Au cœur de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, une vague d’inquiétude déferle. Des magistrats et des journalistes, figures essentielles de la société, semblent s’évanouir dans l’ombre, sans laisser de traces. Ces disparitions, survenues en l’espace de quelques jours, interrogent sur l’état de la liberté et de la justice dans un pays sous tension. Que se passe-t-il réellement dans ce Burkina Faso dirigé par un régime militaire depuis le coup d’État de septembre 2022 ?
Une Vague de Disparitions qui Secoue le Pays
Depuis le vendredi 10 octobre 2025, plusieurs figures publiques ont été signalées comme enlevées ou portées disparues. Parmi elles, trois magistrats de la cour d’appel de Ouagadougou et deux journalistes des principaux quotidiens privés du pays. Ces événements, survenus dans un climat de suspicion croissante envers le pouvoir en place, jettent une lumière crue sur les pratiques du régime dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Les récits des proches et des sources judiciaires convergent : des individus en civil, souvent associés à l’Agence nationale du renseignement (ANR), seraient impliqués.
Les Journalistes dans la Ligne de Mire
Le lundi 13 octobre, un rédacteur en chef d’un grand quotidien privé, Ousséni Ilboudo, a été interpellé alors qu’il s’apprêtait à animer une réunion éditoriale. Selon des témoignages, des hommes se présentant comme des agents de l’ANR l’ont conduit à bord d’une fourgonnette vers une destination inconnue. Jusqu’à ce jour, aucune nouvelle de lui n’a filtré, plongeant ses collègues dans l’angoisse.
Il a été embarqué sans explication, comme si sa voix dérangeait un pouvoir qui craint la vérité.
Un autre journaliste, Michel Nana, rédacteur en chef adjoint d’un autre quotidien influent, a subi un sort similaire le même jour, aux alentours de 9 heures. Des hommes en civil l’ont appréhendé, sans fournir de motif. Les proches de Nana, encore sous le choc, mènent des recherches pour comprendre où il a été emmené et ce qu’on lui reproche. Ces incidents ne sont pas isolés, mais s’inscrivent dans une série d’actions visant à museler la presse.
Les Magistrats, Cibles d’une Répression Ciblée
Parallèlement, le monde judiciaire n’est pas épargné. Trois magistrats de la cour d’appel de Ouagadougou ont été touchés par cette vague de disparitions. Urbain Méda et Benoît Zoungrana auraient été enlevés respectivement vendredi et dimanche, tandis que Seydou Sanou est porté disparu depuis samedi. Ces hommes, garants de la justice, semblent payer le prix de leur indépendance dans un pays où le pouvoir militaire resserre son emprise.
Une source judiciaire, sous couvert d’anonymat, confie :
Nous vivons dans la peur. Personne ne sait qui sera le prochain, ni pourquoi ces enlèvements ont lieu.
Le silence des autorités face à ces événements alimente les spéculations. S’agit-il d’une tentative d’intimidation des institutions judiciaires, perçues comme un contrepoids au régime ?
Un Contexte de Répression Croissante
Depuis le coup d’État de septembre 2022, le Burkina Faso traverse une période de turbulences. Le régime militaire, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, est régulièrement accusé de réprimer toute voix dissidente. Journalistes, leaders de la société civile, et même proches de figures politiques ont été ciblés. Certains ont été mobilisés de force pour combattre les groupes jihadistes qui sévissent dans le pays, une pratique dénoncée comme une forme de punition déguisée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- Une dizaine de personnes enlevées ou arrêtées ont été libérées ces derniers mois.
- Des officiers, dont un ancien chef d’état-major de la gendarmerie, sont détenus depuis plus d’un an.
- Les accusations de complot ou de tentative de déstabilisation sont fréquemment utilisées pour justifier ces arrestations.
Ces pratiques soulèvent des questions sur la légitimité du régime et son respect des droits humains. La liberté de la presse, en particulier, semble en danger, alors que les journalistes jouent un rôle crucial dans la documentation des abus de pouvoir.
