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Ogiek du Kenya : Chassés de Leurs Forêts Ancestrales

Les Ogiek, derniers chasseurs-cueilleurs du Kenya, sont chassés de leur forêt ancestrale. Leur combat pour la justice et la survie émeut. Que deviendront-ils ?

Imaginez-vous réveillé un matin par le bruit des haches et des marteaux, des hommes en uniforme démolissant votre maison sans préavis. C’est la réalité brutale vécue par les Ogiek, une communauté de chasseurs-cueilleurs au Kenya, expulsée de la forêt de Mau, leur foyer ancestral. Leur histoire, empreinte de résilience et de douleur, soulève des questions brûlantes sur les droits des peuples autochtones et la préservation de la nature.

Une Communauté Déchirée par les Expulsions

Dans la vallée du Rift, à quelques kilomètres de Narok, les vestiges d’une maison en bois témoignent d’une tragédie silencieuse. Les Ogiek, l’une des dernières communautés de chasseurs-cueilleurs d’Afrique, ont vu leurs foyers détruits fin 2023 par des gardes-forestiers et des forces de sécurité kényanes. Sans explication ni avertissement, des centaines de familles ont été chassées de la forêt de Mau, un écosystème vital pour des millions de Kényans.

Pour les Ogiek, cette forêt n’est pas seulement un lieu de vie : elle est le cœur de leur identité culturelle. Leur mode de vie, basé sur la chasse, la cueillette et l’apiculture, dépend entièrement de cet environnement. Pourtant, les autorités justifient ces expulsions par la nécessité de protéger la forêt, un argument qui sonne creux face aux décennies de persécutions subies par ce peuple.

Un Combat pour la Reconnaissance Légale

Les Ogiek ne se battent pas seulement pour leur survie physique, mais aussi pour la reconnaissance de leurs droits. En 2017 et 2022, la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples a déclaré ces expulsions illégales, ordonnant au gouvernement kényan de verser plus d’un million d’euros en réparations et de reconnaître officiellement les terres ancestrales des Ogiek. Malgré ces verdicts, Nairobi reste silencieux, laissant la communauté dans l’incertitude.

“Nous sommes un petit peuple. Même si nous essayons de voter, ils nous considèrent comme des moins que rien. Alors ils nous méprisent.”

Salaton Nadumwangop, membre de la communauté Ogiek

Ce mépris institutionnel pousse les Ogiek à chercher d’autres moyens de faire entendre leur voix. L’Organisation pour le développement du peuple Ogiek (OPDP), une ONG représentant plus de 50 000 membres, joue un rôle clé dans cette lutte. Elle documente les injustices et organise des festivals culturels pour préserver les traditions et sensibiliser à leur cause.

Une Vie Bouleversée par l’Exil

Chassés de la forêt, les Ogiek se retrouvent déracinés, contraints de louer des logements à l’extérieur, loin de leur mode de vie autosuffisant. Autrefois, ils vivaient sans loyer, se nourrissant de miel, de viande et de plantes sauvages. Aujourd’hui, chaque aspect de leur quotidien est monétisé, rendant leur existence précaire.

Janet Sumpet Ngusilo, une grand-mère de 87 ans, incarne cette nostalgie :

“Avant, c’était bien : pas de loyer, pas besoin d’acheter du bois ou de la nourriture. Maintenant, il faut tout acheter.”

Janet Sumpet Ngusilo

Cette transition brutale a des répercussions profondes. Les jeunes générations, déconnectées de la forêt, perdent peu à peu les savoirs ancestraux, comme l’art de l’apiculture, autrefois au cœur de leur économie. Salaton Nadumwangop, 55 ans, se souvient de ses 500 ruches, symbole d’une vie en harmonie avec la nature. Aujourd’hui, il craint que son peuple ne disparaisse.

La Forêt de Mau : Entre Protection et Exploitation

La forêt de Mau, souvent qualifiée de château d’eau du Kenya, est essentielle pour l’approvisionnement en eau de millions de personnes. Pourtant, elle est menacée par la déforestation, avec plus de 20 % de sa surface disparue depuis les années 1980. Les Ogiek, paradoxalement, sont accusés de nuire à cet écosystème, alors qu’ils en sont les gardiens historiques.

Certains membres de la communauté pointent du doigt des motivations moins nobles derrière ces expulsions. Ils soupçonnent des projets de crédit carbone, promus par le président kényan William Ruto, d’être à l’origine des évictions de 2023. Bien que difficiles à prouver, ces allégations soulignent une tension croissante entre conservation environnementale et intérêts économiques.

Le saviez-vous ? La forêt de Mau est l’une des plus grandes forêts du Kenya, mais elle a perdu une surface équivalente à des milliers de terrains de football en quelques décennies.

Une Culture Menacée, Mais Résiliente

Face à ces défis, les Ogiek refusent de se taire. Ils organisent des festivals culturels, où chants, danses et récits ancestraux rappellent leur lien indéfectible avec la forêt. Ces événements, qui attirent des centaines de personnes, sont autant des actes de résistance que des célébrations de leur identité.

Salaton Nadumwangop, avec son chapeau orné de perles symbolisant les abeilles, incarne cette fierté culturelle. Il raconte les violences subies lors des expulsions, où certains ont été attaqués par des animaux sauvages en fuyant. Ces récits, empreints de douleur, renforcent leur détermination à se battre pour leurs droits.

Vers un Avenir Incertain

Le combat des Ogiek est loin d’être terminé. Josphat Lodeya, représentant d’une unité gouvernementale dédiée aux minorités, a promis l’application des décisions de la Cour africaine, mais sans calendrier précis. Pour les Ogiek, cette inaction prolonge leur souffrance.

Fred Ngusilo, militant de 38 ans, exprime une détermination farouche :

“Les autorités essaient de nous vendre, mais je suis prêt à mourir pour retourner chez moi.”

Fred Ngusilo

Ce cri du cœur résonne comme un appel à l’action. Les Ogiek, bien que marginalisés, continuent de défendre leur droit à vivre sur leurs terres ancestrales. Leur lutte met en lumière un dilemme universel : comment concilier la préservation de la nature avec le respect des droits des peuples autochtones ?

Que Faire pour Soutenir les Ogiek ?

La situation des Ogiek interpelle chacun d’entre nous. Voici quelques pistes pour agir :

  • Sensibiliser à leur cause en partageant leur histoire.
  • Soutenir les ONG comme l’OPDP qui défendent leurs droits.
  • Exiger des autorités kényanes l’application des décisions judiciaires.

En attendant, les Ogiek continuent de vivre dans l’ombre de la forêt de Mau, espérant un jour y retourner. Leur histoire est un rappel poignant que la justice, pour les peuples autochtones, reste souvent un combat inachevé.

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