Imaginez un instant : chaque million d’euros supprimé d’un budget humanitaire peut représenter des milliers de vies en moins. C’est exactement ce que dénoncent aujourd’hui les grandes ONG françaises face au projet de loi de finances 2026.
Une coupe budgétaire sans précédent qui fait trembler le secteur
Le gouvernement français envisage de réduire de 700 millions d’euros les crédits dédiés à l’aide publique au développement. Sur un enveloppe totale de 3,7 milliards, cela représente une amputation brutale dans un contexte où les crises humanitaires se multiplient.
Cette décision n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une tendance lourde observée depuis plusieurs années et qui s’accélère dangereusement.
Les voix qui s’élèvent contre ce « désengagement croissant »
Plusieurs responsables d’ONG ont pris la parole pour exprimer leur stupeur et leur colère.
« À chaque fois qu’il y a ne serait-ce qu’un million d’euros qui est coupé, on sait qu’il y a des milliers, voire des millions de personnes derrière qui sont affectées »
Anne Bideau, directrice générale de Plan International France
Sandrine Simon, directrice santé et plaidoyer de Médecins du Monde, parle elle d’une décision qui va « à l’encontre des engagements » pris par la France sur la scène internationale. L’incompréhension est totale.
Stéphane Doyon, de Médecins Sans Frontières – une organisation qui ne dépend pourtant pas des financements publics français –, alerte sur le décalage abyssal entre les besoins croissants et les moyens qui fondent.
Un effet domino mondial
La France n’est pas seule. Début 2025, la décision américaine de démanteler l’USAID sous l’impulsion de Donald Trump avait déjà provoqué une onde de choc planétaire.
Et les chiffres de l’OCDE sont implacables : en 2024, l’aide publique au développement des 32 pays riches et de l’Union européenne a chuté de 7,1 % en termes réels, tombant à 212,1 milliards de dollars. C’est la première baisse en six ans.
À retenir : pendant que les conflits se multiplient (Soudan, Gaza, Ukraine, etc.), les financements pour y répondre s’effondrent.
Des conséquences très concrètes sur le terrain
Pour les associations, ces chiffres abstraits se traduisent par des programmes annulés, des cliniques fermées, des enfants non scolarisés.
Médecins du Monde vient ainsi d’apprendre que l’Agence française de développement ne renouvellera pas son soutien l’an prochain. Conséquence : l’ONG doit programmer son budget 2026 dans une « incertitude très importante », bien plus forte que les années précédentes.
Coordination Sud, qui fédère les associations françaises de solidarité internationale, a fait un calcul glaçant : entre la loi de finances 2024 et le projet 2026, l’aide publique au développement française aura été divisée par deux.
Jusqu’à 22 millions de morts évitables d’ici 2030 ?
Une étude menée par des chercheurs espagnols, brésiliens et mozambicains a modélisé le pire scénario : si les coupes budgétaires massives se poursuivent au rythme actuel, plus de 22 millions de personnes pourraient mourir de causes pourtant évitables d’ici la fin de la décennie.
Ce chiffre, aussi énorme soit-il, n’est pas sorti de nulle part. Il repose sur l’analyse des impacts déjà observés lors des précédentes réductions d’aide.
Les arguments du gouvernement
Du côté de l’exécutif, on assure que cette coupe est dictée par « l’effort nécessaire sur les finances publiques » et non par une quelconque idéologie, contrairement à ce qui s’est passé aux États-Unis.
Une source diplomatique rappelle également que rien n’est encore voté : le Parlement aura le dernier mot.
Mais pour les ONG, attendre le vote final revient à jouer à la roulette russe avec des vies humaines.
Et maintenant ?
Les associations appellent à une mobilisation massive avant l’examen du budget à l’Assemblée nationale. Certaines préparent déjà des amendements, d’autres des campagnes de sensibilisation.
Car au-delà des chiffres, c’est toute la crédibilité internationale de la France qui est en jeu. Un pays qui se targue d’être un champion de la solidarité peut-il vraiment se permettre de tourner le dos aux plus vulnérables au moment où ils en ont le plus besoin ?
La réponse définitive viendra dans quelques semaines. En attendant, des millions de personnes retiendront leur souffle.
Une chose est sûre : quand l’aide recule, ce sont toujours les plus fragiles qui trinquent en premier.
(Article mis à jour en continu selon l’évolution du projet de loi de finances 2026)









