Et si la survie du gouvernement espagnol ne tenait plus qu’à un simple décret-loi ? C’est en substance le pari risqué que vient de faire Pedro Sánchez ce mardi, face à une crise qui menace directement la stabilité de son exécutif minoritaire.
Une crise qui couvait depuis des semaines
Le torchon brûle entre Madrid et les indépendantistes catalans de Junts depuis la fin octobre. Le parti dirigé depuis son exil belge par Carles Puigdemont a brutalement retiré son soutien parlementaire intermittent au gouvernement de gauche. Un coup dur pour Pedro Sánchez, déjà fragilisé par l’absence de majorité absolue.
Conséquence immédiate : plusieurs textes importants ont été bloqués, dont une étape cruciale pour l’approbation des budgets de l’État. Sans les voix de Junts, l’équation parlementaire devient insoluble pour le PSOE et ses alliés.
Sánchez assume publiquement les « manquements »
Dans une intervention très attendue sur la télévision publique, le président du gouvernement a choisi la carte de la transparence. « J’assume ces manquements », a-t-il déclaré sans détour, reconnaissant que certains engagements pris lors de l’accord d’investiture de 2023 n’ont pas été pleinement respectés.
« J’assume ces manquements (…) ainsi que ma volonté de les corriger »
Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol
Ce mea culpa, rare sous les dorures de la Moncloa, vise clairement à désamorcer la colère de Junts. Le parti catalan reproche au gouvernement un manque de considération sur plusieurs dossiers sensibles, au-delà même de la question de l’amnistie.
Un décret-loi pour recoller les morceaux
Concrètement, le Conseil des ministres a validé dès ce mardi un décret-loi contenant plusieurs mesures réclamées depuis des mois par Junts per Catalunya. Parmi elles :
- La simplification des procédures administratives pour les collectivités locales
- L’accélération de la numérisation obligatoire de la facturation des entreprises
- D’autres dispositions techniques destinées à fluidifier la gestion publique
Ces mesures, bien que techniques, ont une forte portée symbolique. Elles montrent que Madrid-toi Sánchez est prêt à reprendre des propositions formulées par les indépendantistes eux-mêmes, parfois ignorées pendant de longs mois.
Le message est clair : Madrid est prêt à faire des gestes, même sur des sujets qui ne touchent pas directement au cœur du conflit catalan.
La question Puigdemont toujours en suspens
Mais le vrai nœud du problème reste ailleurs. La loi d’amnistie, votée après d’âpres négociations, était censée permettre le retour en Espagne des leaders indépendantistes poursuivis depuis 2017. Or, Carles Puigdemont vit toujours en Belgique.
Le Tribunal constitutionnel espagnol n’a toujours pas tranché sur les recours déposés contre cette loi controversée. Tant que cette épée de Damoclès plane, l’ancien président de la Generalitat refuse de rentrer.
Pedro Sánchez s’est pourtant voulu optimiste : il a publiquement souhaité que Carles Puigdemont puisse « revenir bientôt » et s’est dit ouvert à une rencontre directe. « Cette rencontre aura lieu », a-t-il même affirmé, laissant planer l’idée d’un face-à-face historique.
Une main tendue… mais jusqu’où ?
En tendant à nouveau la main à Junts, le président du gouvernement joue son va-tout. Il sait que sans le soutien, même intermittent, des indépendantistes, sa législature peut basculer à tout moment.
Les prochaines semaines seront décisives. Junts acceptera-t-il ces gestes comme un signe suffisant de bonne volonté ? Ou estimera-t-il que les mesures restent trop timides face à l’ampleur des promesses non tenues ?
Une chose est sûre : la politique espagnole continue de se jouer sur le fil du rasoir, entre concessions tous azimuts et risques permanents d’explosion. Et pour Pedro Sánchez, chaque jour ressemble désormais à une partie d’échecs où le moindre faux pas peut être fatal.
La stabilité du gouvernement espagnol dépend désormais de la réponse que Carles Puigdemont et Junts voudront bien apporter à cette nouvelle main tendue. Le compte à rebours est lancé.
(Article mis à jour le 2 décembre 2025 – Source officielle gouvernementale espagnole)










