Imaginez la scène : un président fraîchement investi qui, d’un simple message sur son réseau social, efface d’un trait des milliers de décisions prises par son prédécesseur. C’est exactement ce qu’a fait Donald Trump vendredi soir.
Une déclaration qui fait l’effet d’une bombe
En quelques lignes postées sur Truth Social, le 45e et 47e président des États-Unis a annoncé vouloir rendre caduques l’ensemble des textes signés par Joe Biden à l’aide d’une fameuse machine à signer, aussi appelée autopen.
« Tout document signé par Joe l’endormi avec la machine à signer est par la présente annulé et n’a plus aucune force ni effet », a-t-il écrit sans détour.
Les gauchistes cinglés qui entouraient Biden lui ont retiré la présidence.
Donald Trump, Truth Social
Qu’est-ce qu’une machine à signer ?
Contrairement à ce que certains imaginent, cet appareil n’a rien de nouveau ni d’illégal en soi. Il s’agit d’un automate équipé d’un vrai stylo qui reproduit fidèlement la signature d’une personne après enregistrement de son geste.
Utilisée depuis les années 1940 à la Maison Blanche (Harry Truman fut l’un des premiers), la machine permet de signer rapidement des centaines de lettres, photos ou documents officiels sans que le président n’ait à apposer lui-même chaque paraphe.
Barack Obama a été le premier à l’utiliser pour signer une loi alors qu’il était en déplacement à l’étranger. Joe Biden l’a employé régulièrement, comme la quasi-totalité de ses prédécesseurs.
Trump parle d’un « des plus gros scandales » de l’histoire
Pour Donald Trump, l’utilisation de cet outil sous Biden dépasse le simple confort administratif. Il y voit la preuve que le président démocrate était incompétent ou absent, et que son entourage aurait signé en son nom des textes qu’il n’avait jamais lus ni approuvés.
Il va plus loin en affirmant que les collaborateurs de Joe Biden ont « comploté » pour masquer son déclin cognitif supposé et ont ainsi « usurpé » le pouvoir présidentiel.
En juin déjà, il avait demandé au Congrès d’ouvrir une enquête sur cette pratique, parlant alors d’un scandale majeur.
Le problème juridique : peut-on annuler ainsi ?
Voici la question que tout le monde se pose : Donald Trump a-t-il réellement le pouvoir d’annuler rétroactivement des décrets parce qu’ils auraient été signés par une machine ?
La réponse courte : non, probablement pas.
La Cour suprême et de nombreux juristes ont déjà tranché par le passé : une signature réalisée par autopen, si elle est autorisée expressément par le président, est parfaitement valide. L’intention du président prime sur le geste physique.
Annuler des milliers d’ordres exécutifs, de pardons, de nominations ou de traites internationaux sur ce seul critère serait une révolution juridique sans précédent et serait immédiatement attaqué devant les tribunaux.
Une menace directe contre Joe Biden
Le message de Trump va encore plus loin. Il affirme que Joe Biden n’a jamais été « impliqué dans le processus » de la machine à signer et ajoute, menace à peine voilée :
S’il dit qu’il l’a été, il sera poursuivi pour parjure.
Cette phrase laisse entendre que des auditions sous serment pourraient être organisées et que l’ancien président pourrait être mis en difficulté.
Une stratégie politique bien rodée
Depuis des mois, Donald Trump martèle que Joe Biden était un président « fantôme », manipulé par son entourage. La machine à signer est devenue l’un de ses angles d’attaque favoris pour délégitimer l’ensemble de l’administration 2021-2025.
En déclarant ces textes nuls, il cherche à la fois à :
- Justifier a posteriori certaines de ses propres décisions radicales
- Créer un narratif de « reprise en main » après quatre ans de chaos
- Mobiliser sa base en maintenant l’idée d’un coup d’État larvé sous Biden
- Préparer le terrain à d’éventuelles poursuites contre d’anciens responsables démocrates
Quelles conséquences concrètes dans les prochains jours ?
Plusieurs scénarios sont possibles :
- Le département de la Justice (désormais sous contrôle républicain) pourrait émettre des avis internes considérant certains textes comme douteux.
- Des recours en justice pourraient être déposés par des États, entreprises ou associations pour contester la validité de certains règlements.
- Le Congrès pourrait voter des lois pour « confirmer » ou remplacer certains décrets contestés.
- Ou… plus probablement, cette déclaration restera surtout symbolique et servira de carburant médiatique.
Car dans les faits, annuler des milliers de documents d’un claquement de doigts est techniquement très complexe et exposerait l’administration Trump à des centaines de procès.
Un précédent dangereux ?
Certains constitutionnalistes s’inquiètent. Si un président peut, par simple décret ou déclaration, remettre en cause la validité des actes de son prédécesseur sur des critères aussi fragiles, alors la stabilité des institutions est menacée.
Demain, un président démocrate pourrait décider que les pardons accordés par Trump sont nuls parce qu’il était « mentalement incompétent ». Le cercle vicieux serait lancé.
Conclusion : entre symbole et menace réelle
La déclaration de Donald Trump sur la machine à signer est à l’image de son style : provocatrice, spectaculaire et juridiquement hasardeuse.
Elle ne devrait pas, en l’état, annuler automatiquement des milliers de textes. Mais elle installe un climat de délégitimation permanente de l’administration Biden et prépare le terrain à une revanche politique sans merci.
Une chose est sûre : les prochains mois risquent d’être riches en batailles juridiques et en coups d’éclat. Et la petite machine à signer, objet anodin il y a encore quelques années, est devenue l’un des symboles les plus explosifs de la guerre froide entre républicains et démocrates.
À retenir : La validité d’une signature présidentielle ne dépend pas du stylo utilisé, mais de l’intention du président. L’histoire jugera si cette croisade contre l’autopen était une géniale opération politique… ou une dangereuse dérive institutionnelle.
Et vous, pensez-vous que Donald Trump a le pouvoir d’annuler ainsi les actes de Joe Biden ? La machine à signer mérite-t-elle vraiment tout ce scandale ?









