Imaginez une femme qui a remporté six titres de championne du monde et trois médailles d’or olympiques, et qui, même enceinte, refuse de lâcher les tatamis. Clarisse Agbegnenou n’est pas seulement la judokate la plus titrée de l’histoire française : elle est aussi une maman qui redéfinit les règles pour les sportives de haut niveau. À quelques mois de l’accouchement de son deuxième enfant, elle continue de s’entraîner. Pourquoi ? Sa réponse est aussi simple que puissante.
Une Décision Qui Ne Surprend Plus Personne
Quand on suit le parcours de Clarisse Agbegnenou, on comprend vite que l’arrêt complet n’est pas dans son vocabulaire. Née à Rennes en 1992, elle a gravi les échelons du judo avec une détermination hors norme. Six couronnes mondiales, cinq titres européens, et surtout ces moments gravés dans l’histoire olympique : l’or individuel à Tokyo en 2020, l’or par équipes à Tokyo et Paris, sans oublier le bronze à Paris 2024. Pourtant, aujourd’hui, sa plus grande priorité n’est plus uniquement les médailles.
« Ma priorité, ce sont mes enfants, pas les JO », a-t-elle récemment confié. Une phrase qui résonne comme un manifeste. Pourtant, elle garde un œil fixé sur Los Angeles 2028. Comment concilier maternité et ambition olympique ? En refusant de mettre sa santé physique entre parenthèses pendant la grossesse.
Pourquoi Elle Refuse D’arrêter L’entraînement
La raison principale est claire : prendre soin de son corps. « Ça entretient ma force, ça m’évite les problèmes de sciatique et me garde en forme », explique-t-elle. Pendant une grossesse, les changements hormonaux et la prise de poids peuvent provoquer des douleurs lombaires intenses. Le sport adapté, encadré et modéré, agit comme un rempart naturel.
Mais il y a plus profond. Après la naissance de sa fille Athéna, Clarisse a vécu une récupération physique très difficile. Reprendre le chemin des compétitions après une pause totale s’est révélé épuisant. Elle a dû reconstruire muscle par muscle ce que des mois d’inactivité avaient effrité. Cette expérience douloureuse l’a marquée. Aujourd’hui, elle refuse de revivre le même calvaire.
En continuant un entraînement adapté, elle maintient sa masse musculaire, sa souplesse et son endurance cardiovasculaire. Un choix validé par de nombreux professionnels de santé qui encouragent les femmes enceintes à rester actives, tant que l’activité est surveillée et sans risque.
Changer Le Statut Des Mères Athlètes
Clarisse Agbegnenou n’a pas seulement bouleversé sa propre carrière : elle a fait évoluer toute une profession. En 2022, elle a imposé la présence de sa fille Athéna au bord des tatamis pendant les compétitions. Un geste fort qui a brisé un tabou. À l’époque, beaucoup de fédérations et sponsors voyaient la maternité comme incompatible avec le haut niveau.
Elle se souvient : « C’était pour moi que je l’ai fait. Le but n’était pas que tout le monde me suive, mais si ça a pu aider, tant mieux. » Pourtant, son acte a ouvert la voie. Aujourd’hui, plusieurs sportives osent afficher leur maternité sans craindre de perdre contrats ou places en sélection.
Son combat dépasse le judo. Il touche toutes les disciplines où les femmes sont confrontées au même dilemme : choisir entre famille et carrière sportive. En restant active pendant sa deuxième grossesse, elle montre qu’une autre voie est possible.
Un Engagement Pour Les Bébés Prématurés
Derrière la championne se cache aussi une femme profondément sensible à la cause des prématurés. Elle-même née grande prématurée, Clarisse connaît la fragilité de ces débuts de vie. Elle soutient activement l’association SOS Préma, qui accompagne les familles 24 heures sur 24.
« Je sais combien les parents sont livrés à eux-mêmes durant cette période, surtout pendant les fêtes », confie-t-elle. Elle déplore l’absence de subventions publiques suffisantes. Selon elle, les progrès existent, mais restent insuffisants. Ce sont souvent d’anciens parents concernés qui financent l’aide apportée aux nouveaux.
