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Pape Léon XIV au Liban : Un Cri d’Espoir Face à l’Exode

Sous une pluie battante, des milliers de Libanais ont acclamé le pape Léon XIV qui leur a lancé un appel poignant : « Restez ! » Dans un pays au bord du gouffre, ce message d’espérance pourrait-il changer la donne ? Ce qu’il s’est vraiment passé lors de ces 48 heures historiques…

Imaginez un pays magnifique, berceau de civilisations millénaires, aujourd’hui vidé de ses forces vives. Des familles entières qui ferment la porte de leur maison pour ne plus jamais revenir. Des jeunes diplômés qui rêvent d’ailleurs parce que l’espoir semble s’être éteint ici. C’est le Liban d’aujourd’hui. Et c’est dans ce contexte de désespoir que le pape Léon XIV a choisi de poser le pied à Beyrouth, porteur d’un message aussi simple que révolutionnaire : restez.

Un voyage placé sous le signe de l’espérance

Deuxième étape de son tout premier déplacement international après la Turquie, la visite de 48 heures du souverain pontife américain a pris des allures de bouffée d’oxygène pour tout un peuple. Deux jours fériés ont même été décrétés, signe de l’importance exceptionnelle accordée à cet événement dans un pays où chaque communauté religieuse célèbre habituellement ses propres fêtes.

Dès son arrivée, l’accueil fut grandiose : escorte aérienne, 21 coups de canon, sirènes du port, danseurs de dabké en costume traditionnel. Malgré une pluie torrentielle, des centaines de milliers de Libanais se sont massés le long des routes pour apercevoir, ne serait-ce qu’une seconde, la papamobile découverte.

« Il faut du courage pour rester »

Dans son discours au palais présidentiel, Léon XIV n’a pas mâché ses mots. Face à une classe politique souvent accusée de corruption et de clientélisme, il a appelé les dirigeants à « se mettre au service du peuple avec engagement et dévouement ».

Le bien commun doit être supérieur à celui d’une partie.

Mais c’est surtout sur la question de l’émigration que le message papal a résonné le plus fort. Qualifiant le départ massif des jeunes et des familles d’« hémorragie », il a affirmé qu’il fallait « vraiment du courage et de la clairvoyance pour rester ou revenir dans son pays ».

Un centre de recherche indépendant estime à 800 000 le nombre de Libanais ayant quitté le pays entre 2012 et 2024. Sur une population résidente d’environ 5,8 millions d’habitants (dont plus d’un million de réfugiés syriens), ce chiffre donne le vertige.

Un peuple uni au-delà des divisions

Ce qui frappe lors de cette visite, c’est l’enthousiasme transcendant les appartenances confessionnelles. Dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, des scouts chiites étaient présents en nombre pour saluer le passage du pape. Une image forte seulement une semaine après une frappe israélienne ayant tué le nouveau chef militaire du mouvement.

Zahra Nahlé, 19 ans, venue du Sud Liban, résume parfaitement cet élan collectif : « Je suis venue dire que le peuple libanais est un seul peuple. Loin de toutes les divisions, nous voulons être unis et nous voulons qu’il bénisse notre terre. »

Même regret partagé par beaucoup : l’impossibilité pour le pape de se rendre dans le Sud, région martyre encore sous la menace des bombardements malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis un an.

Le Liban, dernier modèle de coexistence ?

Le président Joseph Aoun, seul chef d’État chrétien du monde arabe, n’a pas manqué de rappeler la singularité libanaise lors de son allocution : ce petit pays reste « l’unique modèle de coexistence » entre chrétiens et musulmans dans la région.

Si ce modèle venait à disparaître, nul autre lieu ne pourrait le remplacer.

Pourtant, la réalité démographique est cruelle. Les chrétiens, autrefois majoritaires, sont devenus minoritaires au fil des décennies, en grande partie à cause de l’émigration. Aucun recensement officiel n’est publié depuis 1932, tant la question confessionnelle reste explosive dans un système politique fondé sur un équilibre communautaire fragile.

Le pape, conscient de cette fragilité, a multiplié les gestes d’ouverture. Son passage dans la cathédrale orthodoxe Saint-Georges d’Istanbul quelques heures plus tôt, puis son insistance au Liban sur le respect de la diversité religieuse, tracent la ligne d’un pontificat qui veut rassembler là où d’autres divisent.

Un style papal prudent mais ferme

Premier pape américain de l’histoire, Léon XIV cultive depuis son élection un style mesuré, presque diplomatique. Au Liban, il a soigneusement évité d’évoquer directement les tensions avec Israël ou les frappes récentes, préférant se concentrer sur la situation intérieure.

Un choix stratégique ? Certainement. Dans un pays où chaque mot peut être interprété politiquement, le message d’un messager de paix devait rester au-dessus des factions. Et pourtant, en appelant à rester, en demandant aux dirigeants de servir plutôt que de se servir, il a touché là où ça fait mal.

Car rester au Liban aujourd’hui, c’est un acte de résistance. C’est refuser de céder à la tentation de l’exil quand tout semble perdu. C’est croire encore que ce pays, malgré ses blessures, peut renaître.

Et maintenant ?

La visite papale s’est achevée comme elle avait commencé : sous la pluie, mais dans l’allégresse. Des images de foules compactes, de drapeaux libanais trempés, de visages illuminés par l’espérance malgré les épreuves.

Restera-t-il quelque chose de ces deux jours ? L’Histoire seule le dira. Mais une chose est sûre : dans le cœur de millions de Libanais, le message a été entendu. Rester demande du courage. Se réconcilier demande de la clairvoyance. Et parfois, il suffit d’une voix venue d’ailleurs pour rappeler qu’un peuple uni peut déplacer des montagnes.

Le Liban saura-t-il relever le défi ? L’avenir proche nous le dira. Mais pour la première fois depuis longtemps, beaucoup ont retrouvé le goût d’y croire.

« Restez. Ayez le courage de rester. »
Pape Léon XIV, Beyrouth, 2025

Ce n’est pas qu’un slogan. C’est peut-être le début d’un sursaut.

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