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Guinée : Vers un Référendum Constitutionnel Controversé

En Guinée, la société civile exige le report du référendum constitutionnel, dénonçant répression et manque de transparence. Que cache ce scrutin ? La suite va vous surprendre.

En Guinée, un vent de contestation souffle à l’approche d’un référendum constitutionnel prévu pour le 21 septembre. Alors que le pays est dirigé par une junte militaire depuis le coup d’État de 2021, la société civile hausse le ton, dénonçant un processus électoral opaque et une répression grandissante. Ce scrutin, censé marquer une étape vers un retour à l’ordre constitutionnel, soulève des questions brûlantes : est-il un pas vers la démocratie ou un moyen pour la junte de consolider son pouvoir ?

Un Référendum Sous Haute Tension

Depuis que le général Mamadi Doumbouya a pris le pouvoir en renversant le président Alpha Condé en 2021, la Guinée vit sous un régime de transition. Ce référendum, annoncé comme un jalon vers des élections démocratiques, divise profondément. La société civile, regroupée au sein du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG), qui fédère une quarantaine d’organisations, appelle à suspendre ce processus. Pourquoi ? Parce que les préparatifs sont jugés insuffisants, voire biaisés.

Le FFSG pointe du doigt plusieurs problèmes majeurs : l’absence d’un fichier électoral fiable, le refus des opposants de se faire recenser, et une mainmise excessive du ministère de l’Administration territoriale sur l’organisation du scrutin. Ces critiques ne sont pas anodines dans un pays où la confiance envers les institutions est déjà fragile, après des décennies de régimes autoritaires.

Le processus est clivant, mal préparé et répressif. Il doit être suspendu pour garantir une transition véritablement démocratique.

Forum des Forces Sociales de Guinée

Une Constitution Ambiguë

Le projet de Constitution au cœur du référendum est un sujet de débat brûlant. Bien qu’il soit présenté comme une étape vers un retour à l’ordre constitutionnel, il reste flou sur un point crucial : la possibilité pour le général Doumbouya de se présenter à une future élection présidentielle. Actuellement, une charte de transition, établie après le coup d’État, interdit aux membres de la junte et des institutions de transition de participer aux élections. Mais une nouvelle Constitution pourrait lever cette interdiction, alimentant les craintes d’une confiscation du pouvoir.

L’opposition, de son côté, y voit une manœuvre pour prolonger l’emprise de la junte. Plusieurs partis, dont l’ancienne formation au pouvoir, le RPG, ont été suspendus pour trois mois, officiellement pour non-respect de leurs obligations. Cette décision, prise à quelques semaines du référendum, renforce les accusations de répression ciblée.

Les faits clés du référendum :

  • Date : 21 septembre
  • Objectif : Adopter une nouvelle Constitution
  • Enjeux : Retour à l’ordre constitutionnel ou consolidation du pouvoir militaire ?
  • Acteurs principaux : Junte militaire, société civile, partis d’opposition

Une Opposition Muselée

La situation des opposants en Guinée est alarmante. Depuis 2022, la junte a interdit toute manifestation, une mesure qui a étouffé les voix dissidentes. Plusieurs leaders politiques ont été arrêtés, condamnés, ou contraints à l’exil. Plus inquiétant encore, deux opposants sont portés disparus depuis juillet 2024, un fait qui accentue le climat de peur. Cette répression systématique limite la capacité de l’opposition à mobiliser ses partisans, notamment à l’approche du référendum.

En parallèle, la suspension de partis politiques majeurs, comme le RPG, illustre une volonté de contrôler le paysage politique. La junte justifie ces mesures par des motifs administratifs, mais pour beaucoup, il s’agit d’une stratégie pour neutraliser toute contestation avant le scrutin. Cette situation soulève une question essentielle : un référendum peut-il être légitime dans un contexte où la liberté d’expression est aussi restreinte ?

