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Guyana : Éviter la Malédiction du Pétrole

Le Guyana, petit pays aux immenses réserves pétrolières, rêve de prospérité. Mais la manne pétrolière profite-t-elle vraiment à tous ? Découvrez les enjeux...

Dans un coin reculé de l’Amérique du Sud, un petit pays attire l’attention du monde entier. Avec des réserves pétrolières parmi les plus importantes par habitant, le Guyana se trouve à un tournant décisif de son histoire. Mais derrière la promesse d’une richesse colossale se cache une question cruciale : ce trésor noir sera-t-il une bénédiction ou une malédiction ? Entre espoirs de développement et réalités sociales complexes, ce pays de 850 000 âmes s’efforce de transformer sa manne pétrolière en un avenir prospère pour tous.

Un pays à la croisée des chemins

Le Guyana, niché entre le Venezuela et le Suriname, est un acteur récent sur la scène pétrolière mondiale. Depuis 2019, date du début de l’exploitation de ses gisements offshore, le pays a vu son économie exploser, avec une croissance économique record de 43,6 % en 2024, la plus élevée d’Amérique latine. Avec plus de 11 milliards de barils estimés, les réserves pétrolières par habitant dépassent même celles du Koweït. Pourtant, sur le terrain, la réalité est bien différente pour de nombreux Guyanais.

Dans des quartiers comme Chateau Margot, à Georgetown, la capitale, la vie quotidienne reste marquée par la précarité. Les habitants, comme Shaun Ferrier, un gardien de 52 ans, vivent dans des conditions rudimentaires. Sa maison, une modeste construction en bois sans eau courante ni électricité, illustre le fossé entre la richesse pétrolière et le quotidien des plus démunis. Malgré les aides gouvernementales, la manne pétrolière semble encore loin d’améliorer concrètement la vie des plus pauvres.

La malédiction de l’or noir : un risque bien réel

Le Guyana est confronté à un défi connu sous le nom de malédiction des ressources, ou syndrome hollandais. Ce phénomène économique, observé dans certains pays riches en ressources naturelles, décrit une situation où l’afflux de revenus issus d’une ressource, comme le pétrole, entraîne une stagnation ou un déclin d’autres secteurs économiques. L’industrie locale s’affaiblit, l’inflation grimpe, et les inégalités se creusent, laissant une grande partie de la population à l’écart des bénéfices.

« Pourquoi souffririons-nous du mal néerlandais ? Nous ne sommes pas néerlandais ! »

Juan Edghill, ministre des Travaux publics

Cette boutade du ministre reflète l’optimisme affiché par le gouvernement, qui insiste sur une gestion prudente des revenus pétroliers. Pourtant, les critiques ne manquent pas. Amanzia Walton-Desir, candidate à la présidentielle, pointe du doigt une mauvaise répartition des richesses : « Nous avons une richesse qui entre dans ce pays comme jamais auparavant, mais les gens sont toujours pauvres. » Pour elle, les politiques actuelles, axées sur des projets d’infrastructure coûteux et des aides directes, alimentent l’inflation sans résoudre les problèmes structurels.

Une économie en pleine transformation

Depuis l’entrée en production pétrolière, le Guyana a vu son budget national quadrupler en cinq ans, atteignant 6,7 milliards de dollars en 2025. Ces fonds, en partie versés dans un fonds souverain, financent des projets ambitieux : routes, ponts, écoles et hôpitaux. Le gouvernement met en avant plus de 5 000 projets publics, visant à moderniser le pays et à diversifier son économie pour éviter une dépendance excessive au pétrole.

Le président sortant, Irfaan Ali, promet un avenir radieux, avec une production pétrolière qui devrait passer de 650 000 barils par jour à plus d’un million d’ici 2030. Les investissements dans l’éducation et la santé sont également au cœur de son discours, avec pour ambition de créer un « Guyana prospère » où chaque citoyen bénéficierait des richesses nationales.

Quelques chiffres clés du Guyana pétrolier :

  • 11 milliards de barils estimés en réserves pétrolières.
  • 43,6 % de croissance économique en 2024, la plus forte d’Amérique latine.
  • 6,7 milliards de dollars de budget national en 2025.
  • 100 000 dollars guyanais (410 euros) d’aides annuelles par enfant.

