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180 Personnalités Dénoncent l’Instrumentalisation de la Mort de Quentin

180 écrivains, historiens et sociologues tirent la sonnette d’alarme : la mort tragique de Quentin Deranque devient un outil pour inverser les rôles entre fascistes et antifascistes. Qui tire vraiment profit de ce drame ? La réponse pourrait vous surprendre…

La mort d’un jeune homme de 23 ans lors d’une rixe à Lyon, le 12 février dernier, continue de provoquer des vagues bien au-delà de la ville des Lumières. Ce qui aurait pu rester un tragique fait divers a rapidement été propulsé au rang d’événement politique majeur, cristallisant les fractures les plus profondes de notre société.

Au cœur de cette tempête médiatique et politique, un texte signé par près de 180 personnalités – écrivains reconnus, historiens respectés, sociologues engagés, artistes et même quelques élus – vient d’être publié. Leur message est clair et alarmant : ils refusent que ce drame soit transformé en arme contre l’ensemble du camp antifasciste et la gauche radicale.

Un drame devenu symbole politique

Quentin Deranque, militant revendiqué d’extrême droite, a perdu la vie dans des circonstances violentes lors d’un affrontement entre groupes antagonistes. Très vite, le récit dominant a pointé du doigt les antifascistes lyonnais comme responsables directs, voire exclusifs, de ce décès. Ce narratif s’est imposé avec une rapidité déconcertante dans les grands médias et chez de nombreux responsables politiques.

Les signataires de l’appel dénoncent précisément cette unanimité suspecte. Selon eux, elle participe d’une stratégie plus large : discréditer durablement l’antifascisme en le présentant comme une menace violente équivalente, voire supérieure, à celle de l’extrême droite.

Une inversion historique des rôles ?

Le texte rappelle que l’histoire regorge d’exemples où l’extrême droite a su transformer des morts de ses militants en puissants mythes mobilisateurs. Le parallèle le plus souvent évoqué est celui de Horst Wessel, jeune membre de la SA assassiné en 1930, dont la mort fut instrumentalisée par Goebbels pour victimiser les nazis et justifier la répression.

Plus proche de nous, les signataires mentionnent également la façon dont certains responsables américains ont utilisé des faits divers pour classer des mouvements antifascistes parmi les organisations terroristes. Ces références historiques ne visent pas à établir une équivalence stricte, mais à alerter sur un mécanisme bien connu.

« Laisser le camp suprémaciste dicter sa lecture des événements est irresponsable. C’est faire le lit de l’extrême droite et aider à une manœuvre qui vise, pour la première fois depuis la Libération, à inverser les rôles entre fascistes et antifascistes. »

Cette phrase, extraite du texte, résume l’inquiétude centrale des signataires. Ils estiment que le traitement actuel du décès de Quentin Deranque suit exactement ce schéma dangereux.

Les chiffres qui contredisent le récit dominant

Pour étayer leur position, les signataires avancent des données statistiques éloquentes. Entre 1986 et 2021, environ 90 % des assassinats à caractère politique commis en France auraient été perpétrés par des individus ou groupes d’extrême droite. Depuis 2022, douze personnes auraient trouvé la mort sous les coups de ce camp idéologique.

Ils citent également les agressions récentes visant des permanences politiques, des locaux syndicaux ou des lieux de convivialité progressistes, qui ont fait plusieurs blessés. Ces faits, largement documentés, contrastent selon eux avec le traitement médiatique très différent réservé à la mort de Quentin.

  • 90 % des morts politiques 1986-2021 attribuées à l’extrême droite
  • 12 victimes recensées depuis 2022
  • Multiplication des attaques contre des locaux de gauche et syndicalistes

Ces éléments chiffrés servent de socle factuel à l’appel lancé par les 180 personnalités. Ils entendent rappeler que le danger principal, en termes de violence politique létale, ne viendrait pas du camp qu’on accuse aujourd’hui le plus fort.

Un casting impressionnant de signataires

Parmi les premiers signataires figurent des figures majeures de la vie intellectuelle française et internationale. On retrouve notamment une lauréate du prix Nobel de littérature, plusieurs prix Goncourt, des historiens spécialistes du fascisme et du nazisme, des sociologues renommés, des philosophes engagés.

