Imaginez un ancien chef d’État de 70 ans, hier encore à la tête de la cinquième puissance mondiale, qui tente de brûler son bracelet électronique avec un fer à souder pour échapper à la justice. Cette scène, digne d’un thriller politique, s’est réellement produite au Brésil il y a quelques jours. Jair Messias Bolsonaro, figure clivante de l’extrême droite, est aujourd’hui incarcéré et sa défense vient de jouer ce qui ressemble à sa dernière carte : un recours en « nullité » de tout le procès.
Un recours déposé trois jours après l’ordre d’incarcération
Vendredi dernier, les avocats de l’ex-président ont officiellement saisi la justice d’une demande d’annulation totale de la procédure pénale. Ils exigent rien de moins que l’acquittement pur et simple de leur client, condamné à 27 ans de prison pour avoir dirigé une tentative de coup d’État après la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva en octobre 2022.
Ce recours intervient dans un calendrier particulièrement serré. La Cour suprême avait ordonné mardi l’exécution immédiate de la peine. Bolsonaro, qui était jusqu’alors assigné à résidence avec un bracelet électronique, a été placé en détention provisoire dès le samedi suivant, les juges estimant qu’il présentait un « risque élevé de fuite ».
L’incident du bracelet électronique qui a tout fait basculer
L’élément déclencheur ? L’ancien militaire a été surpris en train d’essayer de détruire son dispositif de géolocalisation à l’aide d’un fer à souder. Un geste qui, selon les autorités, ne laissait aucun doute sur ses intentions.
La défense, elle, parle d’un « état de confusion mentale » provoqué par la prise de médicaments. Une explication balayée d’un revers de main par la Haute Cour, qui y a vu une tentative d’évasion caractérisée.
« Il s’agit d’une manœuvre désespérée pour échapper à la justice », a tranché l’un des magistrats instructeurs.
Une condamnation historique pour « organisation criminelle »
En septembre dernier, la Cour suprême a reconnu Jair Bolsonaro coupable d’avoir été le chef d’une organisation criminelle visant à maintenir un pouvoir autoritaire après sa défaite électorale. Le projet, selon l’accusation, allait très loin : il prévoyait même l’assassinat du président élu Lula et de son vice-président.
Seul le refus catégorique du haut commandement militaire aurait empêché la concrétisation de ce plan. Un scénario qui, s’il avait abouti, aurait plongé le Brésil dans le chaos.
Cinq anciens proches collaborateurs de Bolsonaro – généraux, ex-ministres – ont également commencé à purger des peines comprises entre 19 et 26 ans de prison. L’ancien président reste, lui, le symbole de cette tentative de putsch ratée.
Lula célèbre « une leçon de démocratie » au monde entier
Mercredi, le président actuel Luiz Inácio Lula da Silva n’a pas caché sa satisfaction. Devant la presse, il a déclaré que le Brésil venait de donner « une leçon de démocratie » au monde entier.
« Pour la première fois en 500 ans d’histoire de ce pays, quelqu’un est emprisonné pour tentative de coup d’État », a-t-il lancé, visiblement ému.
Ces mots résonnent comme une réponse directe aux soutiens internationaux de Bolsonaro, qui dénoncent une persécution politique.
La bataille juridique est-elle vraiment terminée ?
La Cour suprême estime que tous les recours de Bolsonaro sont épuisés depuis le rejet d’un premier appel début novembre. La défense conteste fermement cette interprétation et affirme que le droit à un procès équitable a été bafoué à plusieurs reprises.
Ce nouveau recours en nullité pourrait donc relancer le débat juridique pendant plusieurs mois, voire années. Même si les chances de succès paraissent minces au regard de la fermeté affichée par les juges.
Des répercussions diplomatiques avec les États-Unis
L’affaire a rapidement dépassé les frontières brésiliennes. Jair Bolsonaro, allié historique de Donald Trump, a bénéficié du soutien bruyant de l’ancien (et peut-être futur) président américain.
Washington avait même imposé des surtaxes douanières punitives au Brésil en guise de représailles, qualifiant le procès de « chasse aux sorcières ». Ces mesures ont finalement été largement allégées après une rencontre entre Lula et des émissaires américains en octobre.
Cet épisode illustre à quel point la condamnation de Bolsonaro divise au-delà du continent sud-américain et pourrait peser sur les relations Brésil-États-Unis dans les mois à venir.
Le quatrième président brésilien derrière les barreaux
Jair Bolsonaro entre dans une liste déjà longue. Depuis la fin de la dictature militaire en 1985, il est le quatrième ancien chef d’État brésilien à connaître la prison.
Cette récurrence interroge sur la maturité démocratique du géant sud-américain, où les transitions de pouvoir restent souvent tumultueuses et où la justice semble parfois instrumentalisée, selon les époques et les camps.
Au-delà du sort personnel de Bolsonaro, c’est toute la question de la responsabilité des anciens dirigeants face à leurs actes qui est posée. Le Brésil parviendra-t-il un jour à tourner définitivement la page des crises institutionnelles à répétition ?
Pour l’instant, l’ancien capitaine purge sa peine dans les locaux de la police fédérale de Brasilia. Et tandis que ses avocats préparent la bataille juridique du siècle, le pays retient son souffle. La démocratie brésilienne sortira-t-elle renforcée ou fragilisée de cet épisode hors norme ? Seul l’avenir le dira.
À retenir : Jair Bolsonaro, 70 ans, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État • Recours en nullité déposé vendredi • Incident du bracelet électronique • Cinq anciens collaborateurs également incarcérés • Lula parle de « leçon de démocratie » • Tensions diplomatiques avec les États-Unis
L’histoire n’est probablement pas terminée. Mais une chose est sûre : rarement un procès n’aura autant cristallisé les passions et les divisions d’un pays tout entier.