Les défis du quotidien : inflation et inégalités

Malgré les promesses, la réalité est plus nuancée. L’inflation, officiellement autour de 4 %, touche durement les habitants. Les prix des produits alimentaires ont explosé, rendant le coût de la vie « hors de portée » pour beaucoup, selon Cris Ram, avocat et militant de la société civile. Les aides financières, comme les 100 000 dollars guyanais par an et par enfant, apportent un soutien, mais elles ne suffisent pas à transformer le quotidien des familles comme celle de Shaun Ferrier.

Shaun, qui travaille 12 heures par nuit comme gardien pour un salaire de 450 euros par mois, résume la frustration de nombreux Guyanais : « Ce sont les gros qui gagnent de l’argent, pas les pauvres. » Sa famille, entassée dans une maison de fortune, dépend d’un panneau solaire pour un minimum de lumière et utilise un simple trou comme toilettes. Pour eux, le pétrole reste une richesse abstraite, loin de leur réalité.

Les critiques de l’opposition : un ruissellement inefficace

L’opposition, emmenée par des figures comme Amanzia Walton-Desir, dénonce une gestion inefficace des ressources. Selon elle, la stratégie du gouvernement, basée sur un modèle de ruissellement économique, ne fonctionne pas. Les grands projets d’infrastructure, souvent présentés comme des symboles de progrès, sont critiqués pour leur manque d’impact concret. Cris Ram ironise : « Ils construisent des bâtiments fantastiques… si vous aimez couper des rubans. »

« Pour chaque dollar dépensé sur les infrastructures, 41 centimes sont gaspillés. »

Amanzia Walton-Desir, candidate à la présidentielle

Un exemple frappant est celui d’un hôpital récemment construit, mais inutilisable faute d’équipements, de personnel médical ou même d’électricité. Ces projets, bien que spectaculaires sur le papier, ne répondent pas toujours aux besoins urgents de la population, comme l’accès à des soins de qualité ou à des emplois stables.

Vers un avenir durable ?

Le Guyana se trouve donc à un carrefour. D’un côté, les revenus pétroliers offrent une opportunité unique de sortir de la pauvreté et de bâtir une économie diversifiée. De l’autre, les risques d’inégalités croissantes, d’inflation galopante et de mauvaise gestion menacent cet élan. Le gouvernement insiste sur sa volonté d’investir dans l’éducation et la santé, deux secteurs clés pour assurer un développement à long terme.

Pour éviter la malédiction du pétrole, le pays doit également diversifier son économie. L’agriculture, le tourisme et les énergies renouvelables pourraient devenir des piliers alternatifs, réduisant la dépendance au pétrole. Mais cela nécessite une gouvernance transparente et une répartition équitable des richesses, deux défis majeurs dans un pays où les accusations de corruption se multiplient.

Défi Solution envisagée
Inflation Contrôler les dépenses publiques et stabiliser les prix
Inégalités Investir dans l’éducation et la santé pour tous
Dépendance pétrolière Diversifier l’économie (agriculture, tourisme)

L’espoir des générations futures

Pour des familles comme celle de Shaun Ferrier, l’avenir repose sur les enfants. Les aides financières, bien que modestes, permettent d’envisager une meilleure éducation pour la prochaine génération. Shaun et sa femme Naomi rêvent d’un Guyana où leurs enfants auront accès à des opportunités qu’eux-mêmes n’ont jamais eues. Mais pour que ce rêve devienne réalité, le pays devra surmonter des obstacles structurels et sociaux.

Le scrutin présidentiel, qui se tient en ce moment, est un moment clé. Les candidats, qu’il s’agisse du président sortant ou de ses rivaux, promettent tous un avenir meilleur. Mais les Guyanais, lassés des promesses, attendent des résultats concrets : des écoles équipées, des hôpitaux fonctionnels, et une économie qui profite à tous, pas seulement à une élite.

Un modèle à inventer

Le Guyana a une chance unique de devenir un modèle de développement pour les petits pays riches en ressources. Mais pour cela, il devra éviter les pièges qui ont englouti d’autres nations pétrolières. Une gouvernance transparente, des investissements judicieux et une attention portée aux plus vulnérables seront essentiels pour transformer l’or noir en opportunités durables.

En attendant, des hommes comme Shaun continuent de travailler dur, espérant que la richesse qui coule sous leurs pieds finira par améliorer leur quotidien. Le chemin est encore long, mais le Guyana a toutes les cartes en main pour réécrire son histoire. Reste à savoir s’il saura les jouer correctement.

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