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Sheikh Hasina Accusée d’Avoir Orchestré le Massacre de 2009

En 2009, 74 personnes étaient massacrées dans des conditions effroyables lors d’une mutinerie au Bangladesh. Seize ans plus tard, une commission officielle accuse l’ex-Première ministre Sheikh Hasina d’en être la commanditaire, avec l’aide d’une puissance étrangère. La vérité éclate enfin… ou est-ce une vengeance politique ?

Imaginez une réunion annuelle de hauts gradés qui tourne au cauchemar absolu. Des hommes en uniforme abattus comme des animaux, leurs corps mutilés, jetés dans des égouts ou brûlés vifs. Ce n’est pas le scénario d’un film d’horreur, mais bien ce qui s’est passé les 25 et 26 février 2009 au Bangladesh.

Une nouvelle accusation qui fait trembler le Bangladesh

Seize ans après les faits, une commission d’enquête officielle vient de pointer directement du doigt l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina. Exilée en Inde depuis sa chute en août 2024, elle serait, selon ce rapport rendu public dimanche, la véritable orchestratrice de cette mutinerie sanglante.

Le document ne se contente pas de l’accuser elle. Il désigne également un proche parlementaire comme coordinateur et évoque très clairement l’implication d’une puissance étrangère : l’Inde.

Que s’est-il réellement passé en février 2009 ?

Tout commence quelques semaines seulement après l’investiture du nouveau gouvernement dirigé par Sheikh Hasina. Les Bangladesh Rifles (BDR), l’unité paramilitaire chargée de la surveillance des frontières, entrent en révolte.

Le bilan est terrifiant : 74 morts, dont 57 officiers de l’armée régulière invités à la réunion annuelle. Les corps sont retrouvés torturés, dépecés, brûlés ou jetés dans des fosses septiques. Plus de 2 500 armes sont volées.

À l’époque, le gouvernement de Sheikh Hasina avait rapidement conclu à une explosion de colère liée aux mauvaises conditions de vie et aux salaires trop bas des paramilitaires. Une explication qui avait convaincu une partie de la population, mais jamais l’opposition.

Les conclusions accablantes de la commission Yunus

Créée par le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, arrivé au pouvoir après la révolte étudiante de 2024, la nouvelle commission d’enquête rend son rapport ce dimanche.

« Sheikh Hasina a donné son feu vert personnel au massacre », a déclaré le président de la commission, A.L.M. Fazlur Rahman.

Selon lui, l’ancien parlementaire Fazle Noor Taposh, neveu de Sheikh Hasina, aurait été le « principal coordinateur » sur le terrain.

Mais le plus explosif reste l’accusation portée contre l’Indeacute;tranger. Le communiqué officiel parle d’une « implication évidente d’une force étrangère » visant à déstabiliser le Bangladesh et à affaiblir son armée.

Lors du point presse, le président de la commission a été encore plus direct : il a nommé l’Inde comme ayant tenté de déstabiliser le pays à l’époque.

Un complot pour affaiblir l’armée bangladaise ?

C’est la thèse défendue par la commission : la mutinerie n’était pas spontanée. Elle aurait été planifiée de longue date dans le but de décapiter l’état-major et de rendre l’armée dépendante du pouvoir politique.

En éliminant massivement les officiers supérieurs, le complot visait à créer un vide que le gouvernement d’alors aurait pu remplir avec des fidèles.

Cette théorie, longtemps considérée comme une rumeur d’opposition, trouve aujourd’hui une validation officielle sous le gouvernement Yunus.

L’Inde mise en cause : silence radio à New Delhi

L’Inde, qui héberge Sheikh Hasina depuis sa fuite en août 2024, n’a pour l’instant pas réagi aux accusations.

Les relations entre Dhaka et New Delhi, déjà tendues depuis la chute du gouvernement Awami League, risquent de connaître un nouveau coup de froid.

Beaucoup se souviennent que l’Inde avait été la principale alliée de Sheikh Hasina pendant ses quinze années au pouvoir. Ce soutien sans faille est aujourd’hui retourné contre elle dans le récit officiel bangladais.

Muhammad Yunus : « La vérité est enfin révélée »

Le prix Nobel de la paix, aujourd’hui à la tête du gouvernement intérimaire, n’a pas caché sa satisfaction.

« Pendant trop longtemps, le Bangladesh a vécu sans comprendre les véritables raisons de ce massacre. Aujourd’hui, avec ce rapport, la vérité est enfin révélée », a-t-il déclaré.

Cette phrase résonne comme une victoire pour celui qui incarne le renouveau politique après des décennies de domination de la famille Hasina et de Khaleda Zia.

Entre vérité judiciaire et règlement de comptes politique

Il est difficile de ne pas voir dans ce rapport une dimension politique. Sheikh Hasina est déjà condamnée par contumace pour la répression meurtrière de l’été 2024.

Aujourd’hui déchue, exilée, elle fait l’objet de dizaines de procédures. Cette nouvelle accusation, la plus grave jamais portée contre elle, intervient dans un contexte de purge des anciens cadres de l’Awami League.

Pour ses partisans, toujours nombreux malgré tout, il s’agit d’une vengeance orchestrée par le nouveau pouvoir. Pour ses détracteurs, c’est la fin d’une longue impunité.

Une plaie toujours ouverte dans la mémoire collective

Seize ans après, les familles des victimes attendent toujours justice. Beaucoup n’ont jamais retrouvé les corps de leurs proches.

Le massacre des BDR reste l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire récente du Bangladesh, un pays habitué pourtant aux coups d’État et aux violences politiques.

Ce rapport, même s’il divise, offre au moins une réponse officielle à une question qui hantait des milliers de familles.

Le Bangladesh tourne une page sombre de son histoire. Mais pour beaucoup, la vérité complète reste encore à écrire.

Au-delà des accusations, ce qui reste, c’est l’image insoutenable de 57 officiers assassinés dans l’enceinte même où ils pensaient être en sécurité. Une trahison qui continue de hanter l’institution militaire bangladaise.

Et qui, seize ans plus tard, resurgit comme un fantôme pour rattraper ceux qui, hier encore, semblaient intouchables.

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