Et si la guerre à Gaza était enfin en train de basculer vers une sortie de crise durable ? C’est en tout cas le message qu’a voulu faire passer Benjamin Netanyahu ce dimanche, au terme d’une rencontre avec le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz. Le Premier ministre israélien a affirmé que le passage à la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu était imminent, tout en prévenant qu’elle serait « difficile, voire aussi difficile » que la première.
Un calendrier qui s’accélère de manière inattendue
Personne ne s’attendait à une telle annonce aussi rapidement. Alors que les négociations patinaient depuis des semaines, Netanyahu a surpris son auditoire en déclarant que la première phase était désormais terminée. Il ne reste plus qu’une formalité macabre : la restitution par le Hamas du corps du dernier otage israélien encore retenu, Ran Gvili.
Cette première étape, rappelons-le, a permis la libération progressive de nombreux otages enlevés le 7 octobre 2023 et un arrêt temporaire des hostilités. Mais c’est bien la suite qui concentre désormais toutes les attentions.
Que contient exactement la phase deux ?
Le cœur de cette deuxième phase repose sur trois piliers majeurs, explicitement évoqués par le chef du gouvernement israélien.
- Le désarmement complet du Hamas dans la bande de Gaza.
- La démilitarisation totale du territoire palestinien.
- Le déploiement d’une force internationale chargée de superviser la transition.
À ces mesures s’ajoute un point crucial : le retrait progressif de l’armée israélienne de l’enclave. Un retrait conditionné, bien entendu, à la bonne exécution des clauses précédentes.
« Nous avons discuté de comment mettre un terme au pouvoir du Hamas à Gaza (…) ensuite, nous attendons très bientôt de passer à la deuxième phase, qui est plus difficile ou tout aussi difficile »
Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien
Une troisième phase déjà dans les esprits : la déradicalisation
Au-delà de la sécurité immédiate, Netanyahu a surpris en évoquant ouvertement une troisième étape, souvent jugée utopique par les observateurs : la déradicaliser> Gaza.
Il a pris l’exemple de l’Allemagne d’après-guerre : « Cela a été fait en Allemagne (…) cela peut être fait à Gaza aussi, mais bien sûr, le Hamas doit être démantelé. » Une comparaison audacieuse qui n’a pas manqué de faire réagir dans les cercles diplomatiques.
Pour le dirigeant israélien, l’équation est claire : pas de paix durable sans disparition politique et militaire du mouvement islamiste.
L’Allemagne entre en scène avec détermination
Le chancelier Friedrich Merz, en visite officielle pour sa première sortie internationale depuis sa prise de fonctions, n’a pas mâché ses mots. « Il faut maintenant que cela aboutisse », a-t-il lancé, avant d’ajouter que l’Allemagne contribuera activement à la reconstruction de Gaza et au rétablissement de la paix.
Mais il a posé une ligne rouge indiscutable : « Le Hamas ne peut jouer aucun rôle à Gaza. » Un positionnement ferme qui vient renforcer le front européen aux côtés d’Israël sur cette question précise.
Merz a également rencontré Ziv et Gali Berman, anciens otages israélo-allemands libérés récemment. Un geste symbolique fort qui illustre le lien particulier entre les deux pays, malgré les tensions passées sur la conduite de la guerre et les violences de colons en Cisjordanie.
Un plan adossé à l’initiative Trump
Il est important de rappeler que cet accord en trois phases s’inscrit dans le prolongement direct du plan de paix présenté par le président américain Donald Trump durant son premier mandat et repris depuis son retour à la Maison Blanche.
Ce cadre, souvent critiqué dans le monde arabe pour son parti pris pro-israélien, semble aujourd’hui constituer la seule feuille de route encore debout après plus de deux ans de conflit.
Le fait que Netanyahu le cite explicitement montre à quel point Washington reste l’acteur incontournable, même quand les projecteurs sont braqués sur Berlin ou Le Caire.
Pourquoi cette phase deux s’annonce-t-elle si complexe ?
Plusieurs obstacles majeurs se dressent déjà.
- Le Hamas acceptera-t-il vraiment de rendre toutes ses armes alors que cela signerait la fin de sa capacité de résistance armée ?
- Qui composera cette force internationale ? Les pays arabes modérés (Égypte, Jordanie, Émirats) sont-ils prêts à envoyer des troupes sur le terrain ?
- Comment garantir que des groupes plus radicaux que le Hamas ne prendront pas le relais une fois le mouvement affaibli ?
- Et surtout : quelle gouvernance pour Gaza après le Hamas ? L’Autorité palestinienne ? Une administration internationale ?
Autant de questions qui n’ont, pour l’instant, pas de réponse publique.
Un espoir fragile mais réel
Pourtant, malgré les immenses défis, l’annonce de Netanyahu marque un tournant. Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, les deux parties parlent d’un horizon post-Hamas sans parler immédiatement de nouvelle guerre.
La présence à ses côtés du chancelier allemand, représentant de la première économie européenne, donne aussi du poids à cette dynamique. L’Europe, souvent critiquée pour son impuissance dans ce conflit, semble vouloir reprendre la main sur le volet reconstruction et déradicalisation.
Reste à savoir si ces paroles se transformeront en actes concrets dans les prochaines semaines. Car comme l’a rappelé Friedrich Merz lui-même : « Gaza ne doit plus jamais représenter une menace pour Israël. » Une condition sine qua non pour qu’Israël accepte de lâcher prise sur le terrain.
Le compte à rebours est lancé. Et avec lui, peut-être, l’une des dernières chances les plus sérieuses de voir émerger une paix durable dans cette région martyre.
À retenir : La phase 2 du cessez-le-feu, qui inclut le désarmement du Hamas et le retrait israélien sous supervision internationale, pourrait débuter dans les tout prochains jours si la dernière restitution de corps a lieu comme prévu. Un pas historique, mais semé d’embûches.
Nous suivrons heure par heure l’évolution de ce dossier crucial. Car ce qui se joue aujourd’hui à Gaza pourrait redessiner pour des décennies le visage du Proche-Orient.









