Imaginez une flottille de petits kayaks colorés face à des géants d’acier chargés de charbon. Des embarcations fragiles qui, pendant plusieurs heures, dictent leur loi aux mastodontes de l’industrie fossile. C’est exactement ce qui s’est passé ce week-end à Newcastle, au nord de Sydney.
Un port stratégique pris pour cible
Le port en eaux profondes de Newcastle n’est pas n’importe quel terminal maritime. Il est tout simplement le plus grand port d’exportation de charbon au monde. Chaque année, des millions de tonnes de ce combustible fossile y transitent vers l’Asie principalement. Pour les militants climat, c’est donc la cible parfaite.
Samedi et dimanche, ils étaient plusieurs centaines, venus perturber cette machine bien huilée. Leur objectif : montrer que même un pays riche en charbon comme l’Australie ne peut plus ignorer la crise climatique.
32 arrestations en moins de 24 heures
La réponse des autorités ne s’est pas fait attendre. Dès les premières heures de la mobilisation, la police a annoncé une politique de tolérance zéro. Résultat : 32 personnes interpellées entre samedi matin et dimanche matin.
Les forces de l’ordre ont justifié ces arrestations par des « pratiques dangereuses » dans les couloirs de navigation. Selon elles, la sécurité maritime et publique était menacée. Des patrouilles nautiques et même des hélicoptères ont été déployés pour mettre fin à l’action.
Kayaks contre navires géants : David contre Goliath version 2025
L’organisation Rising Tide, à l’origine du mouvement, revendique un succès symbolique majeur. Selon elle, deux charbonniers ont dû faire demi-tour, incapables d’entrer dans le port tant que les kayaks occupaient les voies navigables.
Dimanche matin, ils étaient encore une centaine dans une cinquantaine d’embarcations à maintenir la pression. Une image forte : ces petites coques en plastique face à des navires de plusieurs dizaines de milliers de tonnes.
« En tant que troisième plus gros exportateur de carburants fossiles, l’Australie joue un rôle démesuré dans la crise climatique »
Joe Rafalowicz, Greenpeace Australia Pacific
L’escalade sur un navire et l’intervention spectaculaire
Le moment le plus spectaculaire est survenu dimanche après-midi. Plusieurs militants ont réussi à escalader un navire à quai. Une fois à bord, ils ont déployé une immense banderole exigeant la sortie immédiate du charbon et du gaz.
La police n’a pas traîné : un hélicoptère a déposé des agents directement sur le pont du bateau. Deux activistes ont été interpellés sous les yeux des caméras et des autres manifestants restés dans leurs kayaks.
Une scène digne d’un film d’action, mais qui illustre parfaitement l’intensification des méthodes des deux côtés.
Un port qui assure que tout fonctionne « comme prévu »
Du côté du port de Newcastle, on minimise l’impact. Un porte-parole a affirmé que les opérations maritimes se sont poursuivies tout le week-end et reprendront normalement lundi. Un discours officiel qui contraste avec les images de navires bloqués.
Il est vrai que le port dispose de plusieurs terminaux et que tous n’ont pas été affectés simultanément. Mais le symbole, lui, est intact : même brièvement, l’industrie du charbon a été mise en difficulté par des citoyens ordinaires.
L’Australie, géant du charbon malgré les engagements climatiques
Le paradoxe australien est connu : le pays investit massivement dans les énergies renouvelables tout en restant l’un des plus gros exportateurs de charbon et de gaz au monde. Il possède les troisièmes réserves mondiales de charbon et continue de subventionner l’industrie fossile à hauteur de milliards de dollars chaque année.
Cette dépendance économique explique en grande partie la fermeté des autorités face aux manifestations. Le charbon représente des milliers d’emplois et une part importante des recettes d’exportation.
Des lois plus strictes… mais pour quand ?
Jeudi dernier, juste avant ces événements, le Parlement australien adoptait de nouvelles dispositions environnementales. Les entreprises très polluantes devront désormais publier leurs émissions de gaz à effet de serre et leurs objectifs de réduction.
Pour les militants, c’est un pas en avant, mais largement insuffisant. Tant que les nouveaux projets miniers continuent d’être approuvés et que les subventions fossiles perdurent, les actions directes restent nécessaires selon eux.
Une mobilisation qui ne fait que commencer
Rising Tide et les organisations partenaires ont déjà prévenu : ce week-end n’était qu’un début. D’autres actions sont prévues dans les prochains mois, potentiellement plus importantes.
Leur message est clair : tant que l’Australie continuera d’alimenter la crise climatique mondiale avec ses exportations fossiles, les ports, les mines et les voies ferrées seront des cibles légitimes de désobéissance civile.
Entre répression policière renforcée et détermination croissante des militants, la tension ne fait que monter autour du charbon australien. Un bras de fer qui risque de durer encore longtemps.
Rappel des faits clés du week-end :
- 32 arrestations entre samedi et dimanche
- Deux charbonniers forcés de faire demi-tour
- Environ 100 kayaks mobilisés dimanche matin
- Escalade d’un navire et déploiement d’une banderole géante
- Intervention policière par hélicoptère
- Opérations portuaires officiellement « non perturbées »
Ce qui s’est passé à Newcastle n’est pas un événement isolé. C’est le symptôme d’une fracture grandissante entre une partie de la population qui exige une transition rapide et un système économique encore largement dépendant des fossiles.
Et pendant ce temps, les glaciers continuent de fondre, les méga-feux ravagent toujours le pays, et les îles du Pacifique voisines supplient l’Australie d’arrêter d’exporter le problème climatique.
La question reste entière : combien de week-ends comme celui-ci faudra-t-il encore avant que le géant australien du charbon ne commence vraiment à vaciller ?
(Article mis à jour le 30 novembre 2025 – sources vérifiées et recoupées)