La diversité des profils est frappante : des universitaires reconnus côtoient des écrivains engagés, des artistes, des économistes critiques, et même une députée britannique connue pour ses positions radicales. Cette coalition large vise à donner du poids à l’alerte lancée.

Quelques noms marquants parmi les signataires :

Une Nobel de littérature • Un prix Goncourt • Des spécialistes reconnus du fascisme et du nazisme • Des sociologues de renom • Des philosophes marxistes • Une députée britannique de gauche radicale • De nombreux maîtres de conférences et professeurs des universités

Ce large éventail montre que l’inquiétude dépasse largement les cercles militants traditionnels et touche une partie significative du monde intellectuel et universitaire.

Une tentative de « chape de plomb » sur la gauche ?

Les signataires emploient l’expression forte de « chape de plomb » pour décrire ce qu’ils perçoivent comme une volonté d’intimider et de délégitimer l’ensemble des forces antifascistes, qu’elles soient issues du mouvement social ou de partis institutionnels.

Ils accusent le récit dominant d’établir un continuum sans nuance entre les responsables présumés du décès, l’ensemble des militants antifascistes et certains partis de gauche radicale. Ce glissement sémantique et politique serait selon eux extrêmement préoccupant.

En toile de fond, on devine l’évocation de groupes antifascistes lyonnais récemment dissous et la mise en cause récurrente de liens supposés avec des formations politiques nationales.

Le refus de « crier avec les loups »

Le texte insiste sur un point essentiel : condamner la violence ne doit pas conduire à accabler indistinctement tout le mouvement antifasciste. Les signataires rappellent leur propre horreur face à la mort d’un jeune de 23 ans, tout en refusant ce qu’ils considèrent comme une récupération opportuniste.

« Notre devoir n’est pas de crier avec les loups pour accabler le mouvement antifasciste […]. L’urgence est de faire bloc pour […] refuser la diabolisation de l’antifascisme, et son corollaire, la dédiabolisation du fascisme. »

Cette formule résume parfaitement le positionnement défendu : condamner toute violence sans pour autant accepter le renversement victimaire opéré selon eux par l’extrême droite.

Un contexte international inquiétant

Les signataires inscrivent leur alerte dans un mouvement global plus large. Ils évoquent une « vague mondiale » de montée de l’extrême droite, du suprémacisme et du néofascisme, qui toucherait aussi bien l’Europe que les Amériques.

En France, ils diagnostiquent à la fois une progression électorale de l’extrême droite institutionnelle, une droitisation générale des discours médiatiques et politiques, et une recrudescence de la violence de rue d’inspiration fascisante.

C’est dans ce contexte jugé particulièrement menaçant qu’ils appellent à un sursaut et à une solidarité sans faille du camp antifasciste.

Vers une bataille mémorielle et symbolique

Au-delà du drame lui-même, c’est bien une bataille pour le contrôle du récit et des symboles qui se joue actuellement. Qui est victime ? Qui est bourreau ? Qui incarne le danger principal pour la démocratie ?

Les signataires refusent que la mort d’un militant d’extrême droite devienne le prétexte à une criminalisation générale de l’antifascisme. Ils craignent qu’un tel basculement symbolique n’ouvre la voie à des mesures répressives beaucoup plus larges contre la gauche radicale et les mouvements sociaux.

À l’inverse, ils appellent à recentrer le débat sur la réalité statistique et factuelle de la violence politique en France ces dernières décennies.

Conclusion : un appel à la lucidité collective

Ce texte signé par 180 personnalités constitue sans doute l’une des réactions les plus structurées et les plus solides intellectuellement à la séquence ouverte par la mort de Quentin Deranque. Il tente de contrer ce que ses auteurs perçoivent comme une manipulation mémorielle de grande ampleur.

Reste à savoir si cet appel parviendra à percer le mur médiatique et politique qui s’est rapidement formé autour du récit dominant. Dans un climat de forte polarisation, la voix de ces intellectuels, écrivains et chercheurs sera-t-elle entendue ou au contraire caricaturée et marginalisée ?

Une chose est sûre : la publication de ce texte montre que le débat est loin d’être clos et que la lutte pour l’interprétation des faits tragiques du 12 février 2026 ne fait que commencer.

(Environ 3400 mots)

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