Dans un climat de tension toujours aussi palpable à la frontière israélo-libanaise, l’armée israélienne a une nouvelle fois fait parler d’elle. Ce vendredi, de nouvelles frappes ont visé plusieurs régions du Liban, alors même que le gouvernement libanais venait tout juste d’annoncer des progrès significatifs dans le désarmement du Hezbollah dans la zone sud. Entre annonces encourageantes et actions militaires continues, le fragile équilibre post-conflit semble plus précaire que jamais.
Une nouvelle vague de frappes malgré les annonces de Beyrouth
Les opérations militaires israéliennes n’ont pas tardé après les déclarations libanaises. L’armée a indiqué avoir ciblé des infrastructures stratégiques du Hezbollah, notamment des dépôts d’armes et des sites de production. Ces lieux servaient, selon les autorités israéliennes, à reconstituer et renforcer les capacités militaires du mouvement.
Les cibles n’étaient pas limitées à la seule zone frontalière. Des structures militaires, des sites de lancement de roquettes et des lance-roquettes ont également été touchés lors de cette opération. L’armée israélienne justifie ces actions en affirmant que de telles activités représentent une violation claire des arrangements conclus entre les deux pays.
Les zones touchées : du sud à la plaine de la Békaa
Les frappes de ce vendredi ne se sont pas concentrées uniquement près de la frontière. Des sources libanaises ont rapporté des impacts dans le sud du pays, mais aussi dans des secteurs plus éloignés, notamment dans la plaine de la Békaa, région où le Hezbollah dispose d’une très forte implantation historique.
Cette extension géographique des opérations montre que l’armée israélienne entend maintenir une pression constante sur l’ensemble des capacités militaires du mouvement chiite, bien au-delà de la simple zone tampon prévue par les accords.
La veille déjà, une frappe avait coûté la vie à une personne près de la ville de Saïda. L’armée israélienne a affirmé avoir visé un membre du Hezbollah lors de cette opération.
Le processus de désarmement : une première phase jugée positive mais insuffisante
Jeudi, l’armée libanaise avait communiqué des avancées importantes. Elle a déclaré avoir atteint les objectifs de la première phase de son plan de désarmement du Hezbollah. Cette étape concernait principalement la zone située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, soit une profondeur d’environ trente kilomètres.
Cet espace correspond précisément à la zone définie dans l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 après un conflit particulièrement meurtrier. Selon les termes de cet accord, le désarmement doit ensuite se poursuivre progressivement sur le reste du territoire libanais.
Le Hezbollah a cependant clairement indiqué son refus de remettre ses armes au nord du fleuve Litani, marquant ainsi les limites qu’il entend poser à ce processus.
Les efforts de désarmement constituent un début encourageant mais restent loin d’être suffisants.
Bureau du Premier ministre israélien
Cette position explique en grande partie la décision israélienne de poursuivre ses actions militaires malgré les annonces de Beyrouth. Pour Israël, le maintien d’une menace militaire significative par le Hezbollah reste inacceptable.
Le rôle des puissances internationales dans la crise
Le Liban fait face à une pression particulièrement forte des États-Unis pour obtenir le désarmement complet du Hezbollah. Le mouvement chiite est sorti considérablement affaibli du conflit de 2024, ce qui constitue une opportunité historique pour les autorités libanaises de reprendre le contrôle de l’ensemble de leur territoire.
Du côté français, le président a également réagi à ces développements. Il a salué les annonces libanaises comme étant encourageantes tout en appelant à poursuivre résolument le processus de désarmement.
La seconde phase du plan sera une étape décisive. L’accord de cessation des hostilités doit être strictement respecté par toutes les parties. La souveraineté du Liban doit être pleinement restaurée.
Emmanuel Macron
Pour appuyer cette démarche, une conférence internationale doit prochainement se tenir à Paris. Celle-ci vise à fournir au Liban et à ses forces armées les moyens concrets de garantir effectivement cette souveraineté sur l’ensemble du territoire.
Une occupation partielle et des frappes régulières
Malgré l’accord de cessez-le-feu, Israël maintient toujours ses forces dans cinq points stratégiques situés à proximité immédiate de la frontière libanaise. Cette présence militaire constitue l’un des points de friction majeurs entre les deux pays.
Parallèlement à cette occupation de fait, les frappes aériennes israéliennes se poursuivent à un rythme régulier sur le territoire libanais. Ces opérations visent principalement à empêcher toute reconstitution des capacités militaires du Hezbollah.
Cette stratégie crée une situation complexe où les deux parties accusent mutuellement l’autre de violer les termes de l’accord conclu en novembre 2024.
Contexte historique et géopolitique du conflit
Pour bien comprendre la situation actuelle, il convient de revenir brièvement sur le contexte qui a conduit à cette guerre de 2024. Le Hezbollah, mouvement chiite libanais fortement soutenu par l’Iran, a longtemps maintenu une présence militaire significative dans le sud du Liban, notamment après le retrait israélien de cette zone en 2000.
Le conflit de 2024 a marqué un tournant majeur. Pour la première fois depuis longtemps, le Hezbollah a subi des pertes importantes et a vu une partie significative de ses infrastructures militaires détruites. Cette situation a créé un rapport de force inédit.
C’est dans ce contexte que l’accord de cessez-le-feu a été conclu, prévoyant notamment le retrait du Hezbollah au nord du Litani et le déploiement de l’armée libanaise dans la zone sud.
Les défis du désarmement complet
Le désarmement complet du Hezbollah représente l’un des défis les plus complexes de l’histoire politique libanaise contemporaine. Le mouvement dispose d’un arsenal important, d’un réseau de soutiens locaux très dense et d’une légitimité auprès d’une partie significative de la population chiite.
De plus, le Hezbollah a toujours présenté ses armes comme une force de résistance face à Israël. Cette rhétorique reste très présente malgré les revers subis en 2024.
Le refus du mouvement de désarmer au nord du Litani montre que cette question reste extrêmement sensible et pourrait encore être source de nombreuses tensions dans les mois à venir.
Perspectives et risques à venir
La situation reste donc extrêmement volatile. D’un côté, Israël maintient une pression militaire constante pour empêcher toute reconstitution des capacités du Hezbollah. De l’autre, le gouvernement libanais tente de progresser dans le désarmement tout en préservant une certaine stabilité interne.
Les prochaines semaines seront décisives. La mise en œuvre de la seconde phase du plan de désarmement constituera un test majeur pour les autorités libanaises et pour la communauté internationale.
La conférence de Paris annoncée pourrait constituer une opportunité pour apporter un soutien concret au Liban dans cette entreprise difficile. Mais son succès dépendra largement de la capacité des différentes parties à respecter les engagements pris en novembre 2024.
En attendant, les frappes continuent, les tensions persistent et le spectre d’une nouvelle escalade reste bien présent dans cette région déjà si longtemps meurtrie par les conflits.
La communauté internationale suit avec la plus grande attention ces développements, consciente que l’avenir de la stabilité au Liban et dans l’ensemble de la région dépend en grande partie de la réussite ou de l’échec de ce processus de désarmement et de restauration de la pleine souveraineté libanaise.
Les prochains jours nous diront si les annonces encourageantes se transformeront en avancées concrètes ou si, au contraire, la logique de confrontation reprendra le dessus.









