Dans un monde où les tensions géopolitiques redessinent les alliances, la ville portuaire de Tianjin, dans le nord de la Chine, s’apprête à devenir le théâtre d’un événement diplomatico-militaire d’envergure. Ce week-end, des chefs d’État et de gouvernement du monde entier convergent vers cette métropole pour participer à un sommet d’une importance capitale, orchestré par le président chinois Xi Jinping. Ce rendez-vous, organisé sous l’égide de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ne se contente pas de réunir des leaders : il met en lumière l’ambition de la Chine de s’imposer comme un acteur incontournable sur la scène internationale, à la fois par la diplomatie et par une impressionnante démonstration de force militaire.
Un Sommet pour Redéfinir les Équilibres Mondiaux
Le sommet de l’OCS, prévu sur deux jours, s’annonce comme l’un des plus grands depuis la création de l’organisation en 2001. Avec une participation attendue d’une vingtaine de chefs d’État, de gouvernements et de représentants d’organisations internationales, l’événement illustre l’influence croissante de la Chine dans les affaires globales. Des figures majeures comme Vladimir Poutine, président de la Russie, Massoud Pezeshkian, président de l’Iran, Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie, et Narendra Modi, Premier ministre indien, sont attendus. Mais ce sommet ne se limite pas à une simple réunion diplomatique : il s’inscrit dans un contexte de crises multiples, de la guerre en Ukraine aux tensions commerciales avec les États-Unis.
Pourquoi ce sommet attire-t-il autant l’attention ? Parce qu’il réunit des acteurs clés d’un monde en pleine mutation, où les alliances traditionnelles sont remises en question. L’OCS, avec ses 10 États membres et ses 16 pays observateurs ou partenaires, représente près de la moitié de la population mondiale et une part significative du PIB global. Elle se positionne comme une alternative aux organisations occidentales, souvent perçues comme dominées par les États-Unis.
Une Diplomatie Orchestrée par Xi Jinping
Le président chinois Xi Jinping a accueilli les premiers dirigeants à Tianjin avec une assurance qui reflète la montée en puissance de son pays. Parmi les premiers arrivés, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a ouvert le bal des entretiens bilatéraux, suivi des chefs de gouvernement égyptien, cambodgien et népalais, ainsi que du chef de la junte birmane, Min Aung Hlaing. Ces rencontres, soigneusement mises en scène, témoignent de la capacité de la Chine à rassembler des acteurs divers, même dans un contexte de tensions régionales et internationales.
« Les relations avec la Russie sont les plus stratégiquement importantes existant entre grands pays », a déclaré Xi Jinping, soulignant l’importance de l’axe sino-russe dans un monde « troublé et changeant ».
Cette déclaration, relayée par les médias officiels, met en lumière une volonté claire : renforcer les partenariats stratégiques face à ce que Pékin perçoit comme une hégémonie occidentale. La présence de leaders comme Kim Jong Un, le dirigeant nord-coréen, qui effectue une rare sortie hors de son pays, ajoute une dimension symbolique à l’événement. Allié historique de la Chine, la Corée du Nord trouve dans ce sommet une occasion de s’afficher aux côtés de son puissant voisin.
Une Démonstration de Puissance Militaire
Si la diplomatie est au cœur du sommet, la Chine ne manque pas de rappeler sa puissance militaire. À l’issue du sommet, certains dirigeants, dont Vladimir Poutine et Massoud Pezeshkian, prolongeront leur séjour pour assister à un défilé monumental à Pékin. Cet événement, célébrant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, promet d’être une vitrine spectaculaire des capacités militaires chinoises. Des chars rutilants aux missiles dernier cri, ce défilé ne se contentera pas de commémorer l’histoire : il enverra un message clair sur la place de la Chine dans l’ordre mondial.
Les autorités chinoises présentent ce défilé comme une célébration de la paix, affirmant que leur arsenal militaire garantit la stabilité mondiale. Pourtant, dans un contexte de rivalités croissantes avec les États-Unis et leurs alliés, cette démonstration de force ne passe pas inaperçue. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à projeter une image de puissance et d’autonomie.
Le saviez-vous ? L’Organisation de coopération de Shanghai représente près de 50 % de la population mondiale, ce qui en fait l’une des alliances les plus influentes sur la scène internationale.
L’OCS : Un Contrepoids à l’OTAN ?
