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Le Périple Mortel Des Jeunes Afghans Vers L’Iran

Habibullah n'avait que quinze ans quand il a tenté de traverser les montagnes pour aider sa famille. Une nuit de décembre, le froid l'a emporté. Combien d'autres jeunes Afghans vivent ce périple mortel en quête d'une vie meilleure ? Découvrez leurs histoires...

Imaginez un adolescent de quinze ans, le visage encore enfantin, qui quitte sa maison en pleine nuit pour affronter des montagnes glacées. Il rêve simplement d’aider sa famille à survivre. Cette histoire n’est pas une fiction : elle est celle de milliers de jeunes Afghans qui risquent tout pour une vie meilleure.

Un voyage désespéré à travers les montagnes

Dans les villages reculés d’Afghanistan, la misère pousse les plus jeunes à tenter l’impossible. Habibullah, originaire d’un petit hameau de l’ouest du pays, en est un exemple tragique. Ce garçon au regard fixe sur une photo jaunissante n’avait qu’un désir : trouver du travail pour ramener de quoi manger à sa mère veuve.

Sa maison, faite de terre séchée, n’avait ni eau courante ni électricité. L’hiver rendait la vie encore plus dure. Sans bois pour allumer un feu, la famille luttait chaque jour contre le froid et la faim.

Habibullah avait déjà essayé de gagner quelques pièces en cirant des chaussures dans les rues. Mais les gains étaient dérisoires : à peine de quoi acheter un bout de pain. Même les emplois les plus modestes, comme berger ou aide dans une boutique, restaient inaccessibles.

Une décision inévitable

Face à cette impasse, l’adolescent a pris une décision lourde de conséquences. Il a confié à sa mère qu’il partait pour l’Iran, un pays voisin où l’on parle la même langue et où les opportunités semblent plus nombreuses.

Son demi-frère se souvient encore de ses mots : une confiance absolue en Dieu pour protéger son voyage. Pourtant, ce chemin clandestin à travers les montagnes est semé d’embûches mortelles.

En décembre, les températures plongent brutalement. La neige recouvre tout, rendant chaque pas dangereux. Les gardes-frontières veillent, mais les passeurs connaissent des itinéraires secrets, souvent au prix fort pour les migrants.

« Nous n’avons pas de quoi manger. La maison où je vis n’a ni électricité, ni eau. Nous n’avons rien pour allumer un feu. »

Ces mots de la mère d’Habibullah résument la détresse quotidienne de millions de familles. Ils expliquent pourquoi tant de jeunes choisissent l’exil, malgré les risques évidents.

Des victimes invisibles du froid

Habibullah n’est pas revenu. Une nuit glaciale de décembre a eu raison de lui. Son corps fait partie des nombreux retrouvés sans vie dans ces montagnes inhospitalières.

Des sources à la frontière rapportent qu’au moins quinze corps d’hommes ont été rendus aux autorités afghanes durant cette période. Trois autres migrants ont été découverts morts du côté afghan. Ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité.

Mi-décembre, près de 1 600 personnes ont été secourues in extremis par les gardes-frontières iraniens. Elles risquaient de périr à cause des conditions climatiques extrêmes. Mais beaucoup n’ont pas cette chance.

Aujourd’hui, Habibullah repose dans une tombe simple, faite de terre et de cailloux, dans son village natal. Un endroit modeste qui contraste avec les rêves qu’il portait en lui.

Une crise humanitaire sans précédent

L’Afghanistan traverse une période particulièrement sombre. En 2026, près de 22 millions de personnes – soit presque la moitié de la population – auront besoin d’une aide humanitaire urgente, selon les estimations des Nations Unies.

Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, le pays applique une interprétation très stricte de la loi islamique. Cela exclut les femmes de nombreux emplois et accentue les difficultés économiques.

À cela s’ajoutent les cicatrices de décennies de conflits armés. Les catastrophes naturelles récentes aggravent encore la situation : deux séismes majeurs en 2025 et des sécheresses répétées ont détruit cultures et moyens de subsistance.

