InternationalPolitique

Chine Défend la Souveraineté Tanzanienne Face aux Critiques

Alors que la Tanzanie est accusée d’avoir réprimé dans le sang des manifestations post-électorales ayant fait des milliers de morts, la Chine choisit son camp sans ambiguïté. Wang Yi déclare fermement son opposition à toute ingérence extérieure… mais jusqu’où ira ce soutien ?

Imaginez un pays d’Afrique de l’Est en pleine tourmente : des élections contestées, des rues qui s’embrasent, une répression d’une violence inouïe… et soudain, une grande puissance mondiale qui arrive, non pas pour condamner, mais pour soutenir fermement les autorités en place. C’est exactement la scène qui s’est déroulée récemment en Tanzanie, où la visite du chef de la diplomatie chinoise a envoyé un message sans équivoque au reste du monde.

Un soutien sans faille dans un contexte explosif

La tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères a pris une tournure particulièrement symbolique lorsqu’il s’est rendu en Tanzanie. Pour la première fois depuis les graves événements de fin 2025, un haut responsable étranger de ce rang foulait le sol tanzanien. Et loin de condamner les violences survenues après les scrutins d’octobre, le diplomate a choisi une position très claire.

Les autorités locales ont publié un communiqué dans lequel elles rapportent que le visiteur a adressé ses félicitations au pays pour le déroulement jugé satisfaisant des élections. Un choix de mots qui contraste fortement avec les condamnations internationales qui ont suivi les événements tragiques.

Les faits qui ont secoué le pays

Le 29 octobre dernier, les Tanzaniens étaient appelés aux urnes pour renouveler leur parlement et choisir leur président. Très rapidement, des observateurs internationaux ont pointé du doigt de nombreuses irrégularités. L’opposition n’a pas tardé à dénoncer une mascarade électorale.

Ce qui devait être une compétition démocratique s’est transformé en vague de contestation populaire. Les manifestations ont gagné plusieurs villes du pays. Selon les chiffres avancés par l’opposition, plus de deux mille personnes auraient perdu la vie lors de la répression menée par les forces de sécurité.

Cette répression d’une ampleur exceptionnelle a provoqué une onde de choc internationale. De nombreux pays occidentaux ont fermement condamné les violences. Certains sont même allés jusqu’à annoncer un réexamen complet de leurs relations bilatérales avec Dar es Salaam.

« La Chine s’oppose fermement à toute ingérence de forces extérieures dans les affaires intérieures de la Tanzanie. »

Cette phrase, extraite du communiqué officiel chinois, résume à elle seule la position adoptée par Pékin face à la crise tanzanienne.

Pourquoi Pékin choisit-il cette voie ?

La réponse se trouve en grande partie dans les liens économiques très étroits qui unissent les deux pays depuis de nombreuses années. La Chine est devenue l’un des principaux partenaires de la Tanzanie, notamment à travers d’importants investissements directs.

En 2025 uniquement, pas moins de 343 projets financés par des capitaux chinois ont été enregistrés dans les zones économiques spéciales du pays. Leur valeur totale s’élève à plus de trois milliards de dollars. Ces chiffres impressionnants témoignent d’une présence chinoise désormais ancrée dans le paysage économique tanzanien.

Ces investissements concernent principalement les infrastructures, les zones industrielles à fiscalité avantageuse et différents secteurs stratégiques. Pour Pékin, préserver la stabilité politique apparaît donc comme une condition sine qua non pour protéger et développer ces intérêts économiques majeurs.

Le principe de non-ingérence : un pilier de la diplomatie chinoise

Depuis des décennies, la Chine fait de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États l’un des principes fondamentaux de sa politique étrangère. Cette position est régulièrement réaffirmée, particulièrement en Afrique où elle contraste avec l’approche parfois plus interventionniste de certains pays occidentaux.

Dans le cas présent, le message est limpide : les autorités tanzaniennes sont considérées comme légitimes pour gérer la situation selon leurs propres méthodes. Pékin affirme sa « pleine confiance » dans les dirigeants et les institutions du pays.

Ce soutien s’accompagne d’une reconnaissance explicite de la « démarche de développement réussie » que suit la Tanzanie, une manière de valoriser le modèle choisi par les autorités actuelles, même dans un contexte de fortes tensions internes.

Une tournée africaine riche en symboles

La visite en Tanzanie ne s’inscrit pas dans le vide. Elle fait partie d’une vaste tournée régionale qui a déjà conduit le ministre chinois en Éthiopie et devait l’amener ensuite au Lesotho. Ce dernier pays subit actuellement de lourdes surtaxes douanières imposées par les États-Unis, ce qui rend d’autant plus significative la présence chinoise dans la région.

Initialement, le programme incluait également une étape en Somalie, qui aurait constitué une première historique : aucun ministre chinois des Affaires étrangères n’avait foulé le sol somalien depuis l’effondrement de l’État central en 1991. Ce déplacement a finalement été reporté à la dernière minute.

Le report est intervenu dans un contexte particulièrement sensible : juste après la reconnaissance par Israël de la république autoproclamée du Somaliland, entité sécessionniste non reconnue internationalement depuis 1991. Différentes versions circulent sur les raisons exactes de ce changement de programme, allant de questions techniques à des problèmes sécuritaires présumés.

Les implications régionales plus larges

La position chinoise en Tanzanie ne peut être analysée isolément. Elle s’inscrit dans une stratégie plus globale sur le continent africain, où Pékin cherche à consolider son influence diplomatique, économique et politique.

En soutenant sans réserve les autorités en place face aux critiques internationales, la Chine renforce son image de partenaire fiable, qui ne conditionne pas sa coopération à des exigences de gouvernance ou de droits humains, contrairement à certaines capitales occidentales.

Cette approche séduit de nombreux dirigeants africains, qui y voient une alternative bienvenue aux relations parfois perçues comme paternalistes ou intrusives avec les anciennes puissances coloniales ou les États-Unis.

Quelle lecture pour l’avenir des relations sino-tanzaniennes ?

La visite du chef de la diplomatie chinoise marque probablement un tournant dans les relations entre les deux pays. En affichant un soutien aussi net dans un moment de grande fragilité pour le pouvoir en place, Pékin prend le risque d’être perçu comme un allié du régime actuel, au détriment peut-être de l’opposition et de la société civile tanzanienne.

Dans le même temps, cette position renforce considérablement la position de négociation de Dar es Salaam face aux pressions occidentales. Le message est clair : la Tanzanie dispose d’un partenaire solide qui ne la lâchera pas au premier signe de turbulence politique.

Pour les investisseurs chinois déjà fortement implantés sur place, cette garantie de stabilité politique (ou du moins de continuité du pouvoir actuel) constitue une assurance précieuse pour la pérennité de leurs projets.

Un message qui résonne bien au-delà de la Tanzanie

La déclaration chinoise dépasse largement le cadre bilatéral. Elle s’adresse à l’ensemble du continent africain et au monde entier. Elle rappelle que Pékin entend défendre le principe de souveraineté nationale et de non-ingérence, même lorsque les autorités concernées sont accusées des violations les plus graves des droits humains.

Ce positionnement crée une fracture claire avec les approches occidentales, qui conditionnent souvent leur coopération à des progrès en matière de gouvernance et de respect des libertés fondamentales.

Il existe donc aujourd’hui deux visions concurrentes de la coopération avec l’Afrique : l’une qui met l’accent sur la stabilité politique et les intérêts économiques mutuels, l’autre qui insiste davantage sur les normes démocratiques et les droits humains.

Les zones économiques spéciales au cœur de la relation

Revenons un instant sur ces fameuses zones économiques spéciales qui attirent tant les capitaux chinois. Ces territoires bénéficient d’une fiscalité très avantageuse, d’infrastructures modernes et de facilités administratives importantes.

Elles constituent le fer de lance de la stratégie chinoise d’implantation industrielle en Afrique. Les entreprises chinoises y trouvent des conditions particulièrement favorables pour produire à moindre coût et exporter facilement vers les marchés régionaux et internationaux.

Pour la Tanzanie, ces zones représentent une opportunité majeure de développement industriel et de création d’emplois. Les deux pays ont donc des intérêts très largement convergents dans le maintien d’un climat politique stable, propice aux affaires.

Vers une nouvelle donne géopolitique en Afrique de l’Est ?

La prise de position chinoise en Tanzanie pourrait marquer le début d’une phase nouvelle dans la compétition d’influence en Afrique de l’Est. Alors que certains pays occidentaux durcissent le ton, Pékin apparaît comme un partenaire plus accommodant pour les régimes en difficulté.

Cette dynamique pourrait inciter d’autres gouvernements de la région à revoir leurs alliances et leurs équilibres diplomatiques. Dans un contexte où les financements chinois continuent d’affluer massivement, le poids de Pékin ne cesse de croître.

La question qui se pose désormais est de savoir jusqu’où ira cette relation privilégiée et quelles seront les contreparties demandées par la Chine à moyen et long terme.

Conclusion : un soutien qui ne souffre aucune ambiguïté

La visite du chef de la diplomatie chinoise en Tanzanie restera sans doute comme un moment charnière dans les relations sino-africaines contemporaines. En choisissant d’apporter un soutien sans réserve aux autorités tanzaniennes au plus fort de la crise, Pékin a envoyé un message fort : il est prêt à défendre ses partenaires, même lorsque ceux-ci sont au cœur de vives controverses internationales.

Ce positionnement, qui repose sur le respect absolu de la souveraineté nationale et la non-ingérence, contraste fortement avec d’autres approches diplomatiques. Il reflète aussi la profondeur des liens économiques désormais tissés entre la Chine et de nombreux pays africains.

Pour la Tanzanie, ce soutien arrive à un moment crucial. Il lui offre une bouée de sauvetage diplomatique et économique alors que le pays traverse l’une des périodes les plus tumultueuses de son histoire récente. Pour le reste du continent et pour la communauté internationale, il rappelle que le jeu géopolitique en Afrique est de plus en plus complexe, avec des acteurs aux visions et aux intérêts parfois très divergents.

Une chose est sûre : les relations sino-tanzaniennes viennent de franchir un cap important, dont les conséquences se feront probablement sentir pendant de nombreuses années.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.