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Grèce en Crise Hydrique : Athènes et Îles en Alerte Maximale

Athènes et deux îles grecques viennent d’être placées en état d’urgence hydrique. Les réserves fondent à vue d’œil et aucune restriction n’est encore annoncée… Mais jusqu’à quand tiendra-t-on avant les coupures inevitables ?

Imaginez-vous en plein mois d’août, sur une terrasse athénienne, un verre de frappé à la main… et plus une goutte d’eau qui ne coule du robinet. Ce scénario, longtemps réservé aux films catastrophe, devient une menace bien réelle pour des millions de Grecs.

Le gouvernement hellénique vient de francher un cap symbolique : la région du Grand Athènes et deux îles de la mer Égée, Patmos et Leros, sont officiellement placées en état d’urgence hydrique. Une mesure exceptionnelle qui vise avant tout à débloquer en urgence des chantiers cruciaux.

Une sécheresse qui n’a plus rien de conjoncturel

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont implacables. Depuis 2022, les précipitations annuelles ont chuté d’environ 25 %, l’évaporation a grimpé de 15 % et la consommation, elle, a augmenté de 6 %. Trois tendances qui, combinées, mettent le système hydrique grec sous une pression jamais vue depuis la grande crise de 1988-1994.

Les réserves du Grand Athènes tournent actuellement autour de 400 millions de mètres cubes. À titre de comparaison, la consommation annuelle avoisine les 250 millions de mètres cubes. Sur le papier, cela laisse une marge… mais cette marge fond littéralement sous l’effet du réchauffement et de l’explosion touristique estivale.

« Il n’est plus possible de reporter les décisions difficiles »

Stavros Papastavrou, ministre de l’Environnement et de l’Énergie

Le tourisme, ce convive qui boit trop

Dans les îles, la situation devient explosive chaque été. Piscines privées, hôtels cinq étoiles, douches à volonté pour les touristes : la consommation explose là où les ressources sont les plus fragiles. Patmos et Leros, pourtant moins fréquentées que Mykonos ou Santorin, n’échappent plus à la règle.

Le ministre l’a dit sans détour : « Dans les zones où la consommation d’eau augmente considérablement en raison du tourisme, une plus grande attention et une meilleure planification sont nécessaires ». Traduction : le modèle « tout-tourisme, tout le temps » montre ses limites dramatiques.

Des chantiers titanesques lancés en mode accéléré

L’état d’urgence hydrique n’est pas qu’un mot. Il permet de contourner certaines procédures administratives et d’accélérer les projets jugés critiques. Et le gouvernement a sorti l’artillerie lourde : 2,5 milliards d’euros seront investis au cours de la prochaine décennie dans les infrastructures hydrauliques.

Au menu : forages en profondeur, unités de dessalement dernier cri et, projet le plus controversé, le détournement de deux affluents du fleuve Achéloos vers la plaine de Thessalie et, indirectement, vers le bassin athénien. Un chantier pharaonique évalué à 500 millions d’euros qui doit être achevé d’ici 2029.

Les grands projets en cours ou annoncés :

  • Détournement partiel du fleuve Achéloos (500 M€ – livraison 2029)
  • Plus de 150 projets sur 40 îles (320 M€ déjà engagés)
  • Construction et modernisation d’unités de dessalement
  • Forages profonds dans l’Attique et le Péloponnèse
  • Rénovation des réseaux de distribution (fuites estimées à 40 % dans certains quartiers d’Athènes)

Patmos et Leros : les oubliées qui passent en première ligne

Si Athènes concentre l’attention médiatique, les deux petites îles du Dodécanèse vivent déjà le stress hydrique au quotidien. Leurs réserves dépendent essentiellement de citernes alimentées par bateau en hiver et de rares sources locales. L’été, la population décuple et les camions-citernes tournent parfois 24 h/24.

L’état d’urgence leur donne enfin la priorité pour l’installation d’unités de dessalement mobiles et la connexion à des réseaux plus résilients. Un soulagement pour les habitants qui, certains étés, ont dû rationner l’eau à 50 litres par personne et par jour.

Et les restrictions, elles arrivent quand ?

Pour l’instant, aucune mesure contraignante n’a été annoncée pour les particuliers. Pas d’interdiction d’arrosage, pas de limitation des piscines, pas de coupures programmées. Mais tous les spécialistes le savent : cette absence de restrictions est avant tout politique.

Imposer des restrictions en pleine saison touristique serait un suicide économique. Pourtant, les experts estiment que sans baisse significative de la consommation, certaines zones pourraient connaître des pénuries dès l’été 2026.

Un avertissement pour toute l’Europe méditerranéenne

La Grèce n’est pas un cas isolé. L’Espagne, l’Italie, Chypre, Malte : tous les pays du pourtour méditerranéen voient leurs ressources en eau douce diminuer à un rythme alarmant. Le changement climatique accentue le phénomène, mais la surconsommation touristique et agricole reste le principal accélérateur.

Ce qui se passe aujourd’hui à Athènes et dans les îles grecques pourrait bien être le prélude à une crise hydrique généralisée dans les années à venir. Et quand on sait que la Grèce reste l’une des destinations préférées des Européens, la question devient collective : jusqu’où sommes-nous prêts à pousser le modèle du tourisme de masse dans des territoires déjà à bout de souffle ?

En déclarant cet état d’urgence hydrique, le gouvernement grec envoie un message clair : l’eau n’est plus une ressource infinie, même au bord de la mer Égée. Et les prochaines années diront si les milliards investis suffiront à éviter le pire… ou si nous devrons tous apprendre à vivre avec beaucoup moins.

(Article mis à jour le 29 novembre 2025 – 3124 mots)

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