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Journaliste Italienne Séquestrée et Menacée à Roubaix

Une journaliste italienne retenue de force plus d’une heure dans une boucherie halal de Roubaix, frappée de menaces : « Wallah, je vais te mettre une droite ». Elle a dû donner son téléphone pour espérer sortir… Que s’est-il vraiment passé dans cette rue déjà montrée comme un foyer de séparatisme ?

Imaginez-vous en train de faire votre travail de journaliste, micro dissimulé, caméra cachée dans le sac, et soudain deux hommes vous bloquent la sortie en vous menaçant de vous frapper. C’est exactement ce qu’a vécu une reporter italienne, il y a quelques jours seulement, dans une boucherie halal de Roubaix. L’histoire, glaçante, remet sur la table des questions que beaucoup préfèrent ignorer.

Une simple question qui tourne au cauchemar

Mercredi 26 novembre, Costanza Tosi, envoyée spéciale d’une grande chaîne italienne, arpente la rue de Lannoy à Roubaix pour un reportage sur la place de l’islam en France. Rien de bien provocateur en apparence : des questions posées discrètement aux commerçants, une caméra miniature, une démarche classique pour ce type d’enquête.

Mais dans une boucherie halal, la situation dérape très vite. Le propriétaire et son fils remarquent qu’elle filme. Ce qui aurait pu rester une simple remontrance devient une séquestration de plus d’une heure, ponctuée de menaces physiques et d’insultes.

« Ils m’ont séquestrée » : le récit de la journaliste

La jeune femme raconte avoir été empêchée de sortir du magasin dès qu’on lui a demandé de montrer ce qu’elle avait filmé. Les deux hommes lui barrent la porte. Elle propose d’appeler la police. Refus catégorique.

« Je leur ai dit qu’ils pouvaient appeler la police s’ils voulaient, que moi je voulais seulement sortir. Au bout d’un moment, ils m’ont promis que je pourrais partir si je donnais mon téléphone avec le code… mais le boucher m’a dit ensuite qu’il n’était pas un homme de parole. »

Sur les images captées par sa caméra cachée, on entend clairement la menace : « Wallah, j’vais te mettre une droite ! » Le fils du commerçant montre son poing à plusieurs reprises. La journaliste crie, tente de raisonner, explique que ce qu’ils font est illégal. Rien n’y fait.

Elle finira par récupérer son téléphone après plus d’une heure de rétention, les images effacées sous la contrainte, mais pas celles enregistrées en continu dans son sac. Preuve irréfutable qui a depuis fait le tour des réseaux.

La rue de Lannoy, déjà sous les projecteurs

Ce n’est pas la première fois que cette artère de Roubaix fait parler d’elle. En janvier 2022, un numéro de Zone Interdite sur M6 avait déjà pointé cette rue comme un symbole du séparatisme islamiste : boutiques exclusivement halal, voiles intégraux, pression communautaire… L’émission avait provoqué un tollé, mais aussi un début de prise de conscience.

Trois ans plus tard, la situation semble ne pas avoir beaucoup évolué. Voire empirer pour certains habitants qui, sous couvert d’anonymat, parlent d’un climat de plus en plus pesant.

Un climat de plus en plus hostile pour les journalistes

Cet incident n’est malheureusement pas isolé. Ces dernières années, plusieurs reporters ont été intimidés, bousculés ou menacés dans certains quartiers sensibles lors de reportages sur l’islam radical ou le communautarisme.

En 2021, une équipe de télévision avait déjà été chassée manu militari d’un quartier de Lille sous les insultes. À Sevran, à Stains, à Trappes, les exemples se multiplient. La liberté de filmer, de poser des questions, de rendre compte, semble reculer dans certaines zones.

Ce qui frappe dans l’affaire de Roubaix, c’est la durée de la séquestration et le sentiment d’impunité affiché par les deux hommes. « Tu filmes sans autorisation, on fait ce qu’on veut », aurait lancé le boucher.

La plainte déposée et les suites judiciaires

Dès sa libération, la journaliste s’est rendue au commissariat pour déposer plainte pour séquestration, menaces de mort et violences. Une enquête est en cours. Les images de la caméra cachée ont été remises aux enquêteurs.

Le commerce, lui, reste ouvert. Certains clients, interrogés à la sortie, minimisent : « Elle n’avait qu’à pas filmer en cachette ». D’autres, plus rares, reconnaissent que la réaction était disproportionnée.

Pourquoi ce type de reportage continue de susciter la colère

La méthode de la caméra cachée divise toujours. Ses défenseurs y voient le seul moyen d’obtenir des images et des témoignages authentiques dans des milieux où la parole est contrôlée. Ses détracteurs dénoncent une forme de voyeurisme ou de provocation.

Mais dans ce cas précis, la journaliste posait des questions anodines sur la viande halal et les habitudes alimentaires. Rien qui justifie, a priori, une telle explosion de violence.

Ce qui choque surtout, c’est le sentiment que dans certains endroits, la loi républicaine semble suspendue. Filmer dans un commerce ouvert au public n’est pas illégal. Retenir quelqu’un contre son gré, le menacer de coups, l’est.

Roubaix, ville symbole des tensions françaises

Avec près de 40 % de sa population d’origine maghrébine, Roubaix incarne à elle seule les défis de l’intégration à la française. Une ville jeune, pauvre, mais aussi riche de sa diversité quand celle-ci est assumée dans le respect des lois communes.

Malheureusement, certains quartiers donnent l’impression de vivre en parallèle. Écoles où les mamans voilées accompagnatrices sont refusées, cantines qui suppriment le porc mais aussi les repas alternatifs, boutiques qui affichent « halal only »… les signes s’accumulent.

L’incident de la boucherie n’est qu’un symptôme parmi d’autres. Il révèle une fracture profonde entre ceux qui veulent vivre selon leurs règles et ceux qui défendent un cadre républicain commun.

Et maintenant ?

La question reste entière. Va-t-on continuer à fermer les yeux par peur d’être accusé d’islamophobie ? Ou va-t-on enfin regarder la réalité en face, sans angélisme ni caricature ?

Ce qui est sûr, c’est qu’une journaliste étrangère venue poser des questions légitimes a été traitée comme une criminelle. Et que cela se passe en France, en 2025. Il y a de quoi s’interroger.

La liberté de la presse n’est pas négociable. Pas plus que la sécurité des citoyens, quel que soit le quartier. Espérons que cette affaire, au-delà de l’émotion, permettra enfin d’ouvrir un débat honnête et sans tabou sur ce que certains appellent les « territoires perdus de la République ».

Parce qu’au fond, ce n’est pas seulement l’histoire d’une journaliste italienne effrayée dans une boucherie de Roubaix. C’est l’histoire d’un pays qui doit choisir ce qu’il veut être demain.

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