Imaginez-vous promenant votre chien au petit matin le long des berges de la Seine. L’eau est calme, presque immobile. Soudain, votre animal s’arrête net, aboie furieusement vers quelque chose qui flotte. Ce que vous prenez d’abord pour un tronc d’arbre se révèle être un corps humain. Et ce n’est que le premier.
Le 13 août 2025, les habitants de Choisy-le-Roi ont vécu un véritable cauchemar collectif. En quelques heures, quatre dépouilles masculines ont été découvertes dans le fleuve, à quelques centaines de mètres seulement les unes des autres. Ce qui ressemblait initialement à un terrible fait divers allait rapidement devenir l’une des affaires criminelles les plus troublantes de ces dernières années en Île-de-France.
Une découverte macabre qui bascule dans l’horreur
Très rapidement, les premières constatations des enquêteurs ont dissipé l’hypothèse d’accidents ou de noyades naturelles. Les corps portaient des marques nettes de strangulation. L’un d’eux était retrouvé le pantalon descendu aux chevilles, un autre presque entièrement dénudé du bas du corps. Le message était clair : on ne se trouvait plus devant des morts accidentelles, mais bien devant une série de crimes d’une extrême violence.
Les victimes : un profil qui interroge
Parmi les quatre hommes initialement découverts, les profils étaient très différents en apparence : un Français de 48 ans résidant à Créteil, un Algérien de 21 ans habitant Choisy-le-Roi, un autre Algérien du même âge sans domicile fixe, et un Tunisien de 26 ans également sans abri. À première vue, rien ne semblait les relier.
Pourtant, une constante est apparue au fil des expertises : au moins l’une des victimes était ouvertement homosexuelle et fréquentait régulièrement un lieu de drague gay situé à quelques centaines de mètres du squat où vivait le principal suspect. Cette information allait devenir centrale dans l’enquête.
Un suspect au parcours déjà chaotique
Le principal suspect, un jeune homme d’une vingtaine d’années d’origine maghrébine, a d’abord tenté de brouiller les pistes en déclinant une fausse identité algérienne. Il se présentait sous le nom d’Ahmed Ben Ali, prétendument né à Oran. Les vérifications ont rapidement démontré qu’il s’agissait d’une identité usurpée et que l’homme était en réalité Tunisien, en situation irrégulière sur le territoire français.
Interpellé dans un centre de rétention administrative après avoir été contrôlé, il a été placé en garde à vue pour « meurtres en concours », une qualification pénale qui désigne la commission de plusieurs homicides distincts. Son attitude lors des auditions a rapidement frappé les enquêteurs : mutisme quasi-total, recours systématique au droit au silence, regard fixe et parfois absent.
Un ADN qui parle quand le suspect se tait
Les analyses génétiques ont constitué un tournant majeur dans le dossier. Sur les vêtements du suspect, portés le jour présumé du meurtre de la victime la plus récente, les techniciens ont retrouvé un mélange d’ADN appartenant à la fois au suspect et à la victime de 48 ans. Les zones concernées (pubis et cuisses du pantalon) sont très évocatrices d’un contact sexuel antérieur ou concomitant au crime.
Ce résultat scientifique, difficilement contestable, a fait basculer l’enquête vers une hypothèse encore plus sombre : celle d’un prédateur qui rencontrerait ses victimes dans des lieux de drague, aurait des relations sexuelles avec elles, puis les tuerait.
« Les traces de strangulation associées à des indices de rapports sexuels juste avant la mort constituent une signature criminelle extrêmement rare et très inquiétante. »
Ce mode opératoire, qui mêle pulsion sexuelle et violence extrême, rappelle certains grands criminels sériels des décennies passées.
Un conflit intérieur au cœur du mobile présumé
L’une des pistes les plus sérieuses explorées par les enquêteurs concerne le rapport du suspect à sa propre sexualité. Plusieurs éléments concordants suggèrent qu’il pourrait être homosexuel, ou du moins bisexuel, mais qu’il vit cette orientation dans une honte et un déni extrêmes.
Des proches ont rapporté que le jeune homme avait connu, ces derniers mois, une véritable conversion religieuse vers un islam très rigoriste. Il reprochait à son entourage de ne pas prier suffisamment, critiquait leur mode de vie jugé trop occidental, et semblait obsédé par la notion de péché.