Son engagement ne date pas d’hier. Elle utilise sa notoriété pour sensibiliser, rappeler que la prématurité touche encore trop de naissances en France. Chaque interview, chaque apparition publique devient une occasion de parler de cette cause qui lui tient tant à cœur.
Le Parcours D’une Championne Hors Norme
Revenons un instant sur ce qui fait de Clarisse Agbegnenou une légende vivante du judo français. Licenciée au Red Star Club de Champigny-sur-Marne, elle domine la catégorie des moins de 63 kg depuis plus d’une décennie. Ses adversaires savent qu’affronter la Française demande une préparation mentale autant que technique.
Ses titres s’enchaînent avec une régularité impressionnante : championne du monde en 2014, 2017, 2018, 2019, 2021 et 2023. Championne d’Europe à cinq reprises. Sur la scène olympique, elle a transformé ses échecs en triomphes. L’argent à Rio en 2016 a forgé la championne qui a décroché l’or à Tokyo.
À Paris 2024, malgré la pression immense d’évoluer à domicile, elle a ramené deux médailles : l’or par équipes et le bronze en individuel. Des performances qui confirment son statut d’icône incontestée.
Vers Los Angeles 2028 : Un Rêve Toujours Vivant
À 33 ans, beaucoup auraient raccroché. Pas elle. Les Jeux de Los Angeles en 2028 restent un objectif clair. Elle sait que la route sera longue, surtout avec deux enfants en bas âge. Mais son expérience lui a appris que rien n’est impossible quand on prépare le terrain.
En restant active pendant sa grossesse, elle pose les bases d’un retour plus rapide et moins douloureux. Elle évite les pertes musculaires importantes, préserve sa proprioception et garde un mental affûté. Autant d’atouts qui feront la différence lors de la reprise intensive.
Les spécialistes du sport de haut niveau s’accordent : les athlètes qui maintiennent une activité adaptée pendant leur grossesse reviennent souvent plus fortes. Le corps conserve une mémoire musculaire précieuse.
Ce Que Son Exemple Nous Apprend
Au-delà du sport de haut niveau, l’histoire de Clarisse Agbegnenou parle à toutes les femmes. Elle montre qu’une grossesse n’est pas une parenthèse qui efface des années d’efforts. Au contraire, elle peut devenir une période de transition maîtrisée.
Pour les femmes actives, qu’elles soient sportives amateurs ou professionnelles, son message est clair : écouter son corps, s’entourer de professionnels compétents, et ne pas avoir peur de bouger. Marche, yoga prénatal, renforcement musculaire doux : autant de pratiques bénéfiques validées par la science.
Elle rappelle aussi l’importance d’un suivi médical rigoureux. Chaque grossesse est unique. Ce qui fonctionne pour une championne olympique ne s’applique pas forcément à toutes. Mais l’idée générale reste universelle : le mouvement, quand il est adapté, est un allié précieux.
Une Inspiration Pour Les Générations Futures
Dans quelques années, de jeunes judokates regarderont Clarisse Agbegnenou comme un modèle complet. Pas seulement pour ses ippon spectaculaires ou ses séries de titres. Mais parce qu’elle aura prouvé qu’on peut être mère et championne sans choisir entre les deux.
Son combat pour les mères athlètes a déjà porté ses fruits. Les fédérations évoluent, les sponsors comprennent mieux les enjeux, les médias relaient davantage ces parcours. Petit à petit, la maternité cesse d’être perçue comme un frein dans le sport féminin de haut niveau.
En continuant à s’entraîner enceinte, elle envoie un message fort aux futures mamans sportives : vous avez le droit de continuer à vous épanouir physiquement. Vous avez le droit de préparer votre retour sans culpabilité.
Clarisse Agbegnenou n’est plus seulement une immense championne. Elle est devenue une voix essentielle dans le débat sur la place des femmes dans le sport. Une voix qui porte loin, des tatamis jusqu’aux instances dirigeantes. Et qui, espérons-le, continuera de résonner pendant encore de nombreuses années.
Son histoire nous rappelle une vérité simple : les plus grands exploits ne se mesurent pas seulement en médailles. Parfois, ils se jouent dans la capacité à concilier ses rêves avec la vie qui s’écrit jour après jour. Entre une séance d’entraînement et un câlin à sa fille, Clarisse Agbegnenou trace un chemin que beaucoup suivront.









