Imaginez une compétition continentale où le pays qui fournit le plus de talents… n’y participe même pas. C’est exactement ce qui se passe lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Alors que le Maroc accueille l’événement, un chiffre saute aux yeux : sur les 658 joueurs convoqués par les 24 sélections, 107 sont nés en France. Un nombre qui relègue tous les autres pays très loin derrière.
Ce paradoxe n’est pas nouveau, mais il atteint cette année une ampleur jamais vue. Il interroge sur les parcours migratoires, les choix de nationalité sportive et l’influence déterminante de la formation à la française sur le football africain contemporain.
La France, Championne Involontaire des Lieux de Naissance
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec 107 naissances sur son territoire – métropole et outre-mer inclus –, la France devance largement les nations africaines elles-mêmes. La Côte d’Ivoire arrive en deuxième position avec seulement 29 joueurs, suivie de près par l’Afrique du Sud (28) et l’Égypte (25).
Ce classement inattendu illustre une réalité démographique et sportive profonde. Des milliers de familles originaires d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb se sont installées en France depuis plusieurs générations. Leurs enfants, nés hexagonaux, grandissent dans un environnement footballistique parmi les plus structurés au monde.
Mais pourquoi tant d’entre eux choisissent-ils finalement de représenter le pays d’origine de leurs parents ? Les raisons sont multiples : attachement culturel, opportunités internationales plus rapides, ou parfois simple conviction personnelle.
Un Top 10 Qui En Dit Long
Pour mieux visualiser cette domination, voici les dix premiers pays en termes de lieux de naissance des joueurs de la CAN 2025 :
- France : 107 joueurs
- Côte d’Ivoire : 29 joueurs
- Afrique du Sud : 28 joueurs
- Égypte : 25 joueurs
- Nigéria : 24 joueurs
- Botswana : 24 joueurs
- Espagne : 24 joueurs
- Zambie : 23 joueurs
- Ouganda : 22 joueurs
- Tanzanie et Zimbabwe : 22 joueurs chacun
La présence de l’Espagne en septième position rappelle que ce phénomène n’est pas exclusif à la France. Mais l’écart reste abyssal : plus de quatre fois plus de naissances françaises que pour tout autre pays non africain.
L’Île-de-France, Véritable Pépinière de Talents
Zoomons maintenant sur la région qui concentre le plus fort contingent : l’Île-de-France. Pas moins de 43 joueurs convoqués pour cette CAN y sont nés. Cela représente à lui seul près de 6,5 % de l’effectif total de la compétition.
Parmi les départements franciliens, la Seine-Saint-Denis se distingue particulièrement. Quatorze joueurs y ont vu le jour, faisant du « 93 » une terre de football reconnue bien au-delà des frontières hexagonales.
Certaines communes ou clubs locaux ont formé des noms aujourd’hui incontournables sur la scène internationale. Des académies modestes aux structures plus importantes, le vivier semble inépuisable.
Pourquoi la Formation Française Attire-t-elle Autant ?
La réponse tient en plusieurs facteurs complémentaires. D’abord, la qualité et la densité des infrastructures. En France, un jeune joueur bénéficie d’un encadrement précoce, de compétitions régulières et d’un scouting intensif dès l’adolescence.
Ensuite, la proximité avec les grands championnats européens. Passer des catégories de jeunes à un club professionnel majeur est plus accessible depuis l’Hexagone que depuis la plupart des pays africains.
Enfin, la politique des centres de formation oblige les clubs professionnels à investir massivement dans la détection et l’accompagnement. Résultat : des milliers de jeunes talents issus de l’immigration progressent dans des conditions optimales.
Le Choix de la Nationalité Sportive : Un Débat Récurent
Chaque fois qu’une grande compétition africaine approche, la question resurgit : pourquoi ces joueurs nés en France optent-ils majoritairement pour les sélections de leurs parents ?
Pour certains, c’est une évidence culturelle et affective. Représenter le pays dont on porte les racines au plus profond de soi représente une fierté immense. Pour d’autres, l’opportunité sportive joue un rôle déterminant : titulaire assuré en sélection africaine plutôt que réserviste éternel chez les Bleus.
Ce choix n’est jamais anodin. Il engage une carrière entière et cristallise parfois des débats passionnés sur l’identité, l’appartenance et la loyauté sportive.
Un Phénomène Qui Ne Date Pas d’Hier
Déjà lors des éditions précédentes, ce décalage entre lieu de naissance et maillot porté était visible. Mais l’édition 2025 marque un record absolu. Jamais autant de joueurs nés hors du continent n’avaient été convoqués.
Cette évolution reflète les grandes vagues migratoires des décennies passées. Les enfants d’immigrés arrivés dans les années 70-80 atteignent aujourd’hui l’âge mûr du football professionnel. Leurs propres enfants perpétuent parfois le même parcours.
Le football devient ainsi un miroir des dynamiques migratoires mondiales. Il révèle les liens indéfectibles entre continents, les histoires familiales transmises et les rêves réalisés loin du pays natal.
Les Conséquences pour les Sélections Africaines
Cette diaspora talentueuse représente une aubaine pour de nombreuses équipes. Elle apporte expérience des grands championnats, discipline tactique et compétitivité accrue.
Certaines nations en tirent un avantage décisif. Leurs effectifs mêlent harmonieusement joueurs locaux et expatriés, créant une alchimie souvent payante sur le terrain.
Cependant, des voix s’élèvent parfois pour regretter un manque d’identification des joueurs formés à l’étranger avec la réalité du pays représenté. Un débat légitime, mais qui oublie souvent la complexité des parcours individuels.
Et l’Avenir ?
Rien n’indique que ce phénomène va s’estomper. Au contraire. Les infrastructures africaines progressent, mais l’attractivité européenne reste forte pour les familles cherchant un avenir meilleur à leurs enfants.
Les instances du football africain multiplient les initiatives pour détecter et former plus tôt sur place. Objectif : garder les talents au pays le plus longtemps possible.
Mais tant que les écarts de moyens persisteront, la France – et l’Europe en général – continuera d’exporter massivement ses talents nés sur son sol vers les compétitions continentales africaines.
La CAN 2025 n’est finalement qu’un épisode supplémentaire d’une histoire déjà longue. Une histoire où le ballon rond transcende les frontières, mélange les identités et raconte, à sa façon, la grande aventure humaine contemporaine.
Alors, quand vous regarderez les matchs au Maroc ces prochaines semaines, souvenez-vous de ce chiffre : 107. Derrière lui se cachent cent sept destins, cent sept parcours uniques entre deux continents, deux cultures, deux drapeaux.
Et peut-être que, quelque part, la France joue un peu quand même cette CAN…
Le football n’a pas de frontières fixes. Il suit les hommes, leurs rêves et leurs histoires. La CAN 2025 en est la plus belle illustration.
(Article mis à jour avec les données officielles des 24 sélections participantes à la CAN 2025)









