La nuit du 6 au 7 janvier 2026, les rues de plusieurs grandes villes françaises ont vibré au rythme d’une joie explosive. L’Algérie venait de se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations après une victoire étriquée face à la République démocratique du Congo. Pour beaucoup, c’était l’occasion de célébrer avec ferveur. Mais pour d’autres, cette liesse a rapidement dégénéré en scènes de violence urbaine qui ont marqué les esprits.
Une qualification qui enflamme les rues de France
Le coup de sifflet final à peine retentit que des milliers de supporters ont envahi les artères des grandes agglomérations. Klaxons incessants, drapeaux verts et blancs flottant aux fenêtres des voitures, chants à tue-tête : l’ambiance était électrique. Pourtant, derrière cette effusion de bonheur collectif se cachait une réalité plus sombre. Dans plusieurs villes, les célébrations ont basculé dans le désordre, laissant derrière elles des traces de dégradations et des interventions musclées des forces de l’ordre.
Ce phénomène n’est malheureusement pas nouveau. À chaque succès majeur de l’équipe nationale algérienne, une partie des festivités dérape. La question que beaucoup se posent aujourd’hui est simple : comment une victoire sportive peut-elle générer autant de tensions sur le sol français ?
Lyon : du blocage des axes routiers aux jets de projectiles
À Lyon, la soirée a commencé par une immense concentration place Gabriel Péri. Jusqu’à cinq cents personnes se sont rassemblées, bloquant la circulation sur les quais du Rhône. Très vite, des groupes se sont dispersés dans la ville, certains jouant même au football en pleine chaussée, paralysant totalement la circulation.
Les forces de l’ordre, dépassées par l’ampleur du rassemblement, ont dû intervenir avec des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Des jets de projectiles ont été signalés, et une interpellation a eu lieu en fin de soirée. Mais ce n’était pas tout : des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont révélé des slogans particulièrement choquants, visant explicitement d’autres communautés.
Ces chants haineux, dirigés contre le Maroc et la communauté juive, ont profondément choqué l’opinion publique. Ils rappellent que derrière l’euphorie sportive peuvent se cacher des rancœurs plus profondes, parfois importées de contextes géopolitiques lointains.
Paris : échauffourées dans le nord et fermeture de stations de métro
Dans la capitale, les incidents se sont concentrés dans le quartier de Barbès. Des échauffourées ont éclaté peu après le match, obligeant les autorités à fermer la station de métro pour des raisons de sécurité. Les policiers ont fait usage de grenades lacrymogènes face à des groupes hostiles.
Par précaution, des compagnies d’intervention ont été déployées sur les Champs-Élysées, lieu symbolique souvent ciblé lors de rassemblements massifs. Au moins une interpellation a été réalisée. Plus largement, des blocages routiers ont été signalés sur plusieurs axes à travers le pays, perturbant fortement la circulation nocturne.
Ces événements montrent à quel point les autorités anticipaient des débordements. La préfecture de police avait d’ailleurs exprimé ses inquiétudes avant même le début du match.
Toulouse : véhicules incendiés et tirs de mortiers
À Toulouse, la situation a été particulièrement tendue dans le quartier du Mirail, souvent considéré comme sensible. Quatre véhicules ont été volontairement incendiés, tandis que des mortiers d’artifice étaient tirés en direction des forces de l’ordre.
La police, qui avait anticipé ces rassemblements en sécurisant le centre-ville, s’est retrouvée sous pression. Le mélange de liesse populaire et d’actes délictueux a créé une ambiance explosive, où la frontière entre fête et violence devenait floue.
Les habitants du quartier ont dû composer avec le bruit incessant des klaxons, des pétards et des sirènes de police tout au long de la nuit.
Nantes : une interpellation marquante au cœur des célébrations
À Nantes, les scènes de joie dans le centre-ville ont également tourné court. Un homme a été interpellé après des débordements liés aux célébrations. Les rues, envahies par les supporters, ont connu des moments de forte tension.
Comme dans d’autres villes, les klaxons et les rassemblements spontanés ont rapidement attiré l’attention des forces de l’ordre, qui ont dû intervenir pour rétablir le calme.
Bourgoin-Jallieu : poubelles incendiées et tirs de mortiers
Même dans des villes de taille plus modeste comme Bourgoin-Jallieu, la qualification algérienne a provoqué des incidents. Un groupe d’une quinzaine de personnes s’est rassemblé sur le boulevard Saint-Michel, procédant à des tirs de mortiers et incendiant deux poubelles.
Le rodéo urbain et les concerts de klaxons ont marqué les esprits des riverains, qui ont vécu une soirée particulièrement agitée.
Saint-Étienne et autres villes : un phénomène national
Saint-Étienne n’a pas été épargnée. Des dégradations et des tensions avec les forces de l’ordre ont été rapportées. Ce schéma répétitif dans de nombreuses agglomérations – Lyon, Paris, Toulouse, Nantes, Bourgoin-Jallieu, Saint-Étienne – dessine un tableau préoccupant d’un phénomène qui dépasse le simple cadre sportif.
