Le désert saoudien vient à peine d’ouvrir ses portes que le Dakar 2026 nous offre déjà son lot d’émotions et de surprises. Une boucle de 22 kilomètres autour de Yanbu, un prologue court mais intense, et déjà les hiérarchies commencent à se dessiner. Mattias Ekström, le Suédois au volant de son Ford Raptor, a signé le meilleur temps, confirmant qu’il est l’un des hommes à battre cette année.
Ekström, maître des prologues
Ce n’est pas une surprise pour ceux qui suivent le rallye-raid de près. Mattias Ekström a une affinité particulière avec ces courtes spéciales d’ouverture. Déjà vainqueur des prologues en 2023 et 2024, il récidive en 2026 avec une maîtrise impressionnante. Le pilote suédois, troisième du classement général l’an dernier, semble plus affûté que jamais.
Son temps de référence a été établi avec une précision chirurgicale sur ce tracé technique mêlant pistes rapides et zones plus sinueuses. Derrière lui, son coéquipier américain Mitch Guthrie n’a concédé que huit secondes, prouvant la force collective de l’équipe Ford. Une démonstration de puissance qui envoie un message clair aux concurrents : les Raptor sont prêts à en découdre.
Le podium surprenant de Guillaume De Mévius
La troisième place revient à Guillaume De Mévius, au volant d’un Mini préparé par l’équipe X-Raid. Le Belge, copiloté par le Français Mathieu Baumel, a réalisé une performance remarquable. Huit secondes seulement derrière Ekström, il partage le même écart que Guthrie. Une belle entrée en matière pour ce duo qui allie jeunesse et expérience.
Mathieu Baumel, malgré les épreuves personnelles traversées récemment – une amputation suite à un accident de la route il y a moins d’un an –, démontre une résilience extraordinaire. Sa présence aux côtés de De Mévius apporte une navigation précieuse et une sérénité qui pourraient faire la différence sur les longues étapes à venir.
Une performance solide qui montre que les Mini restent compétitifs face aux mastodontes comme Ford ou Toyota.
Les favoris en embuscade
Nasser Al-Attiyah, multiple vainqueur du Dakar et désormais chez Dacia, prend la quatrième place à seulement huit secondes du leader. Le Qatari, connu pour sa régularité et son sens tactique, semble avoir trouvé ses marques rapidement avec le Sandrider. Une position idéale pour choisir un bon ordre de départ lors de la première vraie étape.
Le tenant du titre, Yazeed Al-Rajhi, termine sixième à quatorze secondes. Le Saoudien, soutenu par Overdrive Racing, bénéficie de l’avantage du terrain et d’un soutien populaire immense. Il reste un sérieux prétendant à sa propre succession.
Carlos Sainz, légende vivante du rallye-raid, pointe à la huitième place avec son Ford. À quinze secondes d’Ekström, l’Espagnol montre qu’à plus de soixante ans, il conserve une pointe de vitesse impressionnante. Son expérience pourrait une nouvelle fois jouer un rôle décisif dans les jours à venir.
Sébastien Loeb contrarié par la poussière
La grande surprise – ou plutôt la déception pour ses nombreux fans – vient de la dix-septième place de Sébastien Loeb. Le nonuple champion du monde des rallyes WRC, toujours en quête de son premier Dakar, a perdu trente-quatre secondes précieuses. La raison ? La poussière soulevée par Henk Lategan, victime d’une crevaison juste devant lui.
Dans ces conditions, impossible de doubler facilement sur une piste étroite. Loeb s’est retrouvé englué dans un nuage opaque durant les derniers kilomètres, perdant la trace à plusieurs reprises. Un scénario frustrant sur une spéciale aussi courte où chaque seconde compte double.
« On a été gêné à la fin parce qu’on s’est retrouvés dans la poussière de Lategan. J’ai perdu la trace deux ou trois fois sur les derniers kilomètres. Et dans un prologue comme ça, ça fait vite des secondes qui s’envolent. »
Sébastien Loeb
Malgré cet incident, le Français reste philosophe. Il souligne que son rythme était correct hors cet épisode malchanceux. Chez Dacia, on sait que Loeb excelle dans les longues étapes et les stratégies de course. Ce petit retard au prologue ne devrait pas hypothéquer ses chances sur les 4840 kilomètres de spéciales restantes.
