Imaginez-vous forcé de quitter votre maison en pleine nuit, sous la menace d’hommes armés, sans savoir où aller ni ce que l’avenir vous réserve. C’est la réalité tragique vécue par des dizaines de familles alaouites dans un quartier de Damas, la capitale syrienne. Ces derniers jours, des témoignages poignants ont émergé, révélant une situation de peur et de chaos dans un pays déjà marqué par des années de guerre et de bouleversements politiques. Ce drame, survenu dans le quartier de Soumariya, met en lumière les tensions persistantes entre communautés et les défis d’une Syrie en transition.
Un Exode Forcé sous la Menace
Dans le quartier de Soumariya, à l’ouest de Damas, des hommes armés, certains masqués, ont fait irruption jeudi, semant la panique parmi les habitants. Ces derniers, majoritairement issus de la minorité alaouite, ont été sommés de quitter leurs domiciles sous peine de mort. Selon des témoignages recueillis, les assaillants, parfois vêtus de noir comme des forces de sécurité, ont utilisé la violence, y compris des matraques électriques, pour forcer les résidents à partir. Une étudiante, restée anonyme par peur de représailles, a décrit la terreur :
« Ils nous ont donné un ultimatum : quittez vos maisons ou mourez. Nous avons pris ce que nous pouvions et nous sommes partis, sans savoir où aller. »
Ce n’est pas un incident isolé. Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, renversé par une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites dirigée par Ahmad al-Chareh, les tensions intercommunautaires se sont exacerbées. Les alaouites, communauté dont est issu l’ancien président, sont particulièrement visés dans certaines régions, notamment à la périphérie de Damas.
Une Communauté sous Pression
Les alaouites, qui représentent environ 10 à 12 % de la population syrienne, ont longtemps été associés au régime d’Assad, occupant des postes clés dans l’administration et l’armée. Cette proximité avec l’ancien pouvoir les rend vulnérables aux représailles dans le contexte actuel. En mars 2024, des affrontements dans l’ouest du pays ont déjà coûté la vie à plus de 1 700 personnes, principalement des alaouites, selon une organisation de défense des droits humains. Ces violences ont laissé des cicatrices profondes, et les récents événements à Soumariya ravivent ces blessures.
Les quartiers comme Soumariya, souvent construits sur des terrains confisqués sous l’ancien régime, abritent des milliers de familles, dont d’anciens officiers et fonctionnaires. Ces zones, autrefois symboles de la mainmise du pouvoir alaouite, sont aujourd’hui des cibles pour des factions cherchant à affirmer leur contrôle ou à régler des comptes.
Des Promesses Fragiles face à la Réalité
Face à la gravité de la situation, les autorités locales ont tenté de calmer les esprits. Mazhar Chair, responsable municipal de Soumariya, a affirmé que la situation était sous contrôle et a appelé les habitants à rester chez eux. Il a évoqué la mise en place d’une commission pour surveiller les violations des droits humains, promettant des améliorations rapides. Cependant, ces déclarations peinent à convaincre. Comme l’a souligné Youssef, un père de famille de 39 ans :
« Les menaces, nous les voyons sur le terrain. Les promesses, elles, ne sont que sur les réseaux sociaux. J’ai des enfants, je ne peux pas risquer leur vie. »
Youssef et sa famille ont finalement quitté Damas pour rejoindre leur ville d’origine, dans la région de Homs. Ce choix, partagé par de nombreuses familles, reflète un sentiment d’insécurité généralisé. Selon des témoignages, aucun habitant n’est revenu à Soumariya dans l’immédiat, malgré les assurances officielles.
Un Contexte de Transition Chaotique
La Syrie traverse une période de bouleversements majeurs depuis la chute d’Assad. Le nouveau pouvoir, dirigé par Ahmad al-Chareh, peine à instaurer une stabilité durable. Les factions armées, souvent divisées, imposent leur loi dans certaines zones, exacerbant les tensions communautaires. Les alaouites, perçus comme des soutiens de l’ancien régime, sont particulièrement vulnérables. Les récents événements à Damas s’inscrivent dans une série d’incidents visant cette communauté, notamment dans les quartiers périphériques de la capitale.
Chiffres clés du drame :
- Quartier ciblé : Soumariya, à l’ouest de Damas.
- Population affectée : Des dizaines de familles alaouites.
- Méthodes utilisées : Menaces, violence, matraques électriques.
- Contexte : Chute d’Assad en décembre 2024, tensions intercommunautaires.
Un Avenir Incertain pour les Déplacés
Pour les familles forcées de quitter Soumariya, l’avenir est marqué par l’incertitude. Beaucoup, comme Youssef, ont choisi de rejoindre des régions qu’ils jugent plus sûres, mais ces déplacements s’accompagnent de défis majeurs. Sans ressources ni destination claire, les déplacés risquent de se retrouver dans des conditions précaires. Certains habitants, coincés dans leurs maisons par peur ou par manque d’options, vivent dans l’angoisse d’une nouvelle vague de violences.
Les organisations de défense des droits humains ont appelé à une intervention urgente pour protéger les civils et garantir leur sécurité. Cependant, dans un pays où les institutions sont fragilisées et les factions armées influentes, ces appels peinent à trouver un écho concret.
Un Symbole des Divisions Syriennes
Les événements de Soumariya ne sont pas seulement un drame humain ; ils reflètent les fractures profondes qui traversent la société syrienne. La transition politique, loin d’apaiser les tensions, semble avoir ravivé des rivalités anciennes. Les alaouites, bien que minoritaires, sont devenus un symbole des luttes de pouvoir dans un pays où la coexistence communautaire est mise à rude épreuve.
Pourtant, des voix s’élèvent pour appeler à la réconciliation. Les comités locaux, mentionnés par les autorités, tentent de jouer un rôle de médiation, mais leur impact reste limité face à la méfiance généralisée. La reconstruction d’une Syrie unie nécessitera bien plus que des promesses : elle exigera des actions concrètes pour protéger toutes les communautés et restaurer la confiance.
Que Faire Face à Cette Crise ?
Face à cette situation, plusieurs pistes d’action émergent :
- Protection des civils : Mettre en place des mesures concrètes pour garantir la sécurité des habitants, notamment dans les zones sensibles.
- Enquêtes indépendantes : Investiguer les actes de violence pour identifier et juger les responsables.
- Aide humanitaire : Soutenir les familles déplacées avec des abris, de la nourriture et des services de base.
- Dialogue intercommunautaire : Favoriser des initiatives de réconciliation pour apaiser les tensions entre groupes.
Ces mesures, bien que nécessaires, demandent une coordination et une volonté politique qui font encore défaut. En attendant, les familles alaouites de Soumariya, comme tant d’autres Syriens, continuent de payer le prix d’un conflit qui semble loin d’être résolu.
Ce drame à Damas nous rappelle une vérité douloureuse : la paix en Syrie reste un objectif lointain. Chaque famille chassée de chez elle, chaque vie brisée par la peur, est un appel à l’action pour la communauté internationale et les acteurs locaux. La question demeure : qui écoutera cet appel ?