Imaginez la scène : un dimanche après-midi tranquille au sud de Nantes, des familles qui rentrent du marché, des enfants qui jouent sur les trottoirs. Et soudain, le vrombissement agressif d’un moteur de motocross qui déchire le calme. Un homme casqué, sans plaque, slalome à toute vitesse entre les voitures. Les CRS, déjà en alerte pour des rodéos répétés dans le secteur, décident d’intervenir. Ce qui va suivre dépasse l’entendement.
Quand un simple contrôle tourne au face-à-face mortel
Vers 15 heures, les forces de l’ordre tentent d’intercepter le pilote. Ordre clair, gyrophares allumés, gestes sans équivoque. Mais au lieu de ralentir, le motard accélère. Pire : il choisit délibérément de foncer droit sur les policiers. À cet instant, les CRS n’ont plus le choix. Plusieurs agents font usage de leur arme de service. Des tirs retentissent dans le quartier. Miraculeusement, personne n’est touché – ni les policiers, ni le pilote, ni les éventuels passants. L’homme profite de la confusion, fait demi-tour et disparaît dans une rue adjacente.
Cet événement, survenu le 30 novembre 2025, n’est malheureusement pas isolé. Il illustre une tendance lourde : l’explosion des refus d’obtempérer graves, parfois accompagnés d’une mise en danger directe des forces de l’ordre.
Une pratique de plus en plus violente
Il y a quelques années, un refus d’obtempérer se traduisait souvent par une simple fuite. Aujourd’hui, une partie des auteurs n’hésite plus à transformer leur véhicule – voiture, scooter ou motocross – en arme par destination. Foncer sur les policiers est devenu, pour certains, une façon de s’assurer une fuite réussie.
En 2024 déjà, le ministère de l’Intérieur recensait plus de 36 000 refus d’obtempérer, un chiffre en hausse constante depuis cinq ans. Parmi eux, plusieurs centaines ont donné lieu à des charges délibérées contre les forces de l’ordre. Des chiffres qui font froid dans le dos.
« On a franchi un cap. Avant, ils fuyaient. Maintenant, certains cherchent clairement le contact, comme s’ils voulaient provoquer une réaction forte pour ensuite crier à la bavure. »
Un policier expérimenté, sous couvert d’anonymat
Les rodéos urbains, fléau incontrôlable
Le motocross intercepté dimanche n’était pas là par hasard. Il avait été signalé à plusieurs reprises pour des rodéos sauvages dans l’agglomération nantaise. Ces pratiques – wheelings à 100 km/h dans des zones résidentielles, passages sur les trottoirs, traversée de carrefours à l’aveugle – mettent en péril la vie de tous.
À Nantes comme dans beaucoup de grandes villes, les habitants excédés multiplient les signalements. Mais la répression reste compliquée : les machines sont souvent non immatriculées, les pilotes masqués, et la fuite est quasi immédiate.
Conséquence : un sentiment d’impunité grandissant chez certains jeunes pilotes, qui n’hésitent plus à défier ouvertement les forces de l’ordre.
L’usage de l’arme à feu : un ultime recours
Lorsque le motard a chargé, les CRS étaient en position de légitime défense évidente. Le code de la sécurité intérieure est clair : l’usage des armes est autorisé lorsqu’un véhicule fonce sur les agents et que ceux-ci ne peuvent défendre autrement leur vie ou celle d’autrui.
Pourtant, chaque tir fait l’objet d’une enquête automatique de l’IGPN. Les policiers savent qu’ils risquent de se retrouver pendant des mois, voire des années, sous le feu des critiques et des procédures.
Mais que faire quand un engin de 120 kg lancé à pleine vitesse arrive droit sur vous ? Reculer aurait signifié abandonner le terrain. Tenir la position sans riposter aurait pu être suicidaire.
La légitime défense en quelques points :
- Attaque réelle et actuelle
- Absence d’autre moyen de se protéger
- Réponse proportionnée à la menace
- Dans l’incident de Nantes, les trois critères étaient remplis
Un suspect toujours en fuite : que va-t-il se passer maintenant ?
À l’heure où ces lignes sont écrites, le pilote court toujours. La moto a été abandonnée quelques kilomètres plus loin, probablement pour être récupérée plus tard ou détruite. L’enquête s’annonce difficile : pas de plaque, pilote entièrement vêtu de noir, casque intégral.
Mais les policiers disposent d’indices : vidéos de riverains, images de vidéosurveillance, témoignages. Et surtout, dans ce genre de milieu, quelqu’un finira par parler. La pression monte vite quand on a tiré sur des CRS.
Si le suspect est mineur – ce qui est fréquent dans ce type d’affaires – la réponse pénale risque d’être une nouvelle fois dérisoire. Beaucoup de Français s’interrogent : jusqu’à quand tolérer que des adolescents transforment nos rues en terrain de jeu mortel ?
Derrière l’incident, une question de société
Cet événement n’est pas qu’un fait divers de plus. Il cristallise plusieurs maux :
- L’impression d’impunité chez une partie de la jeunesse délinquante
- Le sentiment d’abandon des forces de l’ordre face à des comportements toujours plus extrêmes
- La peur grandissante des habitants face à ces rodéos qui transforment leurs quartiers en zones de non-droit le week-end
- Le débat récurrent sur la réponse pénale adaptée
À Nantes, comme à Lyon, Marseille, Lille ou Strasbourg, les mêmes scènes se répètent. Et chaque fois, la même question revient : jusqu’où cela va-t-il aller ?
Car si dimanche personne n’a été blessé, la chance ne sera pas toujours au rendez-vous. Un jour, un policier mourra. Ou un enfant sur un passage piéton. Ou un pilote lui-même, fauché par une voiture qu’il n’aura pas vue.
Et ce jour-là, on se demandera pourquoi on n’a pas réagi plus tôt.
En attendant, dans les rangs des forces de l’ordre, la colère gronde. Beaucoup disent vivre avec la peur au ventre à chaque contrôle. Et ils savent que le prochain rodéo, la prochaine charge, n’est qu’une question d’heures.
À Nantes, ce dimanche 30 novembre 2025, un cap a peut-être été franchi. Celui où la peur a changé de camp… pour quelques secondes seulement.









