InternationalPolitique

Manifestations en Iran : Une Contestation Économique et Politique

L'Iran est à nouveau secoué par des manifestations parties d'une protestation économique à Téhéran. Les slogans politiques résonnent, rappelant 2022. Six morts sont déjà recensés... Le régime pourra-t-il contenir cette vague de mécontentement qui s'étend à plus de 20 villes ?

Imaginez un grand marché grouillant de vie à Téhéran qui, du jour au lendemain, ferme ses rideaux. Des milliers de commerçants baissent leurs grilles en signe de ras-le-bol face à une économie qui s’effondre. C’est ainsi qu’a débuté, il y a quelques jours seulement, un mouvement de contestation qui gagne désormais plusieurs villes iraniennes. Ce qui semblait au départ une simple protestation économique prend peu à peu une tournure politique, rappelant les grandes mobilisations passées.

Un mouvement qui s’étend rapidement à travers le pays

Depuis six jours, l’Iran vit au rythme d’une contestation née dans le cœur économique de la capitale. Ce soulèvement, parti des commerçants, touche aujourd’hui étudiants et citoyens de nombreuses villes. Au moins six personnes ont perdu la vie lors d’affrontements, marquant une escalade préoccupante.

Le bilan humain, bien que limité pour l’instant, rappelle la fragilité de la situation. Les autorités minimisent parfois les incidents, tandis que les vidéos circulant sur les réseaux sociaux sont difficiles à vérifier avec certitude. Pourtant, des scènes confirmées montrent une colère palpable dans plusieurs régions.

Les racines d’une colère économique profonde

Tout a commencé un dimanche, dans le plus grand marché de téléphones portables de Téhéran. Les commerçants ont décidé de fermer leurs boutiques pour protester contre la dégradation continue de la situation économique. Cette décision n’est pas anodine : elle reflète des années de difficultés accumulées.

L’économie iranienne subit depuis des décennies le poids de sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Ces mesures ont provoqué une dépréciation chronique de la monnaie nationale, le rial. Le résultat ? Une hyperinflation atteignant 52 % sur un an en décembre dernier, et des prix qui fluctuent de manière imprévisible au quotidien.

Pour beaucoup d’Iraniens, acheter des produits de base devient un casse-tête. Les commerçants, directement touchés par cette volatilité, se retrouvent en première ligne. Leur fermeture collective a été le déclencheur d’un mouvement plus large.

Très vite, la contestation a dépassé le cadre du grand bazar de la capitale. Dès le mardi suivant, les étudiants ont rejoint le mouvement. Des rassemblements ont eu lieu dans les universités de Téhéran, mais aussi à Ispahan et Yazd, dans le centre du pays.

Aujourd’hui, selon un recensement basé sur des sources officielles, au moins vingt villes sont concernées, principalement des agglomérations de taille moyenne situées à l’ouest. L’ampleur réelle reste cependant difficile à mesurer précisément, entre sous-reporting des autorités et circulation massive de contenus parfois manipulés sur internet.

Parmi les incidents vérifiés, une scène à Fassa, dans le sud, montre des dizaines de personnes lançant des projectiles sur un bâtiment administratif et tentant d’en forcer l’entrée. Ces images illustrent une colère qui déborde localement.

Des revendications qui évoluent vers le politique

Si les premières protestations étaient clairement économiques, des slogans à connotation politique ont rapidement émergé. Des cris comme « Mort au dictateur » ou « Femme, Vie, Liberté » ont été rapportés par des organisations de défense des droits humains.

Ce dernier slogan n’est pas anodin. Il fut le symbole de la grande mobilisation de 2022, déclenchée par la mort en détention de Mahsa Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire obligatoire. Ce mouvement avait entraîné des centaines de morts, dont de nombreux membres des forces de sécurité, et des milliers d’arrestations.

Aujourd’hui, son retour dans la rue montre que le ressentiment reste vif. D’autres voix expriment un rejet du soutien financier et militaire apporté par Téhéran à des alliés régionaux, au détriment de la population iranienne. Le slogan « Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran ! » résume ce sentiment de priorité nationale face aux difficultés internes.

Cette évolution des revendications s’explique aussi par le contexte géopolitique actuel. Le régime fait face à de multiples pressions externes : une guerre récente avec Israël ayant endommagé des installations nucléaires, l’affaiblissement de ses alliés comme le Hamas et le Hezbollah, et la chute du régime syrien de Bachar al-Assad.

Ces événements isolent davantage les autorités iraniennes sur la scène régionale. À l’intérieur, ils alimentent un mécontentement déjà profond face aux choix stratégiques du pouvoir.

