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Le Pape Léon XIV au Liban : « Restez ! » Un Cri du Cœur

« Il faut du courage pour rester » : au Liban, le pape Léon XIV supplie les jeunes de ne pas partir. Mais face à l’effondrement total du pays, son appel peut-il encore être entendu ? La réponse risque de vous surprendre…

Imaginez un pays où plus de 800 000 personnes ont déjà plié bagage en douze ans. Un pays où la monnaie a perdu 98 % de sa valeur, où l’électricité disparaît dix-huit heures par jour et où les jeunes diplômés n’ont plus qu’un rêve : un visa. C’est dans ce Liban-là, au bord du gouffre, qu’est arrivé le pape Léon XIV ce dimanche. Et son premier mot, lancé comme un cri, fut : « Restez ».

Un appel qui tombe dans un silence assourdissant

Dès son arrivée, le souverain pontife américain a choisi de parler au cœur. Pas de discours policé sur la géopolitique régionale, pas un mot sur les bombardements ou les roquettes. Non. Il a regardé les Libanais droit dans les yeux et leur a demandé l’impossible : rester.

« Il arrive parfois qu’il soit plus facile de fuir, ou tout simplement plus pratique d’aller ailleurs », a-t-il reconnu avec une lucidité désarmante. Puis il a ajouté, presque comme un père à ses enfants : « Il faut vraiment du courage et de la clairvoyance pour rester ou revenir dans son pays ».

« Une hémorragie de jeunes et de familles » quitte le Liban, a déploré le pape.

Des chiffres qui donnent le vertige

Entre 2012 et 2024, près de 800 000 Libanais ont émigré, selon les estimations du centre de recherche indépendant al-Doualiya. Sur une population de 5,8 millions d’habitants (dont plus d’un million de réfugiés syriens), cela représente presque une personne sur sept. Et parmi eux, une proportion écrasante de jeunes chrétiens, ceux-là mêmes que le pape est venu encourager.

Depuis l’effondrement financier de 2019, la fuite s’est transformée en exode massif. Les files d’attente devant les ambassades s’allongent, les valises se remplissent, les maisons se vident. Des quartiers entiers de Beyrouth ressemblent à des villes fantômes le soir venu.

Le constat est brutal : le Liban perd ses forces vives à une vitesse jamais vue, même pendant la guerre civile.

La réconciliation, seule planche de salut

Le pape n’a pas seulement demandé aux Libanais de rester. Il leur a montré la voie : la réconciliation. Un mot qui, dans ce pays, sonne comme une provocation tant les blessures sont profondes.

Il a parlé de « blessures personnelles et collectives » qu’il faut soigner. De mémoire à guérir. De rapprochement entre ceux qui ont subi des injustices. Des mots simples, mais qui tombent dans un pays où l’on n’a jamais vraiment fait la paix après la guerre civile de 1975-1990.

Aucun travail de mémoire collectif. Aucune commission vérité et réconciliation. Juste des accords de pouvoir qui ont figé les haines et distribué les postes selon les communautés. Trente-cinq ans plus tard, le système est toujours là, plus corrompu que jamais.

Quand la politique tue l’espoir

Le pape n’a pas mâché ses mots devant les dirigeants réunis au palais présidentiel. Il a réclamé des « autorités et des institutions qui reconnaissent que le bien commun est supérieur à celui d’une partie ». Une phrase qui, dans le contexte libanais, ressemble à une bombe.

Car c’est bien la classe politique, accusée de clientélisme communautaire et de corruption endémique, qui est tenue pour responsable de la catastrophe actuelle. Les banques ont confisqué les économies, l’État a laissé pourrir les infrastructures, et les mêmes familles se partagent le pouvoir depuis des décennies.

« Une économie qui tue », a osé dire le pape, reprenant une expression forte qu’il avait déjà utilisée ailleurs.

La résilience, ce trésor libanais

Mais Léon XIV n’est pas venu seulement pour pointer les fautes. Il est venu saluer ce qu’il appelle la « résilience » du peuple libanais. Ce peuple qui, malgré tout, « ne succombe pas » et « sait toujours renaître avec courage face aux épreuves ».

Il a raison. L’histoire du Liban est faite de ces retours de flamme improbables. Après chaque guerre, chaque crise, les Libanais ont reconstruit, rouvert les boutiques, fait la fête. Même quand tout semblait perdu.

Aujourd’hui pourtant, beaucoup se demandent si cette résilience légendaire n’est pas en train de s’épuiser. Quand les jeunes partent, quand les familles entières vendent la maison de leurs ancêtres pour acheter un billet d’avion, la question n’est plus seulement économique. Elle est existentielle.

Joseph Aoun : « Nous ne mourrons pas, nous ne partirons pas »

Le président libanais, seul chef d’État chrétien du monde arabe, a répondu au pape avec une détermination farouche. Devant lui, il a lancé : « Dites au monde entier que nous ne mourrons pas, nous ne partirons pas, nous ne désespérerons pas et nous ne nous rendrons pas ».

Joseph Aoun a présenté le Liban comme « l’unique modèle de coexistence » entre chrétiens et musulmans. Un modèle fragile, unique, qu’il faut sauver à tout prix. « Si ce modèle venait à disparaître, nul autre lieu ne pourrait le remplacer ».

Des mots forts, prononcés par un homme qui sait que la disparition des chrétiens d’Orient serait une tragédie historique. Et que le départ massif actuel met ce modèle en danger de mort.

Un message qui dépasse les frontières

Ce voyage du pape Léon XIV n’est pas seulement une visite pastorale. C’est un acte politique fort. En venant au Liban dès son premier déplacement international, le pontife américain envoie un signal clair : l’Occident n’a pas oublié ce petit pays au bord de la Méditerranée.

Il rappelle aussi que la question libanaise n’est pas seulement régionale. Elle concerne le monde entier. Car si le Liban sombre, c’est tout un modèle de pluralisme religieux qui disparaît au Moyen-Orient. Et avec lui, des siècles d’histoire commune entre chrétiens et musulmans.

En appelant à rester, le pape ne parle pas seulement aux Libanais. Il parle à tous ceux qui, dans le monde, croient encore que la diversité est une richesse. Que la coexistence est possible. Que même au bord du précipice, l’espérance peut l’emporter.

Reste à savoir si cet appel tombera dans des oreilles prêtes à l’entendre.

Car pour rester, il ne suffit pas de le vouloir. Il faut aussi que ceux qui dirigent le pays acceptent enfin de changer. Que la corruption recule. Que la justice revienne. Que l’espoir, enfin, redevienne possible.

En quittant Beyrouth, le pape Léon XIV emportera sans doute dans son cœur l’image de ces milliers de Libanais venus l’écouter. Des visages fatigués, mais encore capables de sourire. Des yeux rougis par les larmes, mais qui refusent de baisser le regard.

Ils ont applaudi quand il a parlé de résilience. Ils ont pleuré quand il a demandé de rester. Et peut-être, au fond d’eux-mêmes, certains ont senti renaître une petite flamme.

Parce qu’au Liban, même quand tout semble fini, rien n’est jamais complètement perdu.

C’est peut-être ça, le vrai miracle que le pape est venu rappeler.

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