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Gaza : Nickolay Mladenov au cœur du plan Trump pour la paix

Alors que le cessez-le-feu tient sur un fil à Gaza, un diplomate bulgare expérimenté multiplie déjà les rencontres décisives avec Netanyahu et les responsables palestiniens. Le plan Trump pour une paix durable pourrait-il enfin décoller grâce à lui ? La réponse se joue en ce moment même…

Imaginez un homme seul, sans titre officiel encore, qui traverse déjà les checkpoints, serre des mains dans les bureaux de Tel-Aviv et discute âprement à Ramallah. Pendant que les capitales du monde attendent une annonce officielle, lui agit. Cet homme, c’est Nickolay Mladenov, et son agenda chargé ces derniers jours pourrait bien dessiner les contours d’un futur très incertain pour la bande de Gaza.

Un diplomate déjà en mouvement avant l’heure

Les tractations diplomatiques autour de Gaza suivent rarement un calendrier prévisible. Pourtant, depuis quelques jours, une figure familière des couloirs onusiens et des chancelleries moyen-orientales refait surface avec une intensité inhabituelle. Ancien coordinateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov n’attend visiblement pas les feux verts officiels pour se mettre au travail.

Les rencontres se multiplient. D’abord avec les plus hautes autorités israéliennes, ensuite avec les cadres palestiniens en Cisjordanie. Le message est clair : il faut préparer le terrain, et vite. Car si les annonces tardent, le cessez-le-feu, lui, reste extrêmement précaire.

Le Conseil de paix : une structure ambitieuse et controversée

Au cœur du dispositif envisagé par l’administration américaine figure la création d’un Conseil de paix pour Gaza. Celui-ci serait théoriquement présidé par le président des États-Unis lui-même. Quinze pays ou entités seraient appelés à y siéger : des puissances européennes historiques, mais aussi plusieurs acteurs majeurs du monde arabe.

Parmi les noms qui reviennent régulièrement : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte et la Turquie. Une composition qui, sur le papier, veut incarner à la fois la légitimité internationale et l’implication régionale indispensable à toute solution durable.

« L’objectif principal pour la suite, c’est comment le Hamas devrait être désarmé »

Haut responsable israélien après la rencontre Netanyahu-Mladenov

Cette phrase résume à elle seule la ligne rouge israélienne. Pour Jérusalem, aucun avenir stable n’est envisageable tant que l’aile militaire du mouvement islamiste conserve ses capacités. Une exigence que les négociateurs savent inacceptable pour l’autre partie.

Des réunions intenses à Ramallah

Vendredi, le diplomate bulgare s’est rendu en Cisjordanie. Au programme : un échange approfondi avec le vice-président palestinien Hussein al-Sheikh. Les discussions ont porté sur deux axes majeurs : la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza et les modalités de passage à la fameuse « deuxième phase » du cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre.

Mais la rencontre n’a pas évité les sujets qui fâchent. La recrudescence des violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie occupée a été évoquée sans détour. Depuis le début de la guerre à Gaza, ces attaques ont atteint des niveaux records, alimentant colère et ressentiment côté palestinien.

Un plan en trois piliers selon Washington

Le projet américain repose sur plusieurs idées-forces. La première : mettre en place un gouvernement temporaire palestinien composé de technocrates apolitiques. La deuxième : placer cette administration sous la supervision étroite du futur Conseil de paix. La troisième : avancer très rapidement vers la phase deux du cessez-le-feu, avec le concours actif des médiateurs qatari et égyptien.

Pour l’instant, le processus semble bloqué. Israéliens et Palestiniens s’accusent mutuellement de violations répétées de la trêve. Jeudi encore, de nouvelles frappes israéliennes ont causé la mort de treize personnes, dont cinq enfants, selon les services de secours locaux.

Pourquoi Mladenov ? Le choix d’un homme de terrain

Dans ce contexte de méfiance généralisée, le choix de Nickolay Mladenov intrigue autant qu’il rassure certains observateurs. Âgé de 54 ans, cet ancien ministre bulgare des Affaires étrangères (2010-2013) n’est pas un novice. Il a également occupé le poste très exposé de représentant spécial des Nations unies pour l’Irak.

« Il connaît extrêmement bien le Moyen-Orient, bien avant ses mandats sur place », explique une ancienne collaboratrice proche aujourd’hui basée à Bruxelles. « Il ne conçoit pas la diplomatie comme un simple marchandage. Il sait que se fixer un objectif et avoir la volonté de l’atteindre est tout aussi important. »

Autre atout majeur : ses réseaux. Mladenov a toujours maintenu des canaux de communication ouverts, y compris avec des acteurs que beaucoup considèrent comme infréquentables. Israéliens, Palestiniens, Américains, pays du Golfe… peu de diplomates peuvent se targuer d’un tel carnet d’adresses opérationnel.

« Il pourrait devenir le chainon manquant qui faisait défaut »

Un diplomate occidental en poste dans la région

Un espoir fragile dans une région épuisée

Personne ne se fait d’illusion. Les dernières années ont démontré à quel point les lignes de fracture sont profondes. Entre la méfiance mutuelle, les agendas divergents, les pressions internes et les intérêts géopolitiques régionaux, les obstacles paraissent presque insurmontables.

Pourtant, plusieurs sources diplomatiques confient à demi-mot un regain d’optimisme depuis que Mladenov a entamé sa tournée. Son expérience, sa réputation d’homme de dialogue et surtout sa capacité à parler aux uns sans fâcher définitivement les autres constituent aujourd’hui des atouts rares.

Mais pour que cet espoir ne se transforme pas une fois de plus en désillusion, plusieurs conditions devront être réunies simultanément.

  • Un engagement financier et politique très soutenu des États-Unis
  • La participation active et crédible des partenaires européens
  • L’implication réelle et durable des pays arabes influents
  • Une volonté politique israélienne et palestinienne, même minimale
  • La capacité du Conseil de paix à s’imposer comme un acteur incontournable

Aucune de ces conditions n’est acquise aujourd’hui. Et pourtant, pour la première fois depuis longtemps, un diplomate semble capable de parler à tout le monde sans être immédiatement disqualifié par l’un ou l’autre camp.

Les prochaines semaines seront décisives

L’annonce officielle de la création du Conseil de paix est attendue sous peu. Si elle intervient, le rôle exact attribué à Nickolay Mladenov sera alors confirmé. En attendant, le Bulgare continue de travailler dans l’ombre, accumulant les contacts, écoutant les doléances, notant les lignes rouges.

À Ramallah comme à Jérusalem, on le reçoit, on le questionne, on le met à l’épreuve. Pour l’instant, personne ne claque la porte. C’est déjà beaucoup dans une région où les portes se ferment souvent avant même d’avoir été ouvertes.

Le chemin vers une stabilisation durable de Gaza reste hérissé d’obstacles. Le désarmement du Hamas, la gouvernance future, la reconstruction, la sécurité des civils israéliens et palestiniens, la fin des violences en Cisjordanie… chaque dossier est un mur en soi.

Mais parfois, dans les conflits les plus inextricables, un seul individu bien placé, obstiné et respecté peut faire basculer la donne. Nickolay Mladenov est-il cet homme ?

Pour le savoir, il faudra suivre attentivement les prochains jours. Car pendant que les capitales discutent encore du calendrier, lui, il est déjà sur le pont.

Et dans cette partie du monde, être déjà sur le pont quand les autres hésitent encore à embarquer constitue peut-être la différence entre l’énième échec et… un début de solution.

À suivre, donc. Très attentivement.

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