ici pour respecter le format de réponse.)









