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Netanyahu Demande une Grâce Présidentielle Exceptionnelle

Benjamin Netanyahu vient de demander une grâce présidentielle pour mettre fin à son interminable procès pour corruption. Soutenu par Donald Trump, il assure que cela apaiserait les fractures du pays. Mais cette démarche va-t-elle vraiment réconcilier les Israéliens ou au contraire enfoncer le clou des divisions ? La réponse risque de secouer le pays entier…

Et si le plus long règne de Premier ministre de l’histoire d’Israël s’achevait non pas par une défaite électorale, mais par une grâce présidentielle ? Dimanche, Benjamin Netanyahu a franchi un cap que beaucoup jugeaient inévitable : il a officiellement demandé à Isaac Herzog d’effacer ses poursuites pour corruption. Un geste présenté comme un acte de réconciliation nationale… mais qui soulève déjà une tempête politique.

Une Demande Officielle qui Fait Trembler Israël

Les services du président Isaac Herzog ont confirmé la réception d’une « demande de grâce exceptionnelle, aux conséquences significatives ». Le communiqué, sobre, annonce que le chef de l’État étudiera la requête « avec responsabilité et sérieux » après avoir recueilli tous les avis nécessaires.

Dans une vidéo diffusée immédiatement après, Benjamin Netanyahu a justifié son choix avec une gravité inhabituelle. « La poursuite du procès nous déchire de l’intérieur », a-t-il déclaré, affirmant que mettre fin aux procédures permettrait enfin d’« apaiser les tensions » et de « promouvoir la réconciliation générale » dont le pays a tant besoin.

« Je suis certain, comme beaucoup d’autres dans le pays, que la fin immédiate du procès contribuera grandement à apaiser les tensions »

Benjamin Netanyahu, vidéo officielle

Le Soutien Inattendu de Donald Trump

Ce qui aurait pu rester une affaire interne a pris une dimension internationale dès le début du mois. Donald Trump, fraîchement réélu, a adressé une lettre personnelle à Isaac Herzog pour plaider en faveur d’une grâce. L’ancien (et futur) président américain estime visiblement que Benjamin Netanyahu doit pouvoir se consacrer pleinement aux défis régionaux sans être entravé par des procédures judiciaires.

Cette intervention a immédiatement relancé le débat sur l’indépendance de la justice israélienne face aux pressions étrangères. Pour les partisans du Premier ministre, c’est la preuve que même à l’international, on reconnaît l’acharnement dont il serait victime. Pour ses opposants, c’est une ingérence inacceptable.

Six Ans de Procès : Un Calendrier Insoutenable ?

Le procès, ouvert il y a près de six ans, impose à Benjamin Netanyahu de témoigner trois fois par semaine. Un rythme que le Premier ministre, à 76 ans, qualifie désormais d’« exigence impossible à satisfaire » alors qu’Israël fait face à des menaces multiples : guerre à Gaza, tensions avec le Hezbollah, menace iranienne.

Ses avocats avaient déjà tenté, sans succès, de faire réduire cette cadence. La demande de grâce apparaît donc comme la dernière carte à jouer pour échapper à un calendrier judiciaire jugé incompatible avec la gestion d’un pays en guerre.

Trois Dossiers Explosifs au Cœur des Accusations

Pour comprendre l’ampleur du scandale, il faut revenir aux trois affaires qui valent à Benjamin Netanyahu d’être poursuivi :

  • Affaire 1000 : le couple Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu pour plus de 260 000 dollars de cadeaux de luxe (cigares, champagne, bijoux) de la part de milliardaires hollywoodiens et australiens, en échange de faveurs politiques.
  • Affaire 2000 : des enregistrements révèlent des négociations secrètes avec le propriétaire du journal Yedioth Aharonoth pour une couverture médiatique favorable contre un projet de loi défavorable à son concurrent Israel Hayom.
  • Affaire 4000 : des soupçons de réformes réglementaires avantageant le géant des télécoms Bezeq en échange d’une ligne éditoriale bienveillante sur le site d’information Walla.

Aucun verdict n’a encore été rendu dans ces trois dossiers. Le Premier ministre continue de clamer son innocence et affirme vouloir « aller jusqu’au bout » pour la prouver… tout en demandant simultanément une grâce qui éteindrait définitivement les poursuites.

Isaac Herzog Face à un Dilemme Historique

Le président israélien, connu pour son rôle apaisant dans une société déchirée, se retrouve aujourd’hui au centre de l’orage. En septembre déjà, il avait laissé entendre qu’une grâce pourrait être envisagée, déclarant que le procès « pesait lourdement sur la société israélienne ».

Mais accorder une grâce à un Premier ministre en exercice, sans condamnation définitive, créerait un précédent inédit. Refuser la demande, en revanche, pourrait être perçu comme une prise de position politique contre le camp Netanyahu.

Précédents historiques de grâces présidentielles en Israël
– 1993 : grâce accordée aux responsables du Shin Bet impliqués dans l’affaire du bus 300
– 2001 : grâce refusée à Yitzhak Mordechai condamné pour harcèlement sexuel
– Jamais un Premier ministre en exercice n’a bénéficié d’une telle mesure

Un Pays Plus Divisé que Jamais

La demande de grâce arrive dans un contexte de fractures profondes. Les manifestations massives contre la réforme judiciaire de 2023 n’ont pris fin qu’avec l’attaque du 7 octobre et le début de la guerre à Gaza. Beaucoup d’Israéliens craignent que cette nouvelle séquence ne ravive les tensions à peine apaisées.

Pour les partisans de Netanyahu, c’est l’occasion de tourner la page d’une « chasse aux sorcières » judiciaire. Pour ses adversaires, c’est la preuve que le Premier ministre place ses intérêts personnels au-dessus de l’État de droit.

Dans les rues de Tel Aviv comme de Jérusalem, les drapeaux israéliens risquent de se retrouver à nouveau brandis dans des camps opposés.

Et Maintenant ? Les Scénarios Possibles

Plusieurs issues se dessinent dans les semaines à venir :

  1. Grâce accordée rapidement : scénario le plus favorable à Netanyahu, mais qui pourrait déclencher une crise institutionnelle majeure.
  2. Report de la décision : Isaac Herzog pourrait temporiser en attendant un éventuel accord politique plus large.
  3. Refus pur et simple : hypothèse la moins probable mais qui signerait un affrontement frontal entre présidence et gouvernement.
  4. Grâce partielle ou conditionnelle : une solution intermédiaire qui suspendrait les poursuites sans les annuler définitivement.

Quel que soit le choix final, il marquera durablement l’histoire politique israélienne.

Benjamin Netanyahu, à 76 ans, reste plus que jamais au centre du jeu. Candidat déclaré pour les prochaines élections (qui devront se tenir au plus tard fin 2026), il continue de dominer la scène malgré les tempêtes. Sa capacité à transformer chaque crise en opportunité politique n’est plus à démontrer.

Mais cette fois, le prix à payer pourrait être plus élevé que jamais. Car au-delà du sort personnel du « roi Bibi », c’est toute la confiance des Israéliens dans leurs institutions qui se joue dans ce dossier.

Une chose est sûre : les prochains mois risquent d’être parmi les plus agités de l’histoire récente du pays. Et le monde entier regardera comment Israël, démocratie souvent présentée comme un modèle dans une région tourmentée, gérera cette épreuve ultime de ses institutions.

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