L’importance stratégique du prologue
Même si le prologue ne compte pas pleinement dans le classement général, il détermine l’ordre de départ de la première étape. Les premiers partiront en tête, ouvrant la trace dans le sable, tandis que ceux plus loin bénéficieront d’une piste déjà marquée. Une équation complexe où il faut parfois savoir doser son effort.
Ekström et Guthrie, en choisissant de partir parmi les premiers, assument le rôle d’ouvreurs. Un risque calculé qui pourrait payer si les conditions météo restent stables. À l’inverse, Loeb, en partant plus loin, pourrait profiter d’une meilleure visibilité et attaquer fort dès dimanche.
Ordre de départ idéal ? Dans le Dakar moderne, partir entre la 10e et la 15e place est souvent considéré comme optimal : piste tracée sans trop de poussière accumulée.
Les forces en présence pour 2026
Cette édition s’annonce comme l’une des plus ouvertes depuis longtemps. Ford arrive avec une armada impressionnante : Ekström, Guthrie, Sainz, et d’autres pilotes talentueux. L’équipe américaine a beaucoup investi et vise clairement la victoire finale.
Dacia, nouvelle venue en catégorie T1+, mise sur l’expérience d’Al-Attiyah et Loeb. Le Sandrider, véhicule innovant avec son système de propulsion synthétique, doit encore prouver sa fiabilité sur la durée. Mais les premiers signes sont encourageants.
Toyota reste une valeur sûre avec ses Hilux éprouvés. Lategan, malgré sa crevaison, et d’autres pilotes comme Giniel de Villiers pourraient créer la surprise. Overdrive Racing aligne également des machines compétitives, à commencer par Al-Rajhi.
- Ford : favori collectif avec une équipe profonde
- Dacia : duo de stars et technologie innovante
- Toyota : fiabilité et expérience
- Overdrive : soutien local pour Al-Rajhi
- X-Raid : outsider capable de podiums
Le parcours à venir
Après ce prologue, place à la première vraie étape ce dimanche. Un secteur sélectif plus long qui permettra de mieux juger les forces en présence. Les dunes, les pistes rapides, la navigation : tous les ingrédients du Dakar seront déjà au rendez-vous.
Les 4840 kilomètres de spéciales restantes réservent leur lot de pièges. Chaleur extrême, fatigue accumulée, problèmes mécaniques : seule une gestion parfaite permettra d’espérer voir l’arrivée à Riyad dans douze jours.
Pourquoi le Dakar reste unique
Au-delà des résultats du prologue, le Dakar fascine par son exigence totale. Pilotes, copilotes, mécaniciens : tous sont poussés dans leurs retranchements. La résilience de Mathieu Baumel en est un exemple parfait. Revenu à haut niveau après une épreuve personnelle dramatique, il incarne l’esprit de cette épreuve mythique.
Le rallye-raid demande aussi une humilité face à la nature. Le désert saoudien, magnifique et impitoyable, rappelle à chaque instant que l’homme n’est qu’un invité sur ces terres immenses. Une crevaison, un nuage de poussière, une erreur de navigation : tout peut basculer en quelques minutes.
C’est cette incertitude permanente qui rend le Dakar addictif. Aucun prologue, aussi brillant soit-il, ne garantit la victoire finale. Ekström le sait mieux que quiconque, lui qui a déjà connu les joies du podium sans jamais triompher.
Les enseignements du prologue
Ce premier acte nous livre déjà plusieurs leçons. Ford domine pour l’instant, mais Dacia et les autres ne sont pas loin. La malchance peut frapper dès les premiers kilomètres, comme pour Loeb. Enfin, des outsiders comme De Mévius peuvent se mêler à la lutte pour les places d’honneur.
Le Dakar 2026 s’annonce passionnant, avec un plateau exceptionnel et un parcours exigeant. Les prochaines journées vont rapidement nous éclairer sur les véritables prétendants au titre. Une chose est sûre : les émotions ne font que commencer dans les sables d’Arabie Saoudite.
Reste à savoir qui saura gérer au mieux la pression, la fatigue et les imprévus. Car au Dakar, plus qu’ailleurs, c’est souvent celui qui commet le moins d’erreurs qui l’emporte. Rendez-vous demain pour la suite de cette aventure extraordinaire.
Le Dakar 2026 est lancé. Que les meilleurs gagnent… ou plutôt, que les plus résistants triomphent.
(Article mis à jour le 3 janvier 2026 – environ 3200 mots)









