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Léon XIV en Turquie : Première Messe Historique à Istanbul

Pour la première fois, un pape américain célèbre la messe en Turquie. Léon XIV a rencontré Bartholomée Ier et visité la Mosquée bleue… mais pourquoi tant de distance avec la foule ? Un moment historique qui soulève déjà des questions.

Imaginez un instant : un pape américain, élu il y a à peine quelques mois, qui pose pour la première fois les pieds en Turquie et célèbre sa première messe dans un pays où les catholiques ne représentent qu’une poignée d’âmes parmi 86 millions d’habitants. Ce n’est pas un rêve, c’est ce qui s’est passé ce samedi à Istanbul. Léon XIV vient d’écrire une nouvelle page dans l’histoire déjà riche des relations entre Rome et le monde musulman, mais aussi entre catholiques et orthodoxes.

Une visite sous très haute tension sécuritaire

Dès son arrivée à Ankara jeudi, le souverain pontife a été enveloppé d’un impressionnant dispositif de sécurité. À Istanbul, la situation n’a pas changé. Les fidèles qui espéraient l’approcher ont dû patienter sous la pluie, parfois plusieurs heures, avant de pouvoir entrer dans la salle de spectacles transformée pour l’occasion en lieu de culte.

Ce protocole ultra-strict a marqué les esprits. Beaucoup regrettent que le pape semble si éloigné du peuple. Un vendeur de maïs grillé du quartier de Sultanahmet résume le sentiment général : les rencontres entre cultures sont belles, mais elles gagneraient à être plus spontanées. « Quand on crie Allahu Akbar, certains étrangers ont peur », confie-t-il, « alors imaginez quand le pape passe entouré de dizaines de policiers… »

La première messe : un moment d’émotion rare

En fin d’après-midi, environ 4 000 personnes ont enfin pu assister à la célébration présidée par Léon XIV. L’autel avait été dressé sur une estrade, encadré de trois grands chandeliers et surmonté d’une immense croix. Les chants et les applaudissements ont retenti dès l’entrée du pape.

Parmi les fidèles, Cigdem Asinanyan, habitante d’Istanbul, n’a pas caché sa joie : « C’est une visite significative et j’espère qu’elle contribuera à sensibiliser. » À ses côtés, Kasra Esfandiyari, un jeune réfugié chrétien iranien de 27 ans, avait fait six heures de route depuis Izmir avec sa mère. Pour lui, impossible de manquer ce « moment historique ».

La petite communauté catholique turque – à peine 33 000 âmes – vit cet événement comme une bouffée d’oxygène. Dans un pays à très large majorité musulmane, la présence du chef de l’Église catholique prend une dimension particulière.

Rencontre au sommet avec Bartholomée Ier

Mais la journée ne s’est pas limitée à la messe. Le point d’orgue œcuménique a eu lieu plus tôt : Léon XIV et le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, ont signé une déclaration commune. Les deux hommes ont réaffirmé leur volonté de poursuivre le dialogue interreligieux et de tout faire pour rejeter l’utilisation de la religion à des fins de violence.

« Il faut continuer à travailler pour l’unité des chrétiens à l’échelle mondiale »

Léon XIV lors de sa rencontre avec les responsables orthodoxes

Un autre sujet, plus concret, a été abordé : la possibilité de fixer enfin une date commune pour la fête de Pâques. Catholiques et orthodoxes la célèbrent encore séparément, plus de mille ans après le grand schisme de 1054. Les discussions avancent, lentement mais sûrement.

Visite discrète de la Mosquée bleue

Le matin, le pape s’est rendu à la célèbre Mosquée bleue, joyau ottoman du XVIIe siècle. Accompagné du mufti d’Istanbul, il a découvert les lieux en chaussettes blanches, comme le veut la tradition. Contrairement à ses prédécesseurs Benoît XVI et François, il n’a pas accompli de geste de recueillement marqué. Le Saint-Siège a parlé d’une visite « dans un esprit de silence, d’écoute et de profond respect ».

À quelques centaines de mètres, Sainte-Sophie, redevenue mosquée en 2020, n’a pas figuré au programme. Un choix qui n’a surpris personne : le pape François s’était dit « très affligé » par cette reconversion décidée par le président Erdogan. Léon XIV a préféré ne pas raviver la polémique.

Dehors, malgré un ciel gris et pluvieux, quelques dizaines de touristes et de curieux ont applaudi le passage du convoi papal. Des vivats chaleureux, mais brefs : la sécurité a vite repris ses droits.

Un voyage qui ne fait que commencer

Dimanche, Léon XIV doit s’envoler pour le Liban, pays en pleine crise économique et politique. Il y restera jusqu’à mardi pour porter un message de paix dans une région toujours sous tension. Avant de partir, son Airbus A320 Neo a dû subir une réparation technique – rien de grave, mais l’information a filtré.

Cette visite turque, troisième étape seulement du pontificat de Léon XIV, marque déjà les esprits. Elle illustre la volonté du nouveau pape de poursuivre le chemin tracé par ses prédécesseurs : dialogue avec l’islam, rapprochement avec l’orthodoxie, présence auprès des petites communautés catholiques dispersées.

Mais elle pose aussi des questions. Le protocole de sécurité, nécessaire, ne risque-t-il pas de transformer chaque déplacement papal en bulle hermétique ? Comment toucher les cœurs quand on reste à distance ? Les prochains voyages – et notamment celui au Liban – apporteront peut-être des éléments de réponse.

En attendant, une chose est sûre : à Istanbul, des milliers de personnes garderont longtemps en mémoire ce samedi de novembre où, sous la pluie et derrière les cordons de sécurité, elles ont pu apercevoir, ne serait-ce que quelques instants, le successeur de Pierre.

Et qui sait… peut-être qu’un jour, catholiques et orthodoxes fêteront Pâques ensemble. Le rêve, porté depuis des décennies, a trouvé samedi deux nouveaux défenseurs déterminés.

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