Imaginez-vous réveiller en sursaut à 5 h 30 du matin, seule dans votre maison, avec deux inconnus masqués qui vous braquent une barre de fer sous la gorge en vous ordonnant d’ouvrir votre coffre-fort. À 87 ans. C’est exactement ce qu’a vécu une habitante de Triel-sur-Seine, dans les Yvelines, dans la nuit du 28 au 29 novembre 2025.
Une mise en scène presque parfaite
Les faits commencent bien avant l’irruption dans la chambre. Vers 3 heures du matin, la victime constate une coupure d’électricité. Particularité troublante : elle est la seule concernée dans toute la rue. Inquiète, elle appelle son fils qui habite non loin. Il arrive rapidement, fait le tour de la maison, ne voit rien d’anormal, réenclenche simplement le disjoncteur et repart rassuré.
Erreur fatale. Cette coupure n’était pas fortuite. C’était une reconnaissance des lieux, un test pour vérifier la réactivité des occupants et des proches. Une méthode désormais classique chez certains cambrioleurs spécialisés dans le home-jacking sur personnes âgées.
L’irruption brutale
À 5 h 30 précises, alors que l’octogénaire somnole à nouveau, deux individus surgissent dans sa chambre. Visages masqués, gants, et surtout une longue barre de fer qui ne laisse aucun doute sur leurs intentions. Ils la menacent immédiatement de mort si elle ne collabore pas.
Paralysée par la peur mais consciente qu’elle n’a pas le choix, la vieille dame est contrainte de se lever et de les conduire jusqu’au coffre-fort dissimulé dans la maison. Les malfaiteurs repartent avec le butin qu’ils étaient visiblement venus chercher : deux montres de luxe (une Rolex et une Breitling), un collier de perles de grande valeur et le téléphone portable de la victime pour éviter toute appel immédiat.
« Elle est choquée mais physiquement indemne », précise une source proche de l’enquête. Mais à 87 ans, le traumatisme psychologique est immense.
Un mode opératoire qui devient effrayant de banalité
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la froide organisation. Couper l’électricité pour créer un prétexte d’intervention d’un proche, attendre patiemment que la maison soit à nouveau endormie, puis passer à l’acte en pleine nuit : on est loin du cambriolage opportuniste.
Ces dernières années, les home-jackings ciblant spécifiquement les personnes âgées se multiplient dans les zones périurbaines et même rurales des Yvelines, du Val-d’Oise ou de l’Essonne. Les délinquants savent que les seniors conservent souvent chez eux des bijoux de famille ou des liquidités, et qu’ils offrent malheureusement moins de résistance physique.
En 2024 déjà, le ministère de l’Intérieur recensait une hausse de 24 % des vols avec violence au domicile sur les plus de 75 ans. Et 2025 semble parti pour battre tous les records.
La peur change de camp… ou presque
À Triel-sur-Seine, petite commune tranquille de 12 000 habitants nichée dans une boucle de la Seine, ce genre d’agression était jusqu’ici inimaginable. Pourtant, les habitants commencent à parler ouvertement de leur ras-le-bol.
Sur les réseaux sociaux locaux, on voit fleurir les messages de colère : « On n’est plus en sécurité nulle part », « Il serait temps que l’État réagisse », ou encore « Bientôt on va devoir s’armer soi-même ».
Certains évoquent déjà la création de rondes citoyennes ou l’installation de systèmes d’alarme collectifs, comme cela s’est fait avec succès à Rezé ou dans certaines communes du Vaucluse.
Que faire quand on est une personne âgée isolée ?
Face à cette montée de la violence ciblée, plusieurs réflexes peuvent sauver des vies :
- Ne jamais ouvrir à un inconnu, même s’il prétend être dépanneur EDF après une coupure
- Installer un système de vidéosurveillance même basique avec alerte sur téléphone d’un proche
- Placer un téléphone fixe ou portable dans la chambre de nuit avec numéros d’urgence en raccourci
- Participer aux programmes « Voisins vigilants » ou « Participation citoyenne » avec la gendarmerie
- Éviter de conserver des objets de très haute valeur visible ou facilement repérable
Même si ces conseils peuvent paraître dérisoires face à des criminels déterminés, ils ont déjà prouvé leur efficacité dans de nombreuses communes.
Et maintenant ?
L’enquête a été confiée à la brigade de recherche de la gendarmerie de Saint-Germain-en-Laye. Les militaires exploitent actuellement les éventuelles traces ADN, les images de vidéosurveillance des axes routiers et les relevés téléphoniques.
Mais dans l’immédiat, c’est tout un territoire qui retient son souffle. Car si une dame de 87 ans peut être agressée de cette façon en pleine nuit dans une commune paisible des Yvelines, alors plus personne n’est vraiment à l’abri.
Une chose est sûre : cette affaire va laisser des traces bien au-delà de Triel-sur-Seine. Elle cristallise un sentiment d’insécurité qui ne cesse de croître et pose, une fois de plus, la question de la protection des plus vulnérables dans notre société.
Parce qu’à 87 ans, on devrait pouvoir dormir tranquille chez soi.