L’Ombre de l’Agence Nationale du Renseignement
L’ANR, souvent mentionnée dans ces affaires, est au centre des critiques. Présentée comme un outil de surveillance et de sécurité, elle est accusée d’agir comme un bras armé du régime pour intimider et neutraliser les opposants. Les enlèvements, réalisés par des hommes en civil à bord de véhicules banalisés, renforcent le sentiment d’insécurité parmi les professionnels des médias et de la justice.
Les témoignages concordent sur un mode opératoire similaire :
- Des individus non identifiés se présentent comme agents de l’ANR.
- Les victimes sont emmenées sans explication ni mandat officiel.
- Les familles et collègues restent sans nouvelles, parfois pendant des jours.
Ce manque de transparence alimente un climat de méfiance envers les institutions. Les citoyens se demandent si l’ANR agit pour protéger la sécurité nationale ou pour consolider le pouvoir d’un régime contesté.
Un Pays sous Pression Jihadiste et Politique
Le Burkina Faso fait face à une double crise. D’un côté, les attaques jihadistes, qui déstabilisent le pays depuis plusieurs années, ont poussé le régime à adopter des mesures extrêmes, y compris la conscription forcée. De l’autre, la répression des voix critiques semble indiquer une volonté de contrôler le récit national. Dans ce contexte, les disparitions de magistrats et de journalistes pourraient être perçues comme une tentative de museler ceux qui documentent ou jugent les actions du pouvoir.
Le tableau suivant résume les récents événements :
| Personne | Profession | Date de disparition | Circonstances |
|---|---|---|---|
| Ousséni Ilboudo | Journaliste | 13 octobre 2025 | Interpellé par l’ANR lors d’une réunion éditoriale |
| Michel Nana | Journaliste | 13 octobre 2025 | Enlevé par des hommes en civil |
| Urbain Méda | Magistrat | 10 octobre 2025 | Enlevé, lieu inconnu |
| Benoît Zoungrana | Magistrat | 12 octobre 2025 | Enlevé, lieu inconnu |
| Seydou Sanou | Magistrat | 11 octobre 2025 | Porté disparu |
Ce tableau illustre l’ampleur et la rapidité de ces disparitions, qui touchent des professions clés pour le fonctionnement d’une société démocratique.
Quelles Conséquences pour l’Avenir du Burkina Faso ?
Ces événements ne sont pas sans conséquences. La disparition de figures judiciaires et médiatiques risque d’affaiblir les institutions démocratiques déjà fragilisées. La justice, garante de l’équité, et la presse, gardienne de la vérité, sont essentielles pour maintenir un équilibre dans un pays en crise. En les ciblant, le régime pourrait chercher à consolider son pouvoir, mais au prix d’une érosion de la confiance publique.
Les organisations internationales de défense des droits humains appellent à une enquête transparente. Pourtant, le silence des autorités burkinabè laisse peu d’espoir d’une résolution rapide. Les familles des disparus, quant à elles, oscillent entre désespoir et détermination à obtenir des réponses.
Nous ne cesserons pas de chercher la vérité, même si elle dérange.
Ce cri du cœur, relayé par un proche d’une des victimes, résume l’état d’esprit de ceux qui refusent de se taire face à l’injustice.
Un Appel à la Vigilance Internationale
La communauté internationale doit-elle intervenir ? Les disparitions au Burkina Faso ne sont pas un cas isolé, mais s’inscrivent dans une tendance régionale où les régimes autoritaires cherchent à museler les voix critiques. Les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains pourraient jouer un rôle clé en mettant la pression sur le gouvernement burkinabè pour qu’il rende des comptes.
En attendant, les citoyens burkinabè vivent dans l’incertitude. Chaque disparition renforce le sentiment d’insécurité et de méfiance envers les institutions. Pourtant, l’histoire montre que la résilience des peuples face à l’oppression finit souvent par triompher. La question reste : à quel prix ?
Alors que le Burkina Faso navigue entre crises jihadistes et tensions politiques, ces disparitions jettent une ombre sur l’avenir du pays. Les journalistes et magistrats, en première ligne, incarnent le combat pour la vérité et la justice. Leur silence forcé est un cri d’alarme pour tous ceux qui chérissent la liberté.