Principaux facteurs de la crise :

  • Insécurité alimentaire chronique
  • Manque criant d’emplois
  • Absence de services de base
  • Catastrophes naturelles à répétition

Ces éléments combinés créent un cercle vicieux. Les familles n’ont plus d’autre option que de voir leurs enfants partir, espérant qu’ils ramèneront un peu d’argent depuis l’étranger.

L’impact massif des retours forcés

Depuis septembre 2023, environ cinq millions d’Afghans ont été renvoyés du Pakistan et de l’Iran. Cela représente une augmentation soudaine de 10 % de la population du pays.

Un tel afflux met une pression énorme sur les ressources déjà limitées. Les organisations internationales et le gouvernement tentent d’apporter une aide aux rapatriés, mais cela reste insuffisant.

Beaucoup de ces personnes, interrogées par des organismes humanitaires, déclarent vouloir repartir. Les raisons invoquées sont toujours les mêmes : manque de nourriture, absence de travail et services inexistants.

Les voies légales deviennent quasi inaccessibles. Obtenir un visa pour l’Iran est de plus en plus compliqué. Les migrants se tournent alors vers des passages illégaux, conscients des dangers liés au froid et aux trafiquants.

Le récit poignant d’un autre survivant

Abdoul Majid Haidari, 25 ans, a lui aussi tenté la traversée mi-décembre. Ouvrier dans un four à briques, il ne parvenait plus à acheter les médicaments nécessaires pour son fils d’un an, atteint d’un problème cardiaque.

Accompagné de son demi-frère Yunus, il a choisi un soir de pluie pour partir. Sous la pluie, les dispositifs de surveillance fonctionnent moins bien, pensaient-ils.

Mais le passeur s’est égaré. Le groupe a tenté d’allumer un feu pour se réchauffer, en vain : le sol était trop humide et ils manquaient de carburant.

Puis la neige est tombée. Abdoul Majid a commencé à faiblir. Il a avoué ne plus pouvoir marcher. Certains membres du groupe ont suggéré de l’abandonner pour sauver les autres.

« Nous sommes partis parce que nous étions si démunis. »

Yunus et des cousins ont refusé. Pendant deux heures, ils ont porté Abdoul Majid, à bout de forces. Puis son corps est devenu lourd, ses yeux sont restés ouverts sans vie.

Une famille iranienne les a croisés par hasard et les a conduits à l’hôpital. Trop tard : les médecins n’ont pu que constater le décès.

Aujourd’hui de retour au village, Yunus porte encore le poids de ce souvenir. Son témoignage montre à quel point la détresse peut pousser des hommes à tout risquer.

Des efforts pour endiguer le trafic

Les autorités afghanes affirment renforcer la lutte contre les passeurs. Des arrestations régulières ont lieu : fin décembre, plusieurs centaines de personnes tentant la traversée illégale ont été interceptées.

Cette répression vise à décourager les départs. Mais tant que les causes profondes persisteront, les candidats à l’exil continueront de se manifester.

Les organisations humanitaires alertent sur l’urgence d’une réponse globale. Aide alimentaire, création d’emplois locaux, reconstruction après les catastrophes : autant de pistes pour freiner cette hémorragie humaine.

Derrière chaque tentative de traversée se cache une histoire de survie. Ces jeunes Afghans ne partent pas par aventure, mais parce qu’ils n’ont plus d’autre choix face à la misère.

Le drame d’Habibullah et d’Abdoul Majid rappelle que la crise afghane ne se limite pas aux frontières du pays. Elle touche des vies entières, des familles brisées, des rêves éteints dans la neige.

Comprendre ces parcours, c’est aussi reconnaître l’ampleur d’une souffrance qui mérite attention et solidarité internationales. Car tant que des adolescents continueront de mourir dans ces montagnes, la communauté mondiale aura une part de responsabilité.

Les témoignages recueillis montrent une chose essentielle : la migration clandestine n’est pas un choix libre, mais une contrainte imposée par des conditions de vie intenables.

Espérons que ces récits douloureux contribuent à éveiller les consciences et à pousser vers des solutions durables pour l’Afghanistan et ses habitants.

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