Imaginez quitter votre pays, votre famille, tout ce que vous avez connu, pour embarquer sur une frêle embarcation au milieu de la nuit, en sachant que la mer pourrait vous engloutir. C’est pourtant la réalité choisie par des milliers d’Égyptiens en 2025. Plus de 16 000 d’entre eux ont tenté la traversée irrégulière vers l’Europe, un chiffre qui place cette nationalité en tête des arrivées africaines sur le continent.
Ces départs massifs interrogent. L’Égypte, souvent perçue comme un pays stable dans une région tourmentée, cache en réalité de profondes fractures. Derrière les images de pyramides et de tourisme, une jeunesse confrontée au chômage, à l’inflation galopante et à un régime autoritaire cherche désespérément un avenir ailleurs.
Un record inquiétant pour l’Europe
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre janvier et novembre 2025, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes a enregistré un peu plus de 16 000 passages irréguliers de ressortissants égyptiens. Ces traversées partent majoritairement des côtes libyennes, profitant du chaos persistant dans ce pays voisin.
La majorité de ces migrants, environ 8 700, ont accosté en Italie. La Grèce suit avec plus de 7 300 arrivées. Ces deux pays, en première ligne de la route méditerranéenne centrale et orientale, absorbent l’essentiel de cette vague migratoire inédite en provenance d’Égypte.
Ce qui frappe, c’est la place occupée par les Égyptiens dans le classement global. Ils forment le deuxième groupe le plus important de migrants irréguliers entrés dans l’Union européenne, juste derrière les Bangladais. Mais surtout, ils deviennent la première nationalité africaine à tenter cette dangereuse traversée.
La persistance des réseaux de passeurs
Comment expliquer une telle augmentation ? Les experts pointent du doigt l’efficacité redoutable des réseaux de passeurs. Malgré les efforts égyptiens pour renforcer les contrôles à leurs frontières et démanteler certains réseaux sur leur littoral, ces organisations criminelles continuent d’opérer avec une étonnante résilience.
La Libye reste le principal point de départ. Le pays, fragmenté depuis des années, offre un terrain idéal pour ces trafiquants. Les migrants égyptiens y transitent souvent avant d’embarquer, profitant de routes bien rodées et de complicités locales.
Cette organisation ne date pas d’hier. Les passeurs adaptent constamment leurs méthodes, contournent les patrouilles et exploitent les failles. Leur business prospère sur le désespoir de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Une crise économique qui pousse au départ
La principale motivation des migrants égyptiens reste économique. Le pays traverse une période extrêmement difficile. L’inflation atteint des records, la monnaie s’est effondrée ces dernières années, et le chômage, particulièrement chez les jeunes diplômés, reste endémique.
Beaucoup de ces migrants sont des jeunes hommes en âge de travailler, souvent issus de milieux modestes. Ils voient en Europe une chance de gagner décemment leur vie et d’envoyer de l’argent à leur famille restée au pays. Les salaires européens, même pour des emplois peu qualifiés, représentent une opportunité inespérée face à la précarité locale.
Cette détresse économique n’est pas nouvelle, mais elle s’est aggravée récemment. Les réformes imposées par les institutions internationales, les dettes accumulées et la mauvaise gestion ont plombé l’économie. Pour beaucoup, partir devient la seule solution viable.
Les difficultés économiques sont la principale raison des départs.
Cette citation résume parfaitement la situation selon plusieurs organisations internationales spécialisées dans les migrations.
Un contexte politique étouffant
Au-delà de l’économie, le climat politique joue un rôle déterminant. Depuis plus d’une décennie, le régime exerce un contrôle strict sur la société. La liberté d’expression est limitée, l’opposition muselée et les critiques sévèrement réprimées.
Les défenseurs des droits humains dénoncent régulièrement des arrestations arbitraires, des disparitions et une surveillance généralisée. Pour certains militants, journalistes ou simples citoyens ayant exprimé leur mécontentement, l’exil devient une question de survie.
Même si la majorité des migrants fuient pour des raisons économiques, ce contexte autoritaire renforce le sentiment d’étouffement. Beaucoup ne voient plus d’avenir dans un pays où la contestation est impossible et où les perspectives d’amélioration semblent nulles.
Des chercheurs spécialisés dans la région décrivent une stabilité de façade. Derrière l’image d’un État fort, la société égyptienne est profondément fragilisée par des années de gestion autoritaire et de corruption généralisée.
Les demandes d’asile en forte hausse
Une fois arrivés en Europe, la majorité des Égyptiens déposent une demande d’asile. En Italie, pays d’arrivée principal, près de 26 000 Égyptiens figurent parmi les demandeurs en 2025. Ce chiffre illustre l’ampleur du phénomène et les défis posés aux systèmes d’accueil.
À titre de comparaison, d’autres pays européens en accueillent beaucoup moins. Cette concentration en Italie et en Grèce accentue la pression sur ces États déjà en première ligne migratoire depuis des années.
Les procédures d’asile pour les Égyptiens sont complexes. Si certains peuvent prouver une persécution politique, la majorité invoque des motifs économiques, souvent insuffisants pour obtenir le statut de réfugié selon les conventions internationales.
Pourquoi l’Égypte plutôt que d’autres pays africains ?
Cette question revient souvent. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les Égyptiens prennent désormais la tête des migrations africaines vers l’Europe. Tout d’abord, la proximité géographique : la Libye n’est qu’à quelques centaines de kilomètres.
Ensuite, l’existence de communautés égyptiennes déjà installées en Italie et en Grèce facilite le projet migratoire. Les récits de ceux qui ont réussi, les transferts d’argent et les réseaux familiaux jouent un rôle clé dans la décision de partir.
Enfin, la relative facilité d’accès aux côtes libyennes par voie terrestre rend cette route plus accessible que les traversées depuis l’Afrique de l’Ouest ou la Corne de l’Afrique, beaucoup plus longues et dangereuses.
Facteurs clés de la migration égyptienne en 2025 :
- Proximité géographique avec la Libye
- Réseaux communautaires en Europe
- Crise économique aiguë
- Routes migratoires bien établies
- Jeunesse nombreuse et éduquée sans perspectives
Les dangers de la traversée méditerranéenne
Il ne faut pas oublier le prix humain de ces migrations. La Méditerranée reste l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde. Des embarcations surchargées, des conditions météo imprévisibles et des passeurs sans scrupules font régulièrement des victimes.
Bien que les chiffres exacts de noyades pour les Égyptiens soient difficiles à établir, chaque année des centaines de migrants disparaissent en mer. Ceux qui survivent arrivent souvent épuisés, traumatisés et endettés vis-à-vis des passeurs.
Ces risques ne découragent pas pour autant les candidats au départ. Le désespoir l’emporte souvent sur la peur, illustrant la gravité de la situation dans le pays d’origine.
Quelles réponses européennes ?
Face à cette nouvelle vague, l’Europe se trouve une fois de plus confrontée à ses divisions. Certains pays prônent un renforcement des contrôles frontaliers et des accords avec les pays d’origine et de transit.
D’autres appellent à une solidarité accrue et à des voies légales de migration. Trouver un équilibre entre sécurité et respect des droits humains reste un défi majeur pour les années à venir.
La situation égyptienne rappelle que les migrations ne cesseront pas tant que les causes profondes – pauvreté, absence de perspectives, répression – ne seront pas adressées. Coopérer avec les pays d’origine sur le développement économique et les droits humains pourrait, à long terme, réduire les flux.
En attendant, des milliers d’Égyptiens continuent de rêver d’une vie meilleure de l’autre côté de la Méditerranée. Leur détermination force le respect, même si elle soulève des questions complexes pour l’Europe d’aujourd’hui et de demain.
Cette vague migratoire égyptienne de 2025 marque un tournant. Elle révèle les failles d’un pays en apparence stable et pose un défi inédit aux politiques migratoires européennes. Comprendre ces mouvements, c’est aussi reconnaître que derrière chaque statistique se cache une histoire humaine faite d’espoir et de désillusion.
La mer continue de charrier ses lots d’arrivants et de disparus. Et tant que les conditions en Égypte ne s’amélioreront pas réellement, cette route méditerranéenne restera empruntée, au péril de nombreuses vies.









