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OPEP+ 2025 : Stratégie Gagnante Malgré les Risques

En 2025, personne n’imaginait l’OPEP+ augmenter sa production de près de 3 millions de barils/jour… pourtant les prix n’ont pas explosé à la baisse. Guerre, Trump et un peu de chance : comment le cartel a-t-il réussi ce pari fou ? La réponse risque de vous surprendre…

Imaginez le scénario au 1er janvier 2025 : tout le monde s’attend à ce que l’OPEP+ reste prudente, serre les vannes et défende des prix élevés. Et pourtant, moins de douze mois plus tard, le cartel a ouvert les robinets comme jamais. Une augmentation cumulée de 2,9 millions de barils par jour. Personne ne l’avait vu venir. Comment ce pari audacieux a-t-il pu fonctionner sans faire s’effondrer le marché ?

L’OPEP+ a-t-elle vraiment réussi son année 2025 ?

Oui, et plutôt bien. Malgré une offre abondante qui aurait dû théoriquement écraser les cours, le baril de Brent oscille aujourd’hui entre 60 et 65 dollars. Un niveau bas, certes, mais qui reste viable pour la plupart des producteurs et surtout très confortable pour un certain locataire de la Maison Blanche.

Un virage stratégique à 180 degrés

Dès le mois de mars, huit pays membres – Arabie saoudite, Russie, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Kazakhstan, Oman et Algérie – se sont mis à relever leurs quotas chaque mois. Objectif affiché : reprendre des parts de marché face à la déferlante des pétroles non-OPEP, États-Unis en tête, mais aussi Canada, Brésil et Guyana.

Cette décision a surpris les observateurs. Augmenter la production alors que la concurrence explose semblait suicidaire. Pourtant, neuf mois plus tard, le constat est là : la stratégie a porté ses fruits.

« Des éléments qui n’auraient pas pu être prévus au 1er janvier 2025 » mais grâce auxquels la stratégie de l’OPEP+ « a globalement fonctionné »

Kim Fustier, analyste pétrole chez HSBC

Trois chocs extérieurs qui ont tout changé

Sans ces événements imprévus, l’équation aurait été bien différente. Trois facteurs majeurs ont soutenu la demande et limité la chute des prix :

  • Le conflit Iran-Israël déclenché en juin qui a immédiatement fait grimper la prime de risque géopolitique
  • Les nouvelles sanctions américaines ciblant le secteur pétrolier russe
  • La constitution massive de réserves stratégiques par la Chine

Ces trois éléments ont agi comme un parachute. L’offre augmentait fortement, mais la demande (et la peur du pire) suivait le mouvement.

Donald Trump, le facteur décisif

Peu après son retour à la présidence en janvier 2025, Donald Trump a passé un coup de fil très clair à Riyad : produisez plus, faites baisser les prix à la pompe pour les Américains. L’Arabie saoudite, leader naturel de l’OPEP+, a entendu le message cinq sur cinq.

Pour Ryad, répondre favorablement était aussi une formidable carte diplomatique. En novembre, lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington, les deux pays ont scellé plusieurs accords majeurs : coopération sur le nucléaire civil, accès saoudien aux technologies américaines d’intelligence artificielle de pointe, avec garanties de protection contre toute ingérence étrangère.

Un troc gagnant-gagnant : du pétrole abondant et pas trop cher pour les États-Unis, des contreparties stratégiques pour le Royaume.

« Le facteur Trump est absolument essentiel »

Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris

60-65 dollars : le prix parfait selon Washington

À ce niveau de cours, les producteurs américains de pétrole de schiste restent rentables tout en évitant une inflation galopante à la pompe. Donald Trump obtient exactement ce qu’il voulait : des prix bas pour les consommateurs et une industrie pétrolière nationale qui continue de tourner à plein régime.

Pour l’OPEP+, c’est un compromis acceptable. Les revenus sont en baisse par rapport aux années fastes, mais le cartel conserve sa pertinence et surtout ses parts de marché.

Pourquoi la réunion de dimanche ne devrait rien annoncer de spectaculaire

Les ministres de l’Énergie des 22 pays membres se réunissent ce dimanche en visioconférence. Habituellement, ces réunions semestrielles sont riches en annonces. Cette fois, le marché n’attend rien ou presque.

La raison est simple : après la petite hausse prévue en décembre, les huit pays moteurs ont déjà prévenu qu’ils marqueront une pause au premier trimestre 2026. La demande est traditionnellement plus faible en début d’année, et plusieurs membres ne souhaitent pas voir leurs marges se comprimer davantage.

L’ombre du conflit ukrainien plane toujours

Un autre élément freine toute décision hâtive : l’issue incertaine des négociations sur le conflit en Ukraine. Deux scénarios possibles :

  1. Une détente ou un accord qui ferait retomber la prime de risque géopolitique et pourrait peser sur les prix
  2. Un blocage qui remettrait au premier plan les sanctions contre Lukoil et Rosneft, soutenant mécaniquement les cours

Dans les deux cas, l’OPEP+ préfère attendre avant de toucher à nouveau aux quotas.

Un peu de chance, beaucoup de réalisme

Les analystes le reconnaissent volontiers : l’OPEP+ a bénéficié d’une bonne dose de chance avec ces chocs géopolitiques imprévus. Mais il serait injuste de tout ramener à la fortune. Le cartel a su lire le nouvel équilibre mondial : face à la montée en puissance des pétroles non-OPEP, défendre bec et ongles des prix à 100 dollars était devenu intenable.

En acceptant des prix plus bas mais en regagnant des parts de marché, et surtout en nouant une alliance de fait avec Washington, l’OPEP+ a peut-être trouvé la formule qui lui permettra de rester influente dans les années à venir.

La réunion de dimanche ne devrait donc être qu’une formalité. Le vrai test viendra au printemps 2026, quand il faudra décider s’il faut reprendre les hausses… ou au contraire freiner à nouveau.

En attendant, une chose est sûre : 2025 restera comme l’année où l’OPEP+ a osé le grand écart. Et, contre toute attente, elle ne s’est pas rompue le dos.

Bilan 2025 de l’OPEP+ en quelques chiffres clés

Indicateur Valeur Commentaire
Augmentation cumulée 2,9 Mb/j Dont dernière hausse en décembre
Cours Brent actuel 60-65 $ Niveau jugé idéal par Washington
Pays moteurs 8 Arabie saoudite en leader
Pause annoncée Q1 2026 Aucun ajustement prévu

Le pétrole reste plus que jamais au cœur des grandes manœuvres géopolitiques. Et en 2025, l’OPEP+ a prouvé qu’elle savait encore jouer dans la cour des grands.

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