La réponse des autorités : entre fermeté et apaisement

Face à l’extension du mouvement, les forces de sécurité sont intervenues dans plusieurs villes. Jeudi, des heurts ont causé les premiers décès recensés : six morts au total. Ces violences marquent un tournant dans la gestion de la crise.

Parallèlement, des mesures inhabituelles ont été prises : fermeture des écoles, banques et administrations dans presque tout le pays, officiellement pour cause de froid hivernal et économies d’énergie. Cette décision massive laisse cependant planer le doute sur ses véritables motivations.

Sur le plan économique, le pouvoir tente de désamorcer la crise. Les difficultés des citoyens sont qualifiées de « revendications légitimes ». Un nouveau gouverneur a été nommé à la Banque centrale, avec pour mission prioritaire de contenir l’inflation galopante.

Les commerçants, considérés comme le poumon de l’économie nationale, représentent un groupe particulièrement sensible. Le gouvernement semble conscient qu’il doit apporter des réponses, même partielles, pour éviter une escalade incontrôlable.

Enfin, la police a adopté un ton mi-compréhensif, mi-mençant : compréhension des problèmes économiques, mais intolerance totale face à tout « chaos ». Cette double posture illustre la délicate équilibre que tentent de maintenir les autorités.

Les réactions de l’opposition en exil

À l’étranger, l’opposition iranienne, bien que fragmentée, salue unanimement ces manifestations. Différentes figures et organisations y voient un signe encourageant de résistance populaire.

Le fils du dernier chah a ainsi qualifié 2026 d’année potentiellement décisive pour un changement de régime. D’autres groupes, plus radicaux, parlent de la volonté du peuple de se libérer d’une « tyrannie religieuse ».

Ces déclarations, bien qu’enthousiastes, doivent être replacées dans leur contexte. L’opposition extérieure reste divisée et n’a pas toujours réussi à fédérer les mouvements internes lors des crises passées.

Comparaison avec les grandes contestations passées

Pour comprendre la portée actuelle, il est utile de revenir sur les précédents. La mobilisation de 2019, déclenchée par la hausse brutale du prix de l’essence, avait touché une centaine de villes et causé plusieurs centaines de morts selon des organisations non gouvernementales.

Celle de 2022, autour de Mahsa Amini, avait quant à elle une forte dimension sociétale et féministe, mobilisant particulièrement la jeunesse et les femmes. Elle reste dans toutes les mémoires comme l’une des plus importantes depuis la révolution de 1979.

Le mouvement actuel, bien que sérieux – certains experts le qualifient de plus important depuis 2023 – reste pour l’instant plus limité en ampleur géographique et en intensité. Il n’atteint pas encore le niveau des grandes vagues passées.

Cela ne signifie pas qu’il soit insignifiant. Au contraire, il révèle une société iranienne toujours prête à exprimer son mécontentement face à la dégradation continue du niveau de vie.

Quel avenir pour cette vague de contestation ?

Les observateurs s’accordent sur un point : avec la persistance des difficultés économiques et l’accumulation des frustrations, le pouvoir iranien sera confronté régulièrement à ce type d’éruptions sociales.

Pour l’instant, peu d’analystes estiment que ce mouvement puisse mener à une chute du régime. La répression reste efficace, et l’absence d’une opposition interne structurée limite les perspectives de changement radical.

Cependant, chaque épisode de contestation affaiblit un peu plus la légitimité du pouvoir et nourrit l’espoir chez une partie de la population. Dans un contexte régional instable et sous pression internationale constante, l’avenir reste particulièrement incertain.

Ce qui se joue actuellement dans les rues iraniennes dépasse la simple question économique. C’est toute la relation entre un régime et son peuple qui se trouve une nouvelle fois interrogée. Les prochains jours seront décisifs pour comprendre si cette colère se mue en un mouvement durable ou si elle s’essouffle face à la réponse des autorités.

Une chose est sûre : l’Iran continue de vivre au rythme de tensions profondes, où les difficultés du quotidien se mêlent aux aspirations politiques les plus fondamentales.


En suivant l’évolution de ces événements, on mesure à quel point la stabilité d’un pays peut être fragile lorsque les attentes économiques et les libertés individuelles restent insatisfaites depuis trop longtemps. L’histoire récente de l’Iran nous l’a déjà prouvé à plusieurs reprises.

Restons attentifs à la suite, car ce qui se passe aujourd’hui pourrait influencer durablement le paysage politique de la région toute entière.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.