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Léon XIV à la Mosquée Bleue : Un Geste Fort pour le Dialogue

Ce samedi, le pape Léon XIV franchit pour la première fois les portes de la Mosquée Bleue d’Istanbul. Un geste lourd de sens, dans les pas de ses prédécesseurs… mais avec une différence notable qui fait déjà réagir. Que cache cette visite ?

Imaginez un instant : le chef de l’Église catholique, successeur de Pierre, franchit le seuil d’une des plus belles mosquées du monde. Pas n’importe laquelle. La Mosquée Bleue, ce joyau ottoman qui domine Istanbul depuis quatre siècles. Ce samedi, Léon XIV s’apprête à vivre ce moment rare, chargé d’histoire et de symboles.

Depuis son élection en mai dernier, le premier pape américain n’avait pas encore posé le pied dans un lieu de culte musulman. Cette visite marque donc une étape décisive dans son pontificat naissant, et ravive la flamme du dialogue interreligieux cher à ses prédécesseurs.

Un geste qui s’inscrit dans une longue tradition

En 2006, Benoît XVI avait déjà créé l’événement en se recueillant, pieds nus, dans la Mosquée Bleue aux côtés du grand mufti. Huit ans plus tard, François renouvelait le geste avec une intensité particulière. Aujourd’hui, Léon XIV marche exactement sur leurs traces.

Mais une différence notable attire tous les regards : le pape ne se rendra pas à Sainte-Sophie, redevenue mosquée en 2020. François s’était publiquement dit « très affligé » par cette décision du président Erdogan. Léon XIV, lui, choisit le silence sur ce point. Un silence qui parle.

La Mosquée Bleue, plus qu’un monument

Construite au début du XVIIe siècle par le sultan Ahmed Ier, la mosquée de Sultanahmet doit son surnom aux dizaines de milliers de faïences bleues qui habillent ses murs intérieurs. Six minarets élancés, une cour immense, une cascade de dômes : tout respire la grandeur ottomane.

Ce qui frappe aussi, c’est son emplacement. Elle a été érigée sur les ruines du « Grand Palais » byzantin, là où résidaient autrefois les empereurs chrétiens. Face à elle, à quelques centaines de mètres, trône Sainte-Sophie. Deux mondes, deux époques, deux religions qui se font face depuis des siècles.

« Un lieu où l’on sent le poids de l’histoire sur chaque pierre »

Beaucoup y voient le symbole parfait du dialogue que cherche à incarner le Vatican depuis plusieurs décennies.

Une journée marathon pour Léon XIV

La visite de la mosquée n’est que le début d’une journée particulièrement dense. Voici le programme tel qu’annoncé :

  • Rencontre avec les responsables des Églises et communautés chrétiennes de Turquie
  • Prière à l’église patriarcale Saint-Georges au Phanar
  • Audience privée et signature d’une déclaration commune avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier
  • Messe en fin de journée à la Volkswagen Arena devant 4 000 fidèles

La déclaration commune avec Bartholomée Ier suscite une curiosité particulière. Son contenu reste secret, mais les observateurs s’attendent à un texte fort sur l’unité des chrétiens et peut-être sur les défis écologiques, sujet cher aux deux leaders.

1 700 ans du Concile de Nicée : l’autre temps fort

La veille, Léon XIV célébrait déjà un anniversaire majeur : les 1 700 ans du premier concile œcuménique, tenu à Nicée (aujourd’hui Iznik, en Turquie) en 325. Ce concile avait posé les bases du Credo encore récité chaque dimanche par des millions de chrétiens.

Devant les représentants des différentes confessions, le pape a lancé un appel vibrant à l’unité : « Nous sommes tous fils du même Concile, frères dans la même foi. » Un message qui résonne particulièrement en Turquie, où les chrétiens ne représentent plus que 0,2 % de la population.

Note historique – Depuis Paul VI en 1967, tous les papes se sont rendus en Turquie. Léon XIV est le cinquième. Aucun autre pays, hormis la Terre Sainte, n’a connu une telle continuité de visites pontificales.

Le Liban, prochain défi

Après Istanbul, direction Beyrouth dès dimanche. Dans un Liban en crise profonde, la visite du pape est attendue comme un baume. Les communautés chrétiennes, encore influentes, espèrent un message d’espérance et peut-être des annonces concrètes.

Mais c’est bien la séquence turque qui restera dans les mémoires. Parce qu’elle mêle histoire, symboles et diplomatie religieuse à haut risque.

Pourquoi ce choix de la Mosquée Bleue et pas Sainte-Sophie ?

La question brûle toutes les lèvres. En évitant Sainte-Sophie, Léon XIV envoie un signal clair : il ne souhaite pas raviver la polémique autour de la reconversion de 2020. Certains y voient une prudence diplomatique. D’autres, une forme de protestation silencieuse.

En choisissant la Mosquée Bleue, il privilégie un lieu incontesté, universellement admiré, sans arrière-plan politique immédiat. Un terrain neutre, en somme, pour un message universel de respect et de fraternité.

Ce n’est pas un recul. C’est une autre façon d’avancer.

Un pape américain dans un monde oriental

Premier pape né sur le continent américain, Léon XIV apporte aussi une sensibilité nouvelle. Formé dans un pays marqué par la diversité religieuse, il connaît la force du dialogue vécu au quotidien. Cette visite turque est peut-être le premier grand test de cette approche.

En marchant dans la Mosquée Bleue, il ne représente pas seulement Rome. Il incarne aussi cette Amérique qui, malgré ses tensions, a su faire coexister mosquées, synagogues et cathédrales dans tant de villes.

Un pont entre deux mondes, en quelque sorte.

« Le dialogue ne commence pas quand on est d’accord sur tout. Il commence quand on accepte de se parler. »

Léon XIV, lors de son audience générale du 27 novembre

Cette phrase, prononcée deux jours avant son départ, prend aujourd’hui tout son sens.

La journée de samedi s’annonce donc comme un tournant. Pas seulement pour le pontificat de Léon XIV, mais peut-être pour les relations entre chrétiens et musulmans dans une région où les tensions restent vives.

En franchissant le seuil de la Mosquée Bleue, le pape ne fait pas qu’un geste symbolique. Il pose une pierre de plus dans cet édifice fragile mais nécessaire : celui de la paix entre les religions.

Et quelque part, entre les faïences bleues et les prières silencieuses, l’histoire continue de s’écrire.

(Article mis à jour en temps réel selon les informations officielles du Saint-Siège)

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