Partout, le même scénario : joie débordante, puis dérapages incontrôlés. Voitures brûlées, mortiers, projectiles, blocages routiers… Les dégâts matériels et les risques pour la sécurité publique sont réels.
Même en prison, l’euphorie déborde
Un épisode particulièrement symbolique s’est déroulé à la prison de Nanterre. Des détenus ont hurlé leur soutien à l’Algérie, brandissant des drapeaux aux fenêtres et provoquant un tapage important. Cette scène, filmée et largement partagée, illustre à quel point l’engouement dépasse les murs des établissements pénitentiaires.
Cela pose également la question de la gestion de ces moments d’effervescence collective dans des lieux sensibles.
Les slogans haineux : un aspect particulièrement choquant
Au-delà des dégradations matérielles, ce sont les slogans haineux entendus à Lyon qui ont le plus marqué les esprits. Des phrases ouvertement hostiles envers le Maroc et la communauté juive ont été scandées par certains groupes.
Ces dérapages verbaux rappellent que le sport, censé unir, peut parfois devenir le vecteur de tensions communautaires ou géopolitiques. Ils soulèvent des interrogations sur l’intégration, l’identité et la gestion des passions collectives dans une société multiculturelle.
De nombreux observateurs s’inquiètent de voir ces rancœurs s’exprimer aussi ouvertement dans l’espace public français.
Pourquoi ces célébrations dégénèrent-elles si souvent ?
Ce n’est pas la première fois que des victoires de l’équipe d’Algérie en compétition internationale provoquent des troubles en France. Depuis plusieurs décennies, un schéma similaire se répète. Joie immense d’une partie de la population, puis dérapages d’une minorité qui ternissent l’image de toute une communauté.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, l’importance symbolique du football pour les diasporas. L’Algérie, nation passionnée de sport, voit dans ces victoires un motif de fierté nationale immense. Pour beaucoup de Français d’origine algérienne, soutenir les Fennecs est une façon d’exprimer leur double appartenance.
Mais cette ferveur peut être récupérée ou exacerbée par des individus cherchant le désordre. L’absence de cadre organisé pour canaliser cette énergie collective laisse la place à des comportements déviants.
Enfin, les tensions géopolitiques régionales – notamment entre l’Algérie et le Maroc – peuvent parfois déborder sur le territoire français, comme l’ont montré les slogans haineux.
Les conséquences pour les villes et les habitants
Pour les habitants des quartiers concernés, ces nuits agitées sont source d’angoisse. Bruit incessant, sentiment d’insécurité, dégradations : le quotidien est perturbé. Les commerçants retrouvent parfois leurs vitrines brisées ou leurs poubelles calcinées.
Les forces de l’ordre, mobilisées en grand nombre, subissent des risques importants. Les tirs de mortiers, de plus en plus fréquents lors de ce type d’événements, représentent une menace réelle.
Sur le plan matériel, les coûts sont loin d’être négligeables : véhicules incendiés, mobilier urbain détérioré, interventions policières massives… Ce sont finalement les contribuables qui en paient la facture.
Comment mieux encadrer ces célébrations à l’avenir ?
Face à la récurrence de ces incidents, plusieurs pistes sont envisagées par les autorités. Mieux anticiper les rassemblements en proposant des espaces dédiés et sécurisés pour les supporters. Renforcer la présence policière de manière préventive plutôt que répressive.
Certains appellent également à une prise de conscience collective. Les associations communautaires pourraient jouer un rôle important en encadrant les célébrations et en condamnant fermement tout débordement.
Le dialogue entre les différentes parties – autorités, représentants communautaires, supporters responsables – semble être la clé pour transformer ces moments de joie en fêtes populaires sans danger.
Car au fond, le football devrait rester un vecteur d’unité et de partage, et non de division ou de violence.
La qualification de l’Algérie pour les quarts de finale de la CAN 2025 restera donc dans les mémoires pour deux raisons : la performance sportive des Fennecs, mais aussi les regrettables incidents qui ont marqué les rues françaises. Espérons que les prochaines échéances internationales se déroulent dans un climat plus apaisé.
Bilan de la nuit du 6 au 7 janvier 2026 :
- Multiples villes touchées : Lyon, Paris, Toulouse, Nantes, Saint-Étienne, Bourgoin-Jallieu…
- Véhicules incendiés et poubelles brûlées
- Tirs de mortiers sur les forces de l’ordre
- Blocages routiers et perturbations majeures de la circulation
- Slogans haineux rapportés dans certaines villes
- Plusieurs interpellations
- Interventions massives avec gaz lacrymogènes
Ces événements interrogent notre capacité collective à célébrer ensemble, dans le respect de tous. Le sport a le pouvoir de rassembler, mais aussi, parfois, de révéler des fractures. À nous de faire en sorte que la passion reste synonyme de joie partagée, et non de chaos.