Les Défis d’un Scrutin Transparent

Un référendum réussi repose sur des bases solides : un fichier électoral fiable, une organisation indépendante, et une campagne ouverte à tous. En Guinée, ces conditions semblent loin d’être réunies. Le FFSG dénonce l’absence d’un registre électoral certifié, un problème qui pourrait fausser les résultats. De plus, l’organe chargé des élections est sous la coupe du ministère de l’Administration territoriale, ce qui compromet son impartialité.

La société civile craint également que le processus ne soit marqué par des irrégularités. Par exemple, le recensement des électeurs a été boycotté par plusieurs leaders de l’opposition, ce qui pourrait réduire la représentativité du scrutin. Dans ce contexte, le référendum risque de devenir un simple outil de légitimation pour la junte, plutôt qu’un véritable exercice démocratique.

Problèmes signalés Conséquences potentielles
Absence de fichier électoral certifié Risque de fraudes et résultats contestés
Contrôle par le ministère Perte d’indépendance du scrutin
Répression de l’opposition Climat de peur et faible participation

Un Appel à la Mobilisation

Face à ces défis, la société civile et l’opposition ne baissent pas les bras. Le FFSG a appelé à des manifestations à partir du 5 septembre, malgré l’interdiction en vigueur. Cet appel reflète une volonté de faire entendre une voix alternative, dans un contexte où les espaces d’expression se réduisent. Mais organiser des protestations dans un climat de répression est risqué, et les Guinéens se trouvent face à un dilemme : se taire ou braver les interdits.

Ce mouvement de contestation montre que, malgré les obstacles, une partie de la population reste déterminée à défendre ses droits. La question est de savoir si cette mobilisation pourra influencer la junte ou si elle sera, une fois encore, réprimée dans l’ombre.

Un Passé Dictatorial en Toile de Fond

Pour comprendre l’ampleur des enjeux, il faut se pencher sur l’histoire de la Guinée. Pendant des décennies, le pays a été marqué par des régimes autoritaires, où les transitions démocratiques ont souvent été des façades. Ce passé pèse lourd dans les esprits, et beaucoup craignent que le référendum ne soit qu’une nouvelle étape dans ce cycle. La méfiance envers la junte est d’autant plus forte que les promesses de démocratisation n’ont, jusqu’à présent, pas été suivies d’actes concrets.

Le général Doumbouya, en s’appuyant sur une rhétorique de rupture avec l’ancien régime, avait suscité un espoir prudent en 2021. Mais les mesures répressives et les ambiguïtés autour de la nouvelle Constitution ont terni cette image. Pour beaucoup, le référendum est un test : la Guinée peut-elle sortir de cette spirale autoritaire, ou s’enfonce-t-elle davantage ?

Vers un Avenir Incertain

À l’approche du 21 septembre, la Guinée se trouve à un carrefour. Le référendum pourrait, en théorie, poser les bases d’une transition démocratique. Mais dans les conditions actuelles, marquées par la répression et l’opacité, il risque au contraire d’aggraver les tensions. La société civile, en demandant un report, cherche à éviter un scrutin précipité qui ne ferait qu’entériner le statu quo.

Les semaines à venir seront décisives. La capacité de la junte à répondre aux critiques, en garantissant plus de transparence et en libérant l’espace politique, déterminera si ce référendum sera perçu comme légitime ou comme une nouvelle manœuvre autoritaire. Pour l’instant, le peuple guinéen retient son souffle, partagé entre espoir et méfiance.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le référendum du 21 septembre divise profondément la Guinée.
  • La société civile dénonce un processus opaque et répressif.
  • L’opposition est muselée, avec des partis suspendus et des leaders disparus.
  • L’avenir de la transition démocratique reste incertain.

En conclusion, le référendum constitutionnel en Guinée est bien plus qu’un simple vote. Il cristallise les espoirs et les craintes d’un peuple en quête de stabilité et de démocratie. Alors que la campagne s’ouvre, les regards se tournent vers la junte : optera-t-elle pour l’ouverture ou pour un durcissement de sa mainmise ? L’histoire de la Guinée, marquée par des luttes pour la liberté, nous rappelle que rien n’est joué. Ce scrutin pourrait être un tournant, mais pour quel avenir ?

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