L’Organisation de coopération de Shanghai est souvent présentée comme un contrepoids à l’OTAN, l’alliance militaire occidentale. En réunissant des puissances comme la Chine, la Russie, l’Inde et l’Iran, l’OCS ambitionne de promouvoir un ordre mondial multipolaire. Contrairement à l’OTAN, qui repose sur une logique de confrontation militaire, l’OCS met l’accent sur la coopération économique, sécuritaire et culturelle. Mais cette ambition ne va pas sans défis, car les tensions internes, notamment entre la Chine et l’Inde, restent un obstacle.
Le sommet de Tianjin intervient dans un contexte de crises globales : guerre en Ukraine, tensions sur le dossier nucléaire iranien, rivalités commerciales avec les États-Unis. Ces enjeux seront au cœur des discussions bilatérales, notamment entre Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Massoud Pezeshkian. La Russie, en particulier, cherche à consolider son partenariat avec la Chine pour contrer les sanctions occidentales.
Rapprochement Sino-Indien : Une Nouvelle Donne ?
Un des points d’intérêt majeurs du sommet est la présence de Narendra Modi, Premier ministre indien. Sa visite, la première en Chine depuis 2018, marque une tentative de rapprochement entre les deux géants asiatiques après des années de tensions, notamment à cause d’un conflit frontalier en 2020. Ce réchauffement des relations intervient alors que l’Inde, comme la Chine, fait face à des pressions commerciales de la part des États-Unis.
Pourtant, Modi ne participera pas au défilé militaire, un choix qui reflète peut-être une volonté de maintenir une certaine distance dans un contexte de rivalité régionale. Ce sommet offre néanmoins une opportunité unique pour la Chine et l’Inde de renforcer leur coopération au sein de l’OCS, notamment sur des questions économiques et sécuritaires.
« La Russie voudrait rallier l’Inde à sa cause, et les frictions commerciales avec les États-Unis offrent cette opportunité », analyse Lim Tai Wei, expert de l’Asie de l’Est.
Les Enjeux Géopolitiques du Sommet
Le sommet de Tianjin n’est pas qu’une réunion diplomatique : il s’inscrit dans une stratégie globale de la Chine pour redéfinir les équilibres mondiaux. Voici les principaux enjeux :
- Renforcer l’axe sino-russe : La Chine et la Russie affichent leur unité face aux pressions occidentales, notamment sur le conflit en Ukraine.
- Promouvoir le multilatéralisme : L’OCS se veut un modèle d’un monde multipolaire, loin des logiques de la Guerre froide.
- Consolider l’influence régionale : La Chine cherche à rallier des partenaires asiatiques, comme l’Inde, pour contrer l’influence des États-Unis.
- Démontrer sa puissance : Le défilé militaire envoie un message clair sur les ambitions globales de Pékin.
Dans un monde marqué par l’incertitude, la Chine utilise ce sommet pour affirmer sa vision : un ordre international où elle joue un rôle central. Mais cette ambition ne va pas sans risques, notamment face aux rivalités internes à l’OCS et aux suspicions des pays occidentaux.
Un Message pour le Monde
Le sommet de Tianjin et le défilé militaire qui suivra ne sont pas de simples événements protocolaires. Ils incarnent la volonté de la Chine de se poser en leader d’un nouvel ordre mondial, où la coopération entre puissances non occidentales prime. En réunissant des leaders aussi divers que Kim Jong Un, Narendra Modi ou Vladimir Poutine, Xi Jinping envoie un signal fort : la Chine est prête à assumer un rôle de premier plan, tant sur le plan diplomatique que militaire.
Mais ce sommet soulève aussi des questions. La Chine parviendra-t-elle à maintenir l’unité au sein de l’OCS, malgré les tensions entre ses membres ? Les rapprochements sino-indiens résisteront-ils aux défis régionaux ? Et surtout, comment les États-Unis et leurs alliés réagiront-ils à cette démonstration de force ? Une chose est sûre : les décisions prises à Tianjin auront des répercussions bien au-delà des frontières asiatiques.
En résumé : Le sommet de l’OCS à Tianjin est bien plus qu’une réunion diplomatique. C’est une affirmation de la puissance chinoise, un pari sur le multilatéralisme et une tentative de redéfinir les équilibres mondiaux. À suivre de près.