Le vendredi 9 janvier 2026, les rues de Milan ont vibré au son des klaxons de tracteurs et aux cris de colère des agriculteurs italiens. Plusieurs centaines d’entre eux ont convergé vers le centre-ville pour exprimer leur opposition farouche à un accord commercial qui fait trembler tout le secteur agricole européen.
Dans la capitale lombarde, une centaine de tracteurs ont envahi les abords de la gare centrale, déversant de la paille et du lait devant le conseil régional. Ce geste symbolique fort illustre la détermination des manifestants : ils refusent de voir leur avenir sacrifié au nom d’un traité de libre-échange jugé destructeur.
Les agriculteurs italiens dénoncent un accord qui, selon eux, favorise la spéculation et pénalise à la fois les producteurs européens et sud-américains. Ils réclament des prix justes, des contrôles fiables et une protection réelle contre les importations massives qui menaceraient leur survie.
On ne vend pas la dignité des travailleurs de la terre et de la mer, ainsi que le droit à l’alimentation des citoyens, pour une poignée d’euros qui ne dureront que quelques années.
Cette mobilisation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large qui secoue plusieurs pays européens, alors que l’Union européenne semble sur le point de franchir une étape décisive dans ce dossier vieux de plus de deux décennies.
Le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, a joué un rôle pivot dans les négociations finales. Après avoir longtemps exigé des garanties supplémentaires pour le secteur agricole, Rome a finalement apporté son soutien décisif à la Commission européenne. Ce changement de position a permis d’obtenir la majorité qualifiée nécessaire parmi les États membres pour autoriser la signature du traité.
La cheffe du gouvernement a insisté sur le fait qu’elle était favorable à l’accord à condition de disposer de protections suffisantes pour les agriculteurs. Des concessions ont été obtenues, notamment sur le renforcement des mesures de sauvegarde et un soutien budgétaire anticipé pour la politique agricole commune.
Cependant, au sein même de la coalition au pouvoir en Italie, des voix dissonantes persistent. Certains partenaires maintiennent leur opposition au traité, soulignant les divisions internes sur ce sujet sensible.
L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur vise à créer l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Il concerne plus de 700 millions de consommateurs, en reliant les 27 pays de l’UE au Brésil, à l’Argentine, au Paraguay et à l’Uruguay.
Les négociations, lancées il y a plus d’un quart de siècle, ont connu de multiples rebondissements. Les points de friction portent principalement sur l’agriculture : les Européens craignent une concurrence déloyale de produits sud-américains produits à moindre coût, tandis que les pays du Mercosur cherchent un accès élargi au marché européen.
Parmi les éléments clés de l’accord figurent la suppression de droits de douane sur une large part des échanges, mais aussi des quotas limités pour certains produits sensibles comme la viande bovine ou le sucre. Ces quotas, bien que plafonnés, alimentent les craintes d’une pression sur les prix et les marges des producteurs locaux.
Face à la mobilisation croissante, la Commission européenne a multiplié les gestes envers les agriculteurs ces derniers mois. Des garanties renforcées protègent désormais les produits les plus sensibles, avec des mécanismes permettant de suspendre temporairement les importations en cas de hausse excessive.
Des contrôles plus stricts sur les normes sanitaires et environnementales ont été promis, ainsi qu’un fonds de crise dédié. Un soutien budgétaire supplémentaire pour la politique agricole commune a également été avancé, avec des fonds débloqués plus tôt que prévu pour soulager les exploitations.
Ces mesures visent à répondre aux préoccupations exprimées par de nombreux États, mais elles ne suffisent pas à calmer l’ensemble des oppositions, notamment en France où la mobilisation reste très forte.
En Italie, la principale organisation agricole annonce déjà de nouvelles actions dans le nord du pays dès le 20 janvier. Cette date symbolique marque la poursuite d’une contestation qui ne faiblit pas.
La France connaît des mouvements similaires, avec des blocages et des actions spectaculaires. En Belgique et en Pologne aussi, les agriculteurs expriment leur ras-le-bol face à un accord perçu comme une menace existentielle pour leur métier.
Les manifestants soulignent que les enjeux vont au-delà des questions économiques : il s’agit aussi de préserver un modèle agricole, de défendre la souveraineté alimentaire et de protéger la qualité des produits pour les consommateurs européens.
Malgré les protestations, le chemin semble tracé pour la signature formelle du traité dans les prochains jours. Une validation par le Parlement européen reste cependant nécessaire, et ce dernier examen pourrait encore réserver des surprises.
Les opposants espèrent que cette étape permettra de rouvrir le débat et d’obtenir de nouvelles modifications. Mais le temps presse, et la dynamique actuelle favorise les partisans de l’accord.
Ce traité représente à la fois une opportunité économique majeure et un risque important pour des secteurs entiers. Les mois à venir seront décisifs pour mesurer l’impact réel sur les campagnes européennes et sud-américaines.
Les agriculteurs, de Milan à Paris, de Varsovie à Bruxelles, continuent de faire entendre leur voix. Leur détermination rappelle que derrière les grands accords internationaux se jouent des réalités humaines, des métiers en péril et des territoires qui refusent de disparaître.
La bataille autour de cet accord illustre les tensions profondes entre mondialisation commerciale et protection des productions locales. Elle questionne notre capacité collective à concilier ouverture des marchés et sauvegarde de l’agriculture européenne.









