Il est un peu plus de 18 heures, ce mardi 30 septembre. La lumière décline doucement sur la presqu’île de Guérande, ces terres plates où les marais salants dessinent leurs carrés géométriques comme une immense mosaïque argentée. Sébastien Lino roule tranquillement sur son scooter, casque bien mis, direction la maison. Quelques heures de repos avant d’enfiler l’uniforme de veilleur de nuit à l’hôtel où il travaille depuis dix-huit mois.
Rien ne laissait présager la violence qui allait suivre.
Une collision d’une brutalité inouïe
Au croisement du boulevard du 19-Mars-1962 et de la rue des Avocettes, deux motos-cross roulent sans plaque, sans homologation. La police municipale tente un contrôle. Les pilotes refusent, accélèrent, prennent des directions opposées. L’un d’eux, un homme de 26 ans, fonce droit sur le scooter de Sébastien. Le choc est d’une rare violence. L’homme de 43 ans est projeté plusieurs mètres plus loin. Les secours arrivent vite, mais il est déjà trop tard. Sébastien Lino décède peu après.
En quelques secondes, une vie bascule, une famille est brisée, une petite ville est sous le choc.
Sébastien, l’homme derrière la victime
Derrière le fait divers, il y a un homme. Un fils, un frère, un père de famille discret. Sa mère, Brigitte Morillon, accepte de parler pour que l’on connaisse le vrai Sébastien.
« C’était un garçon solitaire et casanier, un peu comme moi. Profondément attaché à la presqu’île. Il était ancré dans ce territoire. Un amoureux des marais salants. »
Né à Vannes, c’est à Guérande que Sébastien a passé toute sa jeunesse et construit sa vie d’adulte. Les marais, leurs odeurs iodées, le bruit du vent dans les roseaux, la lumière rasante du soir : tout cela faisait partie de lui. En 2026, il avait prévu de devenir paludier en parallèle de son travail de nuit. Un rêve simple, presque poétique, qui ne verra jamais le jour.
Un métier de nuit qui lui allait comme un gant
Veilleur de nuit dans un hôtel de la région, Sébastien avait trouvé un rythme qui correspondait à sa personnalité. Peu de contacts, beaucoup de calme, des rondes dans le silence. Sa mère le dit avec tendresse :
« Ce job lui convenait tout à fait. »
Il rentrait ce soir-là pour dormir un peu avant de reprendre à 22 heures. Il ne reprendra jamais.
Une ville endeuillée et solidaire
Dès l’annonce du drame, la municipalité exprime sa profonde émotion. Un communiqué sobre mais sincère : la ville s’associe à la douleur de la famille et promet de coopérer pleinement avec les forces de l’ordre pour faire toute la lumière.
Mais au-delà des mots officiels, c’est toute la presqu’île qui pleure. Une marche blanche a rapidement été organisée. Des centaines de personnes, voisins, collègues, amis d’enfance, ont marché en silence, bougies à la main, pour honorer la mémoire de Sébastien.
Des fleurs ont été déposées au croisement maudit. Des messages. Des photos. Un casque de scooter entouré d’un ruban blanc. Un symbole poignant.
Le fléau des rodéos et des refus d’obtempérer
Cet accident n’est malheureusement pas isolé. Ces dernières années, les refus d’obtempérer lors de contrôles routiers ont explosé. Motos-cross non homologuées, quads, scooters trafiqués : certains jeunes transforment les routes en terrain de jeu, mettant en danger leur vie et surtout celle des autres.
Lorsqu’un contrôle tourne mal, la fuite devient souvent la solution. Et quand la fuite devient panique, la vitesse augmente. Les conséquences peuvent être dramatiques, comme ce soir-là à Guérande.
Le pilote de 26 ans a été interpellé dans les heures qui ont suivi. Il devra répondre de ses actes devant la justice. Mais pour la famille de Sébastien, rien ne ramènera leur fils, leur frère, leur père.
Un vide immense pour ses proches
Brigitte se bat aujourd’hui pour ses enfants et ses quatre petits-enfants. Elle parle avec une dignité bouleversante. Elle ne veut pas de haine. Elle veut simplement que l’on se souvienne de Sébastien comme il était : un homme simple, attaché à sa terre, à ses marais, à sa famille.
Elle répète souvent cette phrase, comme un mantra :
« Il était au mauvais endroit au mauvais moment. »
Une phrase qui résume toute l’absurdité de ce drame.
Les marais salants orphelins d’un futur paludier
L’année prochaine, Sébastien devait commencer sa formation de paludier. Il avait déjà tout prévu : les outils, les horaires, la parcelle. Il parlait des marais avec une passion rare. Il connaissait chaque bassin, chaque œil d’eau, chaque variation de sel selon la météo.
Aujourd’hui, les sauniers de Guérande pleurent l’un des leurs, même s’il n’avait pas encore officiellement rejoint la confrérie. Un rêve brisé net, comme tant d’autres choses ce soir-là.
Les marais continuent leur cycle éternel. Le vent, la mer, le soleil. Mais quelque part, il manque désormais une silhouette qui aurait dû, l’an prochain, récolter son premier sel.
Un appel à la responsabilité collective
Ce drame interroge. Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi certains choisissent-ils la fuite plutôt que le contrôle ? Pourquoi des engins non homologués circulent-ils librement sur les routes ?
Les forces de l’ordre font leur travail, souvent dans des conditions difficiles. Mais face à des pilotes prêts à tout pour échapper à une simple verbalisation, le danger est permanent.
Ce n’est pas qu’une question de répression. C’est aussi une question d’éducation, de prévention, de prise de conscience. Une vie a été perdue pour une plaque manquante. Le prix est démesuré.
Un hommage qui dépasse les mots
La marche blanche a rassemblé bien plus que la famille et les amis. Toute une communauté s’est retrouvée pour dire non à l’absurde, non à la violence gratuite, non à l’idée qu’une vie puisse s’arrêter ainsi.
Des anonymes ont laissé des mots touchants :
« Tu aimais nos marais plus que quiconque. Repose en paix au milieu d’eux. »
« Tu rentrais juste chez toi. On pense fort à toi et à ta famille. »
« Guérande ne t’oubliera pas. »
Ces mots simples disent tout de l’émotion qui traverse la presqu’île.
Sébastien Lino n’était pas une personnalité publique. Il n’était pas connu. Il était juste un homme de 43 ans qui aimait son coin de terre et sa petite vie tranquille. Et c’est précisément pour cela que son histoire touche autant.
Parce qu’il aurait pu être n’importe lequel d’entre nous.
Repose en paix, Sébastien. Les marais salants veilleront sur toi.