Dans de nombreux pays où l’homosexualité est sévèrement condamnée par la religion ou la loi, on observe parfois ce mécanisme psychologique tragique : des hommes homosexuels intériorisent tellement la condamnation morale qu’ils reportent leur haine de soi sur d’autres personnes partageant la même orientation sexuelle.
La violence ne s’arrête pas derrière les barreaux
Quelques mois après sa mise en examen pour les quatre meurtres, le suspect a de nouveau fait parler de lui de la manière la plus effrayante qui soit. Alors qu’il était détenu à la maison d’arrêt de la Santé, il a tenté d’étrangler son codétenu pendant son sommeil, en pleine nuit.
Le jeune homme agressé s’est réveillé en sursaut pour découvrir son compagnon de cellule à califourchon sur lui, les deux mains autour de sa gorge, le regard fou. Cette agression, heureusement stoppée à temps, a valu au suspect vingt jours d’isolement.
Ce nouvel épisode violent laisse craindre que l’individu ne parvienne absolument pas à maîtriser ses pulsions destructrices, même en détention.
Une cinquième, puis une sixième découverte macabre
Le 27 août 2025, un cinquième corps a été retrouvé dans la Seine, toujours dans le secteur de Choisy-le-Roi / Vitry-sur-Seine. Les circonstances de la mort n’ont pas permis, selon le parquet, d’établir un lien formel avec les quatre premiers cas.
Puis, début septembre, un sixième corps a été repêché à Vitry-sur-Seine, toujours dans le même secteur géographique. Là encore, prudence oblige, les autorités judiciaires ont refusé de confirmer un lien avec la série précédente. Cependant, la répétition des découvertes dans un périmètre aussi restreint laisse planer le doute dans l’opinion publique.
Une affaire qui soulève de nombreuses questions sociétales
Au-delà du fait divers tragique, cette affaire pose des questions profondes et douloureuses sur plusieurs sujets :
- La difficulté pour certaines personnes à concilier orientation sexuelle et appartenance religieuse quand celle-ci condamne explicitement l’homosexualité
- Le tabou persistant autour de l’homosexualité dans certaines communautés immigrées ou de tradition musulmane
- La vulnérabilité extrême des personnes sans domicile fixe, souvent victimes de toutes sortes de violences sans que personne ne s’en émeuve
- La dangerosité potentielle des personnes en situation de conflit intérieur violent, surtout quand elles ne bénéficient d’aucun accompagnement psychologique
Ces questions ne trouveront probablement jamais de réponse simple ni définitive. Elles n’en demeurent pas moins douloureusement posées par cette terrible affaire.
Que nous apprend ce drame sur notre société ?
Cette série criminelle, si elle est confirmée, serait l’une des plus importantes en France depuis plusieurs décennies. Elle nous confronte à des réalités que beaucoup préféreraient ignorer : la radicalisation religieuse peut parfois coexister avec des pathologies mentales très graves ; le refoulement sexuel peut engendrer une violence inouïe ; les lieux de drague gay, bien que fréquentés par des milliers d’hommes chaque année, restent des endroits où la vulnérabilité est maximale.
Elle nous rappelle aussi que derrière chaque corps repêché, il y a une famille qui attend des réponses, des amis qui pleurent, une vie qui s’est arrêtée brutalement et injustement.
À l’heure où ces lignes sont écrites, l’enquête se poursuit. Le suspect nie toujours les faits. Les expertises psychiatriques en cours tenteront peut-être d’éclairer ce qui pousse un jeune homme à commettre de tels actes.
Mais une chose est déjà certaine : pendant plusieurs semaines de l’été 2025, la Seine a charrié bien plus que de l’eau. Elle a transporté le poids d’une tragédie humaine d’une rare intensité, dont les ramifications psychologiques, culturelles et sociétales continueront longtemps de hanter les enquêteurs… et sans doute une partie de l’opinion publique.
Et pendant ce temps, la Seine continue de couler, indifférente aux secrets terribles qu’elle a un temps portés à sa surface.
(Article mis à jour au 9 janvier 2026 – environ 3 450 mots)









