Imaginez ouvrir les yeux un matin et découvrir que votre maison, votre rue, votre vie entière ont disparu sous une mer de boue. C’est la réalité à laquelle sont confrontés des centaines de milliers de personnes en ce moment même en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka.
Une catastrophe qui dépasse l’entendement
Le dernier bilan officiel fait état de 673 morts confirmés et de plusieurs centaines de personnes toujours portées disparues. Des chiffres qui donnent le vertige et qui, malheureusement, risquent encore de s’alourdir dans les prochains jours.
Ces inondations, provoquées par des pluies diluviennes exceptionnelles et, pour certaines régions, par le passage du cyclone Ditwah, ont frappé simultanément plusieurs pays : l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie et le Sri Lanka. Jamais, depuis des décennies, une telle simultanéité de catastrophes n’avait été observée.
L’Indonésie, l’épicentre du drame
L’Indonésie paie le plus lourd tribut. À elle seule, elle déplore au moins 316 victimes et près de 289 disparus. L’île de Sumatra concentre l’essentiel des dégâts.
Deux villes, Tapanuli Central et Sibolga, restent totalement isolées. Les routes sont détruites, les ponts emportés. Face à l’urgence, les autorités ont pris une décision rare : déployer deux navires de guerre depuis Jakarta pour acheminer vivres et matériel médical. Leur arrivée à Sibolga est prévu pour demain.
« La plupart des villageois ont choisi de rester ; ils ne voulaient pas abandonner leurs maisons »
Idris, habitant de Sungai Nyalo, 55 ans
Dans le village de Sungai Nyalo, à une centaine de kilomètres de Padang, l’eau s’est enfin retirée. Mais elle a laissé derrière elle un paysage lunaire : maisons ensevelies sous une couche épaisse de boue grise, véhicules renversés, cultures anéanties. Les habitants attendent toujours l’arrivée des secours.
La Thaïlande face à l’une de ses pires inondations de la décennie
À quelques milliers de kilomètres de là, la Thaïlande compte déjà 162 morts. Des dizaines de milliers de personnes se retrouvent sans abri.
Le gouvernement a annoncé des compensations pouvant atteindre deux millions de bahts (environ 53 000 euros) pour les familles ayant perdu un proche. Une mesure saluée, mais qui ne calme pas la colère grandissante de la population face à la lenteur des secours.
Deux responsables locaux ont d’ailleurs été suspendus, signe que la gestion de crise est fortement critiquée.
Le Sri Lanka paralysé par le cyclone Ditwah
Le cyclone Ditwah, après avoir frappé le Sri Lanka, s’est déplacé vers l’Inde. Mais il a laissé derrière lui un pays en état de choc.
193 morts et 228 disparus. Plus de 833 000 personnes déplacées, dont 122 000 hébergées dans des abris temporaires. Le président Anura Kumara Dissanayake a déclaré l’état d’urgence et déployé l’armée.
Dans le nord de Colombo, des quartiers entiers restent sous l’eau. Un responsable du Centre de gestion des catastrophes explique : même si le cyclone est parti, les fortes pluies en amont continuent d’alimenter la rivière Kelani, provoquant de nouvelles inondations en plaine.
Un tiers de la population est toujours privé d’électricité et d’eau courante. Il s’agit de la pire catastrophe naturelle depuis les inondations et glissements de terrain de 2017 qui avaient fait plus de 200 morts.
La Malaisie touchée, mais moins durement
En Malaisie, l’État septentrional de Perlis a été particulièrement affecté. On y déplore deux victimes, un bilan relativement faible comparé aux pays voisins, mais qui rappelle que personne n’est à l’abri.
Le changement climatique, ce suspect numéro un
Les scientifiques sont unanimes : ces événements extrêmes ne sont plus des anomalies. Ils deviennent la nouvelle norme.
Le réchauffement climatique modifie profondément les régimes de précipitations. Les moussons sont plus intenses, plus longues, plus imprévisibles. Les crues éclairs se multiplient. Les cyclones gagnent en puissance.
Ce que nous vivons aujourd’hui en Asie n’est pas seulement une catastrophe naturelle. C’est aussi un avertissement.
Et maintenant ?
Les secours s’organisent, tant bien que mal. L’aide internationale commence à arriver au Sri Lanka. Les navires indonésiens voguent vers Sumatra. La Thaïlande distribue des vivres.
Mais derrière les opérations de sauvetage, une question demeure : combien de temps pourrons-nous continuer à compter les morts avant de vraiment agir contre les causes profondes de ces catastrophes ?
Parce qu’au-delà des chiffres, il y a des visages. Des familles brisées. Des enfants qui ont tout perdu. Des villages qui n’existent plus.
Et demain, ce sera peut-être ailleurs. Ou peut-être chez nous.
Ces inondations ne sont pas qu’une actualité lointaine. Elles sont le reflet d’un monde qui change sous nos yeux, et qui nous demande, à tous, de changer avec lui.
Restez informés. Et surtout, restez humains.









