Imaginez : il fait encore nuit quand les premiers hélicoptères se posent sur les heliports de Courchevel. Une délégation du Comité international olympique descend, emmitouflée dans des parkas aux couleurs sobres. Nous sommes en novembre 2025 et les Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises prennent enfin corps. Pour la première fois, la commission de coordination dédiée pose réellement les yeux sur les sites qui, dans cinq ans, vibreront au rythme des épreuves de neige et de glace.
Une visite historique dans les Alpes
Cette semaine, du lundi au mercredi, les membres du CIO sillonnent la Savoie et la Haute-Savoie. Val d’Isère, Courchevel, La Plagne, La Clusaz, Le Grand-Bornand… Autant de noms mythiques qui résonnent dans le cœur de tous les amoureux de sports d’hiver. Cette tournée n’est pas une simple formalité : elle marque le véritable coup d’envoi opérationnel des Jeux attribués à la France en juillet 2024.
À leurs côtés, l’ensemble des acteurs français : la ministre déléguée chargée des Sports Marina Ferrari, les présidents des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, les élus locaux, les fédérations. Tout le monde veut montrer le meilleur visage des Alpes.
Val d’Isère, le grand retour d’une icône
Parmi les étapes, une attire particulièrement l’attention : Val d’Isère. La station chère à Jean-Claude Killy, triple champion olympique en 1968 et coprésident des JO d’Albertville 1992, avait disparu du schéma initial après la candidature, puis réintégré dans un second temps.
Le Comité d’organisation explique vouloir sublimer les épreuves de ski alpin grâce à cette piste légendaire de la Face de Bellevarde. Les discussions sont toujours en cours avec la collectivité territoriale pour intégrer officiellement la station tout en préservant l’équilibre budgétaire. Rien n’est encore acté, mais la présence du CIO sur place ce semaine en dit long sur la volonté collective.
« Le Cojop et toutes les parties prenantes souhaitent intégrer cette station emblématique pour sublimer les épreuves de ski alpin. »
Val d’Isère pourrait donc redevenir, trente-huit ans après Albertville, un théâtre olympique. L’émotion est palpable chez les habitants et les professionnels de la station.
Quatre pôles pour un même rêve olympique
Les Jeux 2030 s’articuleront autour de quatre grands territoires :
- Nice et la Côte d’Azur pour toutes les épreuves sur glace
- Savoie et Haute-Savoie pour la majorité des compétitions neige
- Briançonnais pour certaines épreuves alpines
- Une partie du patinage de vitesse… à l’étranger
Ce modèle décentralisé, voulu dès la candidature, vise à utiliser au maximum les infrastructures existantes et à limiter les coûts de construction. Une philosophie qui séduit le CIO depuis plusieurs années.
Le casse-tête du patinage de vitesse
La France ne possède pas d’anneau olympique couvert de 400 mètres. Plutôt que d’en construire un – décision jugée trop onéreuse – le choix a été fait d’exporter ces épreuves. Deux pistes se disputent l’honneur d’accueillir les longues lames :
| Critère | Oval Lingotto – Turin (Italie) | Thialf – Heerenveen (Pays-Bas) |
|---|---|---|
| Proximité géographique | À 2h30 des Alpes françaises | À plus de 10h de route |
| Expérience olympique | Jeux de Turin 2006 | Multiples championnats du monde |
| Ambiance | Passion italienne | Ferveur orange légendaire |
| Coût pour la France | Location + transport athlètes | Location probablement moindre |
Renaud Muselier, président de la région PACA, ne cachait pas sa préférence en octobre : « L’Italie, ça me paraît à côté de chez moi. Les Alpes françaises, les Alpes italiennes, ce sont les Alpes. » Mais il ajoutait aussitôt : « Maintenant, si c’est pour perdre de l’argent en Italie, autant aller en gagner en Hollande. » Le conseil d’administration du Cojop du 15 décembre étudiera les offres, sans forcément trancher immédiatement.
Les Jeux paralympiques encore en suspens
Autre dossier brûlant : la carte précise des Jeux paralympiques, qui se tiendront immédiatement après les Jeux olympiques. Certaines disciplines pourraient être délocalisées ou regroupées différemment. Là aussi, la visite du CIO cette semaine permettra d’affiner les scénarios.
Le calendrier est serré. Le schéma dit préférentiel doit devenir définitif dans les prochains mois pour lancer les travaux d’aménagement là où c’est nécessaire (télécabines, enneigement, tribunes temporaires…).
Qui dirige cette commission ?
À la tête de la délégation, Pierre-Olivier Beckers-Vieujant. Le Belge connaît parfaitement la maison : il a déjà présidé la commission de coordination des Jeux de Paris 2024. À ses côtés, Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques au CIO, ainsi que des représentants des fédérations internationales de sports d’hiver et des athlètes.
Leur mission est claire : vérifier que les promesses de la candidature tiennent la route, que les budgets sont maîtrisés, que l’héritage sera durable. En clair, s’assurer que les Alpes françaises seront prêtes le jour J.
Et maintenant ?
Cette visite de trois jours n’est que la première d’une longue série. D’autres inspections suivront en 2026, 2027, 2028… jusqu’à la livraison finale. Mais elle pose les bases d’une collaboration qui devra être sans faille.
Dans les stations, l’excitation monte. Les drapeaux olympiques flottent déjà sur certains frontons de mairie. Les habitants, les commerçants, les moniteurs de ski : tout le monde sent que l’histoire est en train de s’écrire sous leurs yeux.
Restera à transformer l’enthousiasme en réalités concrètes. Val d’Isère intégrée ou non ? Patinage à Turin ou Heerenveen ? Jeux paralympiques sur quels sites ? Les réponses arriveront au fil des mois. Mais une chose est sûre : les Alpes françaises se préparent à vivre une décennie historique.
Et vous, quel site avez-vous hâte de voir vibrer en 2030 ?









