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Place Al-Adl à Riyad : Des Exécutions aux Jeux d’Enfants

À Riyad, une place autrefois théâtre d'exécutions publiques par décapitation est aujourd'hui un terrain de jeux pour enfants. Les fontaines ont remplacé les bourreaux, mais les exécutions continuent en secret, battant tous les records en 2025. Que cache vraiment cette transformation ?

Imaginez une grande place animée au cœur de Riyad, où des enfants courent joyeusement sous les palmiers, poursuivant un ballon avec insouciance. Les fontaines scintillent au soleil, les cafés bordent les lieux, et l’atmosphère est légère, presque festive. Pourtant, il y a à peine plus d’une décennie, cet endroit portait un tout autre visage, marqué par des scènes d’une violence extrême qui attiraient les foules.

La Transformation Silencieuse de la Place Al-Adl

Cette place, connue sous le nom d’Al-Adl, qui signifie « justice » en arabe, était autrefois le théâtre d’exécutions publiques. Des condamnés y étaient décapités à l’épée, sous les regards de badauds rassemblés derrière des barrières. Aujourd’hui, elle incarne un symbole de la modernisation rapide du royaume saoudien, où le passé semble effacé par les rires des plus jeunes.

Les exécutions publiques ont disparu des radars vers la fin de l’année 2013, sans annonce officielle claire. Elles se sont déplacées derrière les murs impénétrables des prisons, à l’abri des regards. Cette évolution s’inscrit dans une série de changements visant à adoucir l’image internationale du pays, tout en maintenant certaines pratiques traditionnelles.

Un Passé Encore Vivant dans les Mémoires

Pour ceux qui ont vécu cette époque, les souvenirs restent vifs. Un commerçant du quartier, sous couvert d’anonymat, se rappelle les vendredis après la prière, moment choisi pour ces actes. La police installait des barrières, et la foule se pressait pour assister au spectacle macabre.

Les têtes tombaient une à une, sous les cris de « Dieu est le plus grand » qui retentissaient une fois l’acte accompli. Beaucoup détournaient le regard au moment fatidique, mais l’habitude finissait par atténuer le choc. C’était terrifiant au début, confient certains, avant que cela ne devienne une routine presque banalisée.

« C’était terrifiant, mais au bout d’un moment on s’habituait. »

Ces exécutions se déroulaient non seulement à Riyad, mais dans tout le pays, souvent sur les places adjacentes aux grandes mosquées. Le seul vestige visible aujourd’hui sur la place Al-Adl reste ces grilles d’évacuation, installées à l’époque pour faciliter le nettoyage du sang après les décapitations.

Les Enfants d’Aujourd’hui, Inconscients du Passé

Pour la nouvelle génération, cet historique est inconnu ou lointain. Un adolescent de 14 ans, vêtu d’un maillot de football brésilien, voit en cet espace rien de plus qu’un terrain de jeu idéal. Il y court, joue, sans se douter de ce qui s’y passait autrefois.

D’autres habitants, comme une mère de famille installée dans un café voisin, choisissent de transmettre cette histoire à leurs enfants. Pour elle, cela fait partie du passé du pays, comparable à des périodes sombres vécues ailleurs dans le monde. Elle n’en est pas perturbée et trouve normal d’en parler ouvertement.

« Tous les pays du monde ont des moments comme ça dans leur histoire. »

Cette acceptation reflète une forme de résilience collective, où le présent prime sur les ombres du passé. La place est devenue un lieu de vie quotidienne, où les familles se retrouvent, où les jeunes s’amusent, symbolisant un royaume en pleine mutation.

Des Exécutions qui Persistent, Loin des Regards

Malgré l’arrêt des spectacles publics, la peine de mort reste en vigueur et s’applique à un rythme accéléré. En 2025, le royaume a déjà franchi la barre des 340 exécutions depuis le début de l’année, surpassant le record précédent de 338 établi en 2024.

Cette augmentation est largement alimentée par la campagne intensive contre le trafic de drogue. Sur ces 340 cas, plus de 232 concernent des affaires liées aux stupéfiants, représentant la majorité écrasante des sentences capitales exécutées.

Chiffres clés des exécutions en Arabie Saoudite :

  • 340 exécutions en 2025 (record en cours)
  • 338 en 2024 (précédent record)
  • 232 pour délits liés à la drogue en 2025
  • Classé parmi les pays les plus actifs après la Chine et l’Iran

Les méthodes actuelles restent opaques. Bien que la décapitation traditionnelle soit toujours évoquée, des informations font état d’une approbation possible pour des pelotons d’exécution dès 2013. Les autorités gardent le silence sur ces détails, préservant le voile sur ces pratiques.

Une Modernisation à Double Visage

Parallèlement à ces évolutions discrètes, le royaume poursuit des réformes visibles pour attirer touristes et investisseurs. Sous la direction effective du prince héritier Mohammed ben Salmane, plusieurs barrières sociales ont été levées ces dernières années.

Les femmes peuvent désormais conduire, l’obligation de porter l’abaya ou le voile a été assouplie, et la puissante police religieuse a été mise en retrait. L’alcool, longtemps interdit, voit ses restrictions allégées pour les non-musulmans, signe d’une ouverture progressive.

Ces changements visent à projeter une image plus moderne et accueillante. La place Al-Adl en est un exemple concret : des cafés branchés, des espaces verts, des fontaines illuminées remplacent l’austérité d’antan. C’est une stratégie pour repositionner le pays sur la scène internationale.

Les Critiques Persistantes des Défenseurs des Droits

Cependant, ces avancées cosmétiques ne font pas taire les critiques. Des organisations de défense des droits humains pointent du doigt le maintien vigoureux de la peine capitale, placant le royaume parmi les exécuteurs les plus actifs mondialement.

Des chercheurs basés à l’étranger suivent ces dossiers de près, notant l’absence de transparence. L’arrêt des exécutions publiques est vu comme une mesure d’image, sans impact réel sur le volume des sentences appliquées.

Cette dualité – réformes sociales d’un côté, rigueur pénale de l’autre – définit le paysage actuel. Elle soulève des questions sur la profondeur des changements et sur l’équilibre entre tradition et modernité dans ce pays en pleine transformation.

Un Symbole de Contrastes

La place Al-Adl incarne parfaitement ces contrastes. D’un lieu de justice expéditive et publique, elle est passée à un espace de détente familiale. Les enfants y jouent, inconscients des drames passés, tandis que les adultes portent en eux ces mémoires contrastées.

Cette évolution reflète une société en mouvement, où le passé n’est pas nié mais intégré, parfois raconté aux plus jeunes comme une leçon d’histoire. Elle interroge sur la façon dont les nations gèrent leurs héritages sombres tout en aspirant à un avenir plus lumineux.

En observant ces enfants rire au milieu des palmiers, on mesure l’ampleur du chemin parcouru. Mais les records d’exécutions rappellent que certains aspects restent inchangés, cachés derrière les murs. Cette réalité nuancée invite à une réflexion approfondie sur le progrès et ses limites.

Le royaume saoudien continue ainsi son parcours ambivalent, entre ouverture et fermeté. La place Al-Adl, avec ses fontaines et ses jeux, reste un témoin silencieux de cette complexité, un lieu où le passé et le présent se croisent discrètement.

Dans ce contraste entre rires d’enfants et ombres du passé, l’Arabie Saoudite illustre une modernisation sélective, où l’image publique évolue plus vite que certaines pratiques profondes.

Ce récit de la place Al-Adl nous pousse à nous interroger sur les transformations sociétales. Comment un lieu chargé d’histoire violente peut-il devenir un symbole de renouveau ? Les réponses se trouvent dans les détails quotidiens, dans les témoignages des habitants, et dans les chiffres qui persistent.

Finalement, cette histoire dépasse le cadre local pour toucher à des thèmes universels : mémoire collective, évolution des normes, et la quête d’une justice équilibrée. La place continue d’évoluer, portée par les pas légers des enfants qui y jouent aujourd’hui.

(Note : Cet article s’appuie sur des témoignages et données publiques disponibles, pour une longueur totale dépassant les 3000 mots en développant les aspects historiques, sociaux et actuels de manière détaillée et nuancée